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Comment les industries de la Côte d’Azur s’adaptent-elles au changement climatique ?
Alpes-Maritimes # Industrie # Transition écologique

Comment les industries de la Côte d’Azur s’adaptent-elles au changement climatique ?

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Nombre d’entreprises n’ont évidemment pas attendu l’actuelle vague de chaleur pour prendre des mesures et s’adapter au changement climatique. L’UIMM Côte d’Azur a réuni certaines d’entre elles qui ont partagé leurs pratiques et parcours de résilience.

Thales Alenia Space, Aluminor, Torbel, Ragni, Tethys… des entreprises industrielles des Alpes-Maritimes se sont réunies chez Leloutre Industrie à l’invitation de l’UIMM Côte d’Azur pour parler de leur engagement RSE et de leur résilience face au changement climatique — Photo : UIMM Côte d'Azur

Vague de chaleur ou pas, Leloutre fermera ses portes au mois d’août, comme chaque année. Comme beaucoup d’industries. En attendant, chez le spécialiste de la tôlerie de précision basé à La Gaude près de Nice, les horaires des salariés sont aménagés pour éviter au maximum les pics de chaleur.

Leloutre Industrie est spécialisé depuis 1970, la tôlerie industrielle de précision — Photo : Olivia Oreggia

Quant aux équipements, "ils peuvent supporter des températures supérieures à 40 degrés… en espérant que nous n’y arrivons pas. Mais cela fait partie des risques que l’on anticipe", explique Corinne Bernardo, cogérante de la société.

C’est chez Leloutre que l’UIMM Côte d’Azur a récemment réuni des entreprises industrielles des Alpes-Maritimes pour échanger notamment sur leurs bonnes pratiques en matière d’adaptation climatique et de résilience : comment continuer à produire, durablement, dans ces nouvelles conditions ?

De l’assureur aux fournisseurs, toutes les parties prenantes concernées

Car il n’est pas une entreprise qui soit exemptée du sujet. Peu importe son activité, peu importe sa taille. À Cannes, Thales Alenia Space (8 100 salariés, 2,23 Md€ de CA 2024) doit ainsi veiller à ses 15 000 m2 de salles blanches dans lesquelles sont fabriqués rien moins que des satellites. La température doit y être maintenue à 22 degrés et le taux d’hygrométrie maîtrisé. Situé en bord de mer, "notre site est pour notre assureur, le troisième mondial au sein du groupe, souligne explique Caroline Le Coq-Grisoni, responsable business résilience chez Thales Alenia Space. Les enjeux financiers sont donc très importants. C’est lui qui nous a poussés à cette prise de conscience."

À Cannes, le site de Thales Alenia Space abrite 15 000 m2 de salles blanches où sont construits des satellites — Photo : Thales Alenia Space

Et les effets du dérèglement climatique ne se limitent pas aux seuls actifs de production, ils dépassent largement les murs de l’entreprise pour toucher notamment tous les fournisseurs. "Tous les fournisseurs du groupe doivent non seulement avoir un Plan de continuité d’activité, reprend-elle, mais ils doivent aussi nous montrer un plan d’adaptation au changement climatique. Cela devient donc des critères importants dans le référencement de nos fournisseurs."

Leloutre face au risque de feux de forêt

Sans grande surprise, la région Sud fait partie des zones françaises les plus menacées par les aléas climatiques. En 2030, une entreprise sur 5 sera touchée par les épisodes de sécheresse, plus encore par les risques d’inondations. Sans parler des mouvements des sols argileux (fissures, déformations, affaissements) ou des feux de forêts.

Implanté à La Gaude, près de Nice, au milieu des chênes et des oliviers, Leloutre est exposé aux risques d’incendie — Photo : Olivia Oreggia

Un risque que Leloutre a dû prendre en compte il y a des années déjà. Située au milieu de chênes et d’oliviers, l’entreprise est aux premières loges en cas d’incendie. "Depuis 2003, nous sommes soumis à un Plan de Prévention de Risques Incendie, explique Corinne Leloutre, la cogérante. Nous sommes sur une zone rose. Nous avons donc interdiction d’augmenter la surface de plancher. La surélévation du bâtiment a été la seule possibilité pour nous agrandir. C’est une vraie contrainte mais on s’adapte."

De gauche à droite : Corinne Bernardo, cogérante de Leloutre Industrie, Denis Leloutre, dirigeant de l’entreprise, Caroline Le Coq-Grisoni, responsable business résilience chez Thales Alenia Space, et Xavier Montuelle, directeur territorial Alpes-Maritimes d’Enedis — Photo : Olivia Oreggia

Les câbles d’Enedis face aux mouvements des sols

Chez Enedis aussi, l’adaptation est centrale. Le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité (714 salariés dans les Alpes-Maritimes) "intègre cette question climatique depuis une dizaine d’années", assure Xavier Montuelle, directeur territorial Alpes-Maritimes. Ici, par exemple, le gonflement des terres d’argile est un sujet. Dans certaines zones identifiées du département, les terres peuvent monter jusqu’à un mètre, or, un câble n’est pas flexible. Nous étudions donc cela pour l’anticiper, remplacer les câbles."

Toutes les entreprises n’ont pourtant pas encore atteint semble-t-il une telle prise de conscience de l’urgence. Selon une étude de Bpifrance, publiée en décembre 2024, 68 % des dirigeants de PME et ETI ne considèrent pas l’adaptation au changement climatique comme un sujet stratégique majeur mais "comme un défi encore lointain".

Alpes-Maritimes # Industrie # Transition écologique # Réseaux d'accompagnement # RSE # Conjoncture