La filière solaire alerte sur le coup de frein brutal du gouvernement qui met en péril toute une filière
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La filière solaire alerte sur le coup de frein brutal du gouvernement qui met en péril toute une filière

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La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE 3) marque un retournement brutal pour le solaire en France. En réduisant de moitié les volumes alloués et en abaissant drastiquement le tarif de rachat de l’électricité photovoltaïque, le gouvernement met en péril des milliers d’emplois et fragilise une filière en plein essor. Olivier Loizeau, président d’Atlansun et directeur général de Vendée Énergie, dénonce un retour en arrière.

Olivier Loizeau, président d’Atlansun et directeur général de Vendée Énergie — Photo : DR

Olivier Loizeau est le président d’Atlansun et le directeur général de Vendée Énergie. L’homme est ainsi à la tête d’une association qui compte 295 membres, dont 232 entreprises de la filière solaire et 26 collectivités, en Bretagne et Pays de la Loire. Il dirige également Vendée énergie, une Société d’Économie Mixte Locale (SEM) qui se consacre à la production locale d’énergies renouvelables en partenariat avec les collectivités et les entreprises du territoire vendéen. Il ne cache pas son inquiétude profonde face aux nouvelles orientations du gouvernement en matière de solaire.

"On nous dit qu’il y a trop de solaire, alors qu’il y a trois ans, l’État nous demandait d’accélérer !"

La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE 3), dévoilée récemment, impose un ralentissement drastique du développement du photovoltaïque en France, avec une réduction des volumes alloués de moitié, passant de 8 gigawatts annuels envisagés à seulement 4 gigawatts qui pourraient être raccordés.

"On nous dit qu’il y a trop de solaire, alors qu’il y a trois ans, l’État nous demandait d’accélérer !", s’indigne Olivier Loizeau. "La dynamique était là, avec une année record en 2024 pour les énergies renouvelables, les entreprises s’étaient structurées, elles avaient embauché, investi dans des bureaux d’études et des outils industriels. Et, du jour au lendemain, on met tout à plat. Les experts du secteur, et pas seulement les entreprises, sont consternés."

Les conséquences risquent en effet d’être catastrophiques pour l’ensemble du secteur : 10 000 emplois seraient menacés dans l’Ouest, 67 000 à l’échelle nationale. "Les décisions du gouvernement sont un signal extrêmement négatif pour la transition énergétique. Les beaux discours qu’on nous a tenus sur ce sujet tombent à plat."

Un arbitrage qui privilégie les grandes centrales au détriment des projets locaux

Les choix du gouvernement ne se limitent pas à une simple réduction des objectifs en volume. Ce qui met en colère les acteurs du secteur, c’est la répartition des volumes restants, qui privilégie les très grandes centrales photovoltaïques au détriment des installations de taille intermédiaire comme les toitures photovoltaïques et les ombrières de parking. Ces dernières sont les plus créatrices d’emplois locaux et les mieux acceptées par les habitants et les collectivités. "Ce sont ces projets, ceux qui font appel aux artisans locaux – électriciens, charpentiers, génie civil – qui sont sacrifiés. En revanche, les volumes alloués pour les grandes centrales au sol exploseraient, avec une hausse de 89 %, par rapport à 2024. Et ces projets sont souvent construits avec une main-d’œuvre venue d’ailleurs, par de gros opérateurs, sans bénéfices pour l’économie locale."

"C’est absurde ! On réduit le segment qui permet aux collectivités et aux PME d’autoconsommer leur électricité et de réduire leurs factures d’énergie"

Dans le même temps, le segment des petites et moyennes installations (100 à 500 kW), qui concerne principalement les toitures et les ombrières, subirait une baisse de près de 30 % par rapport aux projets raccordés en 2024. Quant au marché des petites installations chez les particuliers et les TPE, il encaisserait une chute vertigineuse de 79 %. "C’est absurde ! On réduit le segment qui permet aux collectivités et aux PME d’autoconsommer leur électricité et de réduire leurs factures d’énergie, tout en consolidant l’économie locale. À la place, on favorise des projets qui nécessitent de gros investissements et qui posent souvent des problèmes de raccordement. "

Une baisse des tarifs de rachat qui met en péril la rentabilité des projets

Les ombrières photovoltaïques constituent un marché important pour les entreprises du solaire — Photo : AJS

Autre coup de massue pour la filière : la baisse du tarif de rachat de l’électricité solaire, qui est passé de 130 €/MWh fin 2023 à 95 €/MWh en février 2025, et qui pourrait encore chuter à 80 €/MWh d’ici trois mois en raison d’un mécanisme de révision automatique. Or, c’est le tarif de revente de cette électricité qui permet de financer ses installations. "À 95 €/MWh, seules les installations sur toiture sont réalisables, mais plus possible pour les combrières de parking. La formule de révision de ce tarif amènerait une nouvelle chute du tarif à 80 €/MWh, ce qui bloquerait tout projet, on pourrait qualifié cela de moratoire déguisé sur le solaire ! Les porteurs de projets vont abandonner, faute de rentabilité. Le gouvernement semble vouloir freiner le solaire par tous les moyens. Or cette politique entre en contradiction flagrante avec les discours officiels sur la transition énergétique.

