L'expression «pose de la première pierre» n'aura peut-être bientôt plus tout à fait la même portée. Avec la mise au point d'un nouveau matériau de construction à base de terre stabilisée, de chaux, de ciment et de fibres de lin, Alain Lefebvre entend bien révolutionner, rien de moins, le monde du BTP. Habitué des chantiers industriels, le chef d'entreprise a eu un jour l'idée de recycler les matériaux utilisés pour la confection des plateformes à partir desquelles sont réalisées les fondations des bâtiments. Des matériaux en partie récupérés directement sur site et compactés avec du ciment et de la chaux dont les propriétés ont séduit Alain Lefebvre: «J'ai pensé qu'on pouvait en faire autre chose», explique-t-il simplement, et notamment un véritable matériau de construction. Après une première phase de tests et le soutien d'un ingénieur structure «pour définir le cahier des charges», Alain Lefebvre a fait réaliser les premiers essais par le laboratoire d'ondes et milieux complexes (LOMC) de l'Université duHavre. Résultat des courses, la société Cematerre, qu'il a créée pour l'occasion, est aujourd'hui titulaire d'un brevet international pour protéger sa découverte qui confirme «que la terre stabilisée n'a jamais été utilisée pour confectionner des matériaux de construction».
Un projet pilote à Gonfreville l'Orcher
L'entrepreneur havrais qui prédit un avenir radieux à son produit innovant, est intarissable sur ses qualités intrinsèques: «C'est un matériau économique puisqu'il utilise la terre présente sur site. Et c'est également un très bon isolant phonique et thermique qui résiste à la déformation sismique», précise-t-il. Mais avant de se lancer dans le grand bain de la commercialisation et du développement, «Cematerre» doit passer sous les Fourches Caudines du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB), établissement public seul habilité à homologuer ce nouveau matériau. La décision attendue pour février, le dirigeant entame dans le même temps un premier projet emblématique qui doit permettre de donner un coup de projecteur sur son innovation. «Il s'agit de la construction d'un bâtiment tertiaire à Gonfreville l'Orcher qui abritera des bureaux administratifs», détaille Alain Lefebvre. Séduit par le concept, le député-maire Jean-Paul Lecoq a donné son feu vert pour des travaux qui doivent démarrer le 1ermars par une, bientôt traditionnelle (!), «coulée de terre» qui remplacera la non moins traditionnelle pose de la première pierre! L'inauguration, elle, est prévue pour la fin de l'année.
Des embauches à la clé
Le bâtiment, dont la structure extérieure est entièrement constituée du nouveau matériau, comporte un rez-de-chaussée, un étage et une toiture végétalisée. Un véritable test grandeur nature pour Cematerre, donc, qui précédera de peu la réalisation de deux nouveaux projets dans la région havraise annoncée pour la fin de l'année. Côté développement, Alain Lefebvre envisage un démarrage rapide de l'activité avec des embauches à la clé, «pour ne pas déshabiller Lefebvre Industrie» qui continue en parallèle son activité de génie civil. La société Cematerre envisage dans un premier temps d'exploiter en propre ses brevets (le produit lui-même ainsi que la centrale mobile de malaxage) sur le territoire Haut-Normand et dans le département limitrophe du Calvados. «Pour le reste, nous envisageons de vendre des licences d'exploitation ou de travailler, pourquoi pas, avec des partenaires» qui idéalement, pourraient être «des gros du BTP», espère le dirigeant. Avec déjà, des ambitions européennes et même au-delà, du côté du Maghreb.
À l'heure de transmettre l'entreprise familiale de génie civil industriel, Alain Lefebvre s'est lancé un nouveau défi en créant un matériau innovant à base de terre stabilisée et de fibres de lin.
Un premier projet, lancé en février à Gonfreville l'Orcher, fera office de test.