Éolien offshore : les clusters industriels tirent la sonnette d’alarme
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Éolien offshore : les clusters industriels tirent la sonnette d’alarme

Alors que s’ouvrent les Assises de l’économie de la mer, les six grands clusters français de l’éolien offshore – Normandie Maritime, Bretagne Ocean Power, Neopolia, Aquitaine Blue Énergie, Wind’Occ et SudÉole – réunis sous la bannière France Offshore Renewables, lancent un cri d’alarme. Selon eux, la filière des énergies marines risque purement et simplement de disparaître.

Par éolien en mer des îles d’Yeu et Noirmoutier (EMYN). Les Clusters maritimes s’inquiètent avant les Assises de la mer de La Rochelle — Photo : Franck Badaire Photographe - 

Les prochaines Assises de l’économie de la mer se dérouleront les 4 et 5 novembre à La Rochelle. Dans certains secteurs, la météo s’annonce orageuse. En effet, les six grands clusters français de l’éolien offshore – Normandie Maritime, Bretagne Ocean Power, Neopolia, Aquitaine Blue Énergie, Wind’Occ et SudÉole – réunis au sein de France Offshore Renewables, tirent les signaux de détresse.

"Les avaries s’accumulent"

Selon eux, la filière des énergies marines renouvelables (éolien en mer, hydrolien, houlomoteur, etc.) passe un cap difficile qui menace son existence même. "Depuis deux ans, les avaries s’accumulent", alertent-ils. L’annonce récente du lauréat (TotalEnergies) de l’appel d’offres AO8 Centre Manche 2 "n’y change rien". Pour ces clusters régionaux, l’État multiplie "les décisions incohérentes, voire les absences de décision". Ils dénoncent une planification spatiale déconnectée des réalités industrielles, qui a écarté tout nouveau projet au large des côtes ligériennes et repoussé ceux de Nouvelle-Aquitaine trop loin des rivages, menaçant la rentabilité et la faisabilité des futurs parcs.

Les clusters dénoncent "une politique énergétique sans boussole"

À ces dérives s’ajoutent les effets politiques : la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, l’incertitude liée à la montée des partis comme le Rassemblement National ou Les Républicains "hostiles aux énergies renouvelables", et le retard de publication de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3). Résultat : les industriels naviguent à vue.

"La filière industrielle française a mis dix ans à se construire, à exister sur son marché domestique et à se projeter à l’export, explique Matthieu Blandin, administrateur du cluster Neopolia et membre de France Offshore Renewables. Désormais, on colmate les brèches ouvertes par une politique énergétique sans boussole et on écope pour garder le navire à flot, en espérant un sursaut politique qui engage enfin la France et l’Europe dans le respect des objectifs de décarbonation de nos moyens de production et de nos usages électriques."

Un signal social inquiétant et des emplois menacés

Le signal le plus inquiétant reste social. "Plus de 360 emplois sont menacés chez GE Vernova, à Montoir-de-Bretagne et Saint-Herblain", rappellent les clusters. "Nos territoires risquent de se vider de leurs compétences". Le marché, lui, se délite : le nombre de candidats aux appels d’offres offshore fond d’année en année, jusqu’à un échec total pour l’AO7 d’Oléron 1. Les clusters dénoncent une stratégie "mortifère" de baisse des prix du MWh, "qui empêche de nourrir une chaîne de valeur franco-européenne".

Les retraits récents du marché français de grands énergéticiens comme RWE, Iberdrola (sur l’éolien flottant) ou Maple Power renforcent le sentiment d’abandon. "C’est la diversité industrielle française qui s’éteint", écrivent-ils, accusant l’État de "laisser sombrer une filière pourtant prometteuse".

France Offshore Renewables se dit "atterré par le silence des responsables politiques et économiques face aux destructions d’emplois". Le collectif salue toutefois la prise de position de la présidente d’Engie, jugée courageuse, en faveur des énergies renouvelables.

TPE, PME et ETI en danger

Matthieu Blandin, expert des énergies marines renouvelables, administrateur de Neopolia et membre de France Offshore Renewables — Photo : David Pouilloux

Les six clusters alertent : "Nos TPE, PME et ETI sont en danger." Ils dénoncent un "creux de la vague" qui menace toute la chaîne de valeur des énergies marines. Ils rappellent que ces énergies "apportent une énergie décarbonée, compétitive et souveraine" et fournissent "une fiscalité non délocalisable". Ils accusent aussi certains élus et médias de propager "une désinformation dramatique" freinant la réindustrialisation et la lutte contre le changement climatique.

"On n’a pas besoin de la concurrence asiatique pour perdre notre souveraineté industrielle et énergétique"

"Quand on a des dirigeants politiques qui protègent aussi peu leurs industries et la compétitivité de l’énergie issue des renouvelables, on n’a pas besoin de la concurrence asiatique pour perdre notre souveraineté industrielle et énergétique, cingle Matthieu Blandin. C’est d’autant plus incompréhensible qu’un récent rapport pour le GOWA (Global Offshore Wind Alliance) indique que la capacité installée en mer pourrait tripler entre 2024 et 2030, alors même que nous constatons chaque jour les conséquences du changement climatique, aggravées par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre."

Un formidable potentiel industriel et maritime

Pour les clusters, la France dispose pourtant d’un formidable potentiel industriel et maritime, avec trois façades métropolitaines et des territoires ultramarins stratégiques. Ils appellent à la relance immédiate des appels d’offres d’Oléron 1 et 2, avec un tarif plafond "inférieur à 150 €/MWh, mais soutenable", et à la publication rapide d’un Projet de programmation pluriannuelle de l’énergie ambitieuse. "Le navire des énergies renouvelables n’a pas encore sombré", concluent-ils. "Mais il prend l’eau. Et nous refusons de rester passifs à le regarder couler."

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