"On impose aux entreprises et aux collectivités d’installer des ombrières photovoltaïques sur leurs parkings, mais on leur fixe un tarif de rachat tellement bas que ce n’est plus rentable ! C’est un non-sens total. Il faudrait au moins 115 €/MWh pour que ces projets puissent continuer à exister. "

L’agrivoltaïsme, une fausse solution

Face à la fronde des professionnels du solaire, le gouvernement met en avant l’agrivoltaïsme, présenté comme une solution permettant de concilier production d’énergie et maintien des activités agricoles. Mais pour Olivier Loizeau, c’est une fausse bonne idée, qui relève plus de l’illusion que d’une réelle solution durable. "On nous explique que l’agrivoltaïsme permettra de maintenir des rendements agricoles tout en produisant de l’électricité, mais en réalité, il faut surélever les panneaux, renforcer les structures pour résister aux vents violents, et utiliser des systèmes complexes et coûteux de suivi solaire. Résultat : aucune économie d’échelle, un coût de production plus élevé, et un rendement incertain en sacrifiant des terres de culture ou d’élevage. Cette politique risque d’accélérer l’artificialisation des terres agricoles en encourageant les agriculteurs à louer leurs parcelles à des développeurs solaires plutôt que de les cultiver."

"On impose des contraintes toujours plus strictes pour éviter d’artificialiser les sols, avec la ZAN, mais on pousse en parallèle les agriculteurs à couvrir leurs champs de panneaux solaires, explique Olivier Loizeau. Si on veut du solaire au sol, faisons-le intelligemment, sur des zones déjà délaissées : anciens sites industriels, friches, centres d’enfouissement ou des terrains zonés A sans vocation agronomiques… Pourquoi ne pas optimiser ces surfaces en premier ?"

Un choix politique qui favorise le nucléaire et détruit l’équilibre énergétique

Pour Olivier Loizeau, cette politique reflète un choix idéologique clair : un retour au tout-nucléaire, au détriment des énergies renouvelables, pourtant plus flexibles et plus adaptées à un mix énergétique équilibré. "Je suis pour le nucléaire, et je l’assume, car il est important pour notre souveraineté énergétique, mais je suis pour un mixte énergétique où le solaire, comme l’éolien, a toute sa place. Mais, là, disons-le, on nous refait le coup des années 70 : le tout-nucléaire comme solution unique."

"Pourtant, même la Cour des comptes le dit : le coût de production de l’électricité nucléaire avec les nouveaux réacteurs, celui de Flamanville, est de 138 €/MWh, alors qu’on nous demande de produire du solaire à 80 €/MWh ! Où est la logique économique ?"

Le gouvernement justifie ce choix par l’apparition des prix négatifs de l’électricité en 2024, qui ont conduit à demander l’arrêt temporaire de certaines centrales solaires et éoliennes, au cœur de l’été, période où la consommation d’électricité est moindre qu’en hiver.

"On nous explique qu’il y a trop de production à certains moments, mais alors pourquoi ne pas développer des solutions de flexibilité de consommation, de stockage d’énergie décentralisée, tout en pilotant plus intelligemment le réseau de distribution ? La force des énergies renouvelables, c’est leur flexibilité, ne demandons pas d’arrêter leur production."

Un appel à la mobilisation pour sauver la filière

Le volume d'installation de panneaux solaires en France pouvant être raccordé pourrait diminuer de moitié. — Photo : peterschreiber.media - stock.ado

Face à ce constat, Atlansun et l’Alliance Solaire des Territoires (associations régionales Atlansun, AuRA Digital Solaire, AFCB Solaire, Cap à l’Est, CEMATER et Normandie Énergies) demandent une révision urgente des décisions gouvernementales, avec un tarif de rachat stabilisé pendant un an, un maintien des volumes alloués aux installations locales et une meilleure prise en compte des besoins des territoires, ainsi qu’une répartition homogène des projets.

"Si ces mesures restent en l’état, c’est toute une filière qui va s’effondrer. On ne peut pas jouer avec 67 000 emplois et briser un élan qui était structurant pour nos territoires. Il est encore temps de rectifier le tir, mais il faut une mobilisation forte et un véritable dialogue avec l’État. Je constate pour l’instant un manque de vision et un manque de concertation totale."

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