Comment l’industrie peut-elle être plus attractive ? Dans les Alpes-Maritimes, 12 entreprises* du secteur sont allées chercher la réponse, ou du moins une partie de celle-ci, dans le parcours collectif proposé par l’UIMM Côte d’Azur, avec la DDETS et l’OPCO 2i, et porté par Advance Solutions, autour de la vision, la marque employeur et la RSE.
Chacun de ces trois éléments a été détricoté, analysé avec soins au cours de différents ateliers qui ont ponctué ces 8 mois de réflexion, pour pouvoir ensuite être déployé au sein des entreprises.
Évaluer le ressenti des salariés
Ainsi, Préfal prévoit un questionnaire en interne pour déterminer son "baromètre social". De même que Leloutre Industrie (15 salariés, CA: 1,6 M€) dont la cogérante, Corinne Bernardo, confie "mener beaucoup d’enquêtes de satisfaction auprès des clients", ajoutant qu'il est "très important aussi d’avoir le retour de nos équipes, de savoir comment améliorer le quotidien. Cela donne du sens à tout ce que l’on fait chaque jour."
Vishay (CA 2023: 97,5 M€) vient quant à elle de lancer l’initiative auprès de ses 400 collaborateurs. "Il y a plusieurs questions, du recrutement à l’intégration, la culture de l’entreprise, la rémunération, l’adhésion à la politique, à la stratégie, au management, jusqu’à la RSE, à la qualité des conditions de travail", précise Marie Paradis, responsable RH du fabricant de composants pour l’industrie aéronautique et aérospatiale, établi à Nice. "Il y aura ensuite un gros travail d’analyse pour le partager et surtout d’en tirer des actions constructives pour améliorer la qualité de vie au travail."
"Il faut s'assurer de la bonne adéquation entre ce que l'on pense proposer à ses salariés et ce qu'ils vivent eux de leur côté",
Car derrière ce parcours et ces questionnements résident des enjeux fondamentaux pour toutes ces sociétés, en matière de recrutement, de fidélisation et d’attractivité. "Il faut s’assurer de la bonne adéquation entre ce que l’on pense proposer à ses salariés et ce qu’ils vivent eux de leur côté, de connaître leur ressenti", souligne Nathalie Sirop, l’une des consultantes RH qui a animé certains de ces ateliers.
Raconter son histoire, communiquer sa stratégie
Cela passe ensuite par une bonne communication à la fois en interne et en externe. "Vous avez tous une histoire mais vous la gardiez pour vous, résume Marcel Ragni, président de l’UIMM Côte d’Azur. Grâce à la marque employeur, vous pouvez la raconter."
Pas toujours évident néanmoins pour les plus petites entités qui n’ont pas de personnel dédié. C’est le cas de Protech Sécurité (15 salariés, CA entre 3 et 4 M€) à Vallauris. "Nous n’avons pas de service RH, explique Axel Ozimek qui dirige avec son frère l’entreprise créée par leur mère en 1993. C’est moi qui m’en occupe et cela prend beaucoup de temps. Tout ce qui est autour de la marque employeur, on accélère, on professionnalise. Nous parlons souvent de notre vision avec mon frère mais nous nous sommes rendu compte qu’elle n’était pas claire pour tout le monde. Nous l’avons donc écrite et partagée. Nous allons encore communiquer dessus."
Autre société familiale, Record France (une centaine de salariés, CA 2023: 10 M€), fabricante d’amortisseurs à Antibes, a aussi beaucoup travaillé sur la communication interne et externe, sur les réseaux sociaux essentiellement. "Lors d’une grande réunion avec tous nos salariés, nous allons présenter la stratégie qui sera mise en place en 2025 ainsi que tout ce que nous avons mis en place en 2024", expliquent les deux sœurs dirigeantes, Blandine Berrettoni et Marie-Aude Meyer-Warnod qui s’apprêtent par ailleurs à rédiger leur charte RSE.
Grand écart sur la RSE
Autre sujet étudié, la Responsabilité Sociale des Entreprises, un volet sur lequel les 12 sociétés participantes présentent des degrés de maturité très différents. France Hélices explique y travailler depuis 10 ans. Fondé en 1969 et comptant plus de 500 collaborateurs en France et en Europe via ses filiales, Torbel (CA 2023: 74 M€), fabricant de ferrures et quincailleries spécialisées, a quant à lui déjà reçu en 2023 la médaille d’argent Ecovadis pour ses actions RSE.
Pour d’autres, le sujet n’était jusqu’alors pas d’actualité. C’est le cas de SFA Neroli, qui a surtout dû gérer au mieux la fusion des deux entreprises qui la composent désormais pour un ensemble de 265 collaborateurs. "La RSE n’était pas la priorité, avoue Marie Catalan, responsable RH. Mais ce sera l’objectif en 2025, des choses seront enclenchées, les graines sont en train de germer."
Président de Découpe Laser (16 salariés) à Carros, Loïc Fernandez confie son côté : "il y a quelques mois, la RSE et la marque employeur, on ne savait pas ce que c’était. La société a été créée il y a huit ans, et au début, on s’est vraiment acharné à aller trouver des clients, les contenter, faire tourner et grandir l’entreprise. Nous nous sommes tout de même rendu compte que nous faisions déjà des choses qui relèvent de la RSE ou de la marque employeur mais rien de structuré, d’écrit. La question est très importante pour fidéliser nos collaborateurs. Nous avons travaillé sur un livret d’accueil qui a servi à l’occasion d’un récent recrutement. Les retours ont été très positifs. Il y aura bien sûr de nombreuses améliorations au fil du temps." Ce n’est qu’un début en effet puisque la PME prévoit déjà de réaliser son bilan carbone, de mettre fin à son utilisation de papier, d’élaborer une charte éthique ou encore de s’agrandir.
*Découpe Laser, Europliage, France Hélices, Leloutre Industrie, Préfal, ProTech-Sécurité, Record France, SFA Neroli, SO GE TEF, Torbel Industrie, Téléconcepts, Vishay.