Ils étaient 400 inscrits, ils étaient finalement près de 500 selon les organisateurs, à se rassembler place Garibaldi à Nice, ce lundi 15 décembre à midi. TPE, PME, ETI, start-up. BTP, industrie, technologies, communication, hôtellerie-restauration, tourisme, comptabilité, transports. De Grasse, Carros ou Villeneuve-Loubet, ils sont tous venus dire leur même exaspération et leur inquiétude face à trop de fiscalité, trop de réglementations et, toujours, face à ce même manque de visibilité dont ils n’aperçoivent jamais la fin.
"Si on veut redresser notre pays, il y a urgence, il faut agir maintenant"
Pour Anny Courtade, doyenne des chefs d’entreprise présents (elle vient d’avoir 86 ans), c’est une première de se mobiliser ainsi. "Nous sommes catégorisés comme étant des riches, toujours stigmatisés, montrés du doigt alors qu’on devrait s’occuper de réduire les dépenses", explique celle qui, dans ses centres Leclerc, emploie 300 salariés. "Faire toujours payer plus ceux qui créent la valeur ajoutée, cela devient vraiment insupportable. J’aimerais tellement mieux redistribuer à mes salariés le montant des taxes qui vont toujours plus dans le tonneau des Danaïdes de l’État !" Dans la mythologie grecque, les Danaïdes étaient condamnées à remplir sans fin un tonneau percé.
"Si on veut redresser notre pays, il y a urgence, il faut agir maintenant, lance au micro le président du l’UPE06, Franck Cannata, à ses pairs. Que personne ne compte sur la fatigue et la lassitude des chefs d’entreprise et des collaborateurs. Nous ne baisserons jamais les bras."
La peur de la défaillance
À la tête des Transports Affif, entreprise familiale qui compte une quinzaine de salariés, David Affif confirme : "Oui, on reste optimiste, on est obligé, mais c’est une pensée déguisée, car on sait que ça va être compliqué. Dans le transport, les baisses de volume oscillent entre 10 et 20 % selon les secteurs, donc 2026 ne sera pas terrible, on le voit avec les défaillances d’entreprises (70 000 en France à 2025 sont annoncées, NDLR) et on sait qu’on n’est pas à l’abri. Je peux fermer demain. Pour une petite structure comme la mienne, il suffit de la perte d’un gros contrat, tout peut basculer. Mais tout est pesant pour le moral et pour un bon développement de l’activité : le recrutement, la fiscalité, et les normes, les normes et encore les normes !"
"Jamais connu une telle baisse de chiffre d’affaires !"
Même écho dans l’industrie. Corinne Bernardo est la cogérante de l’entreprise Leloutre, spécialisée dans la tôlerie industrielle et de précision. Parce que la conjoncture ne semble épargner personne, son activité pâtit de la méforme de ses clients, quand ce n’est pas leur délocalisation pure et simple à l’image d’Electrolux. "On enregistre une baisse de chiffre d’affaires de 20 %. Du jamais vu en 30 ans ! Même pendant la crise de 2008."
Il y a bien les projets liés à la Défense mais rien de concret et surtout, "ils vont au mieux nous arriver dans six mois, un an peut-être… Pour avancer, on essaye de renégocier, de réduire nos charges fixes, on serre la vis sur tout. Mais nous ne sommes plus compétitifs. Le taux horaire, la normalisation, le maintien de la certification, l’engagement dans la cybersécurité, dans la RSE, tout cela a un coût et on ne peut pas s’en exempter si on veut travailler avec les donneurs d’ordre européens."
Alors Leloutre Industries, comme d’autres, réduit ses marges au maximum afin de pouvoir "préserver l’emploi", en attendant "une hypothétique reprise".