Moins de 24 heures après la clôture du salon international Seanergy à Paris, rendez-vous de référence de l’industrie des énergies marines, la sidération règne dans les rangs des professionnels du secteur. Le 19 juin 2025, l’Assemblée nationale a voté un moratoire sur l’éolien, terrestre comme offshore, et sur le photovoltaïque, dans le cadre de l’examen de la proposition de loi du sénateur Daniel Gremillet, portant programmation nationale énergie-climat pour 2025-2035. Le texte doit faire l’objet d’un vote final mardi prochain.
Des groupements industriels consternés
La réaction, à chaud, des groupements industriels régionaux ne s’est pas fait attendre. Réunis sous la bannière de France Offshore Renewables, les six clusters régionaux - Aquitaine Blue Énergies, Bretagne Ocean Power, Normandie Maritime, Neopolia, Wind’Occ et Sudeole - se disent "consternés" par ce vote, porté par Les Républicains et le Rassemblement National. Ensemble, ces groupements représentent entre 500 et 1 000 PME et TPE actives dans les énergies marines renouvelables.
"Nous apprenons avec stupeur le vote à l’Assemblée nationale d’un moratoire sur l’éolien et le photovoltaïque. Ces deux énergies renouvelables sont non seulement un pilier d’une transition énergétique compétitive, rapide à mettre en œuvre et décentralisée sur nos différents territoires, mais également un pan entier de notre économie", dénoncent-ils.
Une filière fragilisée malgré les efforts
Pour les représentants de la filière, ce vote est d’autant plus incompréhensible qu’il intervient alors que les indicateurs sont au vert, tant en matière d’acceptabilité que de retombées économiques. France Offshore Renewables rappelle que les énergies renouvelables - en particulier l’éolien et le solaire - représentent déjà 80 000 emplois en France, et que l’éolien en mer à lui seul pourrait générer 20 000 emplois supplémentaires d’ici 2035, dans le cadre du Pacte éolien signé avec l’État en 2022, assorti de 40 milliards d’euros d’investissements.
Par ailleurs, les résultats du sondage Ifop commandé par Engie et publiés le 28 mai 2025 révèlent une adhésion massive des riverains : 94 % y sont favorables, y compris 77 % des sympathisants d’extrême droite. Et 62 % des Français jugent le déploiement des énergies renouvelables "insuffisant". En clair, les Français votent pour les énergies vertes, mais pas deux des partis qui les représentent.
4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 8 500 emplois
"Nous regrettons vivement la totale méconnaissance de l’attractivité de nos filières énergétiques", fustige le collectif, qui rappelle également les chiffres-clés de l’Observatoire des Énergies de la Mer : fin 2024, les trois premiers parcs éoliens offshore en France ont produit 4 TWh d’électricité, généré 8 520 emplois et 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Une filière ignorée à deux pas de l’Assemblée
L’absence de dialogue préalable avec les parlementaires ajoute à l’amertume du secteur. Alors que les 17 et 18 juin, le salon Seanergy battait son plein à seulement vingt minutes de métro de l’Assemblée nationale, les représentants de la filière constatent n’avoir reçu "la visite d’aucun député un tant soit peu soucieux de s’informer", ni auprès de RTE, ni auprès des grands énergéticiens (EDF Power Solutions, RWE, Qair, Valorem), ni des clusters régionaux ou d’industriels de premier plan comme les Chantiers de l’Atlantique, Bouygues, CMN-Hydroquest ou LDA, TSM, DEME, etc.
Déni de réalité sur la compétitivité des énergies renouvelables
"Nous sommes atterrés par tant d’ignorance des réalités économiques, sociales et environnementales liées aux énergies de la mer et plus globalement des énergies renouvelables. Nos entreprises en paieront le prix fort", préviennent les signataires.
France Offshore Renewables déplore un "déni de réalité sur la compétitivité des énergies renouvelables et leur capacité à contribuer à la souveraineté industrielle et énergétique franco-européenne", et appelle solennellement à la responsabilité des parlementaires avant le vote final de la loi.
Une responsabilité nationale dans un cadre déjà fragile
La filière rappelle que la période 2025-2030 s’annonce déjà à risque, avec une chute d’activité industrielle anticipée du fait du retard pris par l’État dans la planification de l’éolien en mer. Les clusters insistent sur l’importance d’établir des objectifs chiffrés et une feuille de route crédible pour maintenir les emplois, encourager les investissements, et garantir les compétences indispensables à une décarbonation souveraine.
À l’heure où le débat public national "La Mer en débat" a permis de valider un objectif de 45 GW d’éolien en mer à l’horizon 2050, et où les scénarios de RTE Futurs énergétiques 2050 pointent la nécessité d’un mix fortement renouvelable pour atteindre la neutralité carbone, le vote des députés fait figure de contresens historique.
"Comment les députés peuvent-ils faire fi de plus de dix ans d’efforts des entreprises, des ports, des acteurs de la recherche et de la formation ?", interrogent les clusters. La réponse est désormais attendue lors du vote final du texte mardi prochain. Les échanges promettent d’être houleux.