Seine-Maritime
Bertrand Alfroid (directeur général Olvea) : "Nous sommes vulnérables aux fluctuations du marché de l'énergie"
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Bertrand Alfroid directeur général d'Olvea "Nous sommes vulnérables aux fluctuations du marché de l'énergie"

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Directeur général industrie et finances du producteur d’huiles normand Olvea, Bertrand Alfroid a dû naviguer dans les méandres du marché de l’énergie pour arriver à obtenir un contrat d’électricité qui corresponde aux besoins de son entreprise. Entre droits Arenh, assurance et fournisseur indélicat, le dirigeant a dû batailler pour obtenir un contrat compétitif.

"La grande difficulté était déjà de comprendre la structuration du marché", estime Bertrand Alfroid, directeur général industrie et finances d'Olvea — Photo : Jean-Charles Louiset

A Fécamp, en Seine-Maritime, Olvea (350 salariés, 200 M€ de CA) produit des huiles pour la cosmétique et la nutrition. Comment avez-vous vécu la crise des prix de l’électricité ?

Au début de la crise, nous avions la chance d’avoir un contrat à prix fixe. En revanche, on s’est retrouvé à devoir renégocier ce contrat au pire moment, pendant la crise du Covid en 2021. Le contrat était arrivé à échéance dans une situation du marché de l’énergie avec zéro visibilité. Face à cela, la grande difficulté était déjà de comprendre la structuration du marché, entre les droits Arenh (permettent aux fournisseurs d’électricité d’acheter une partie de l’électricité produite par les centrales nucléaires d’EDF à un prix régulé, NDLR) ou encore le choix de l’assurance en couverture partielle ou totale. Et évidemment, il n’y a aucun levier possible sur les taxes.

Quels moyens avez-vous mis en œuvre pour appréhender ce marché ?

Nous avons fait le choix de passer par un courtier qui nous a apporté une expertise pour comprendre les méandres de ce marché de l’énergie et les périodes de rénégociation des contrats. Début 2022, nous avons décidé de repartir sur un contrat à prix fixe car nous ne voulions pas avoir d’aléas. Mais nos leviers de négociation avec le fournisseur étaient réduits.

Et puis, je découvre qu’il y a tout un business autour des droits Arenh revendus par certains fournisseurs à leurs clients. C’est là que nous nous sommes fâchés avec le fournisseur car nous avons découvert qu’il y avait de la spéculation autour de ces droits.

Après cet épisode, nous avons imposé à notre courtier, en 2023, nos exigences pour trouver un fournisseur, avec une électricité verte compétitive, pas d’engagement de consommation, et pouvoir couvrir notre activité selon notre volonté. Aujourd’hui, auprès de notre nouveau fournisseur Primeo Energie (basé à Paris, NDLR), nous avons plus de flexibilité dans le contrat. Avec ce fournisseur, nous avons aussi pu revoir nos droits Arenh en toute autonomie.

Le marché est-il devenu plus lisible ?

Aujourd’hui, nous avons la possibilité de couvrir nos coûts d’électricité mais avons décidé de ne pas le faire. Et pour plusieurs raisons, dont la remise en état du parc nucléaire français, de meilleures conditions météo, et aussi moins de volatilité sur ce marché de l’électricité. Ce qui est certain, c’est qu’acheter de l’énergie à présent est devenu un vrai métier.

On se rend compte à quel point on est vulnérable face à l’accès et au coût de l’énergie, c’est très technique et opaque, et à l’impact que cette réalité a sur nos marges. Sans compter la grande instabilité fiscale du pays, avec des taxes qui peuvent représenter 50 % du coût global de notre facture.

Nous aurions besoin d’une mutualisation et d’un partage du risque dans l’accès au gaz et à l’électricité. Une démarche qu’une collectivité comme la Région Normandie pourrait mettre en place. En attendant, avec d’autres entreprises, nous avons recruté un expert pour s’occuper de nos achats d’électricité.

Quelle énergie souhaitez-vous pour la suite ?

Olvea est un gros consommateur de gaz, plus que d’électricité qui représente 20 % de notre consommation d’énergie (soit une facture d'électricité de près de 200 000 euros par an, NDLR). L’enjeu pour nous, c’est de ne pas être vulnérable en matière d’accès à l’énergie, c’est un enjeu stratégique pour les entreprises. Et avec les conséquences de la guerre en Ukraine, nous avons découvert notre vulnérabilité énergétique.

Avec l’aide d’un cabinet spécialisé, nous avons défini une stratégie pour savoir comment devenir autonome en énergie. On a tout envisagé, de l’éolien au solaire, en passant par le nucléaire ou encore par la production de notre propre électricité notamment via la filière bois qui nous permettrait de nous affranchir du gaz.

Mais, pour l’instant, nous avons maintenu notre chaudière au gaz, avec un approvisionnement en gaz vert jusqu’en 2029. De plus, l’électricité que nous achetons aujourd’hui est également 100 % verte, avec un bilan carbone très faible, alors que le gaz représente les deux tiers de notre bilan carbone.

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