Ce ne sera pas une "manifestation" mais une "mobilisation". Lundi 15 décembre à 12h30 place Garibaldi à Nice, les chefs d’entreprise des Alpes-Maritimes vont se mobiliser contre la "folie fiscale", le trop-plein de normes et "la surréglementation" que leurs sociétés subissent.
Industrie, alimentaire, immobilier… même combat
"Il y a un an, j’ai investi un million d’euros dans une machine et j’ai embauché. Aujourd’hui, je ne le ferais pas car il y a beaucoup trop d’incertitudes, pas assez de visibilité, assure Claire Peradotto, à la tête de l’imprimerie familiale qui porte son nom à Nice.
"Moi, je suis dans l’alimentaire. On se fait attaquer par l’Italie, par l’Espagne mais nous sommes incapables d’attaquer la concurrence tant nous payons de charges", s’emporte Christophe Tripodi, président du syndicat des grossistes alimentaires.
"Dans l’immobilier, on est sur le loyer social, le loyer intermédiaire, le loyer très social… on complexifie tout !, déplore William Siksik, coprésident de la Fnaim 06. Entre la loi climat, plus punitive qu’incitative, l’encadrement des loyers qui revient, l’arrêt du dispositif Pinel sans dispositif intermédiaire… : il faut arrêter de vouloir surréglementer sur tous les sujets parce qu’aujourd’hui il en va de la vie de nos entreprises de loger aujourd’hui nos actifs."
92 % de TPE et PME dans les Alpes-Maritimes
"Le seul fait que l’on descende dans la rue est extrêmement rare, précise Franck Cannata, président de l’UPE 06 et de la FNTR 06-83. On pourrait résumer la situation à trois mots qui, je crois, font consensus : inquiétude, agacement et colère."
Et de rappeler qu’il n’y a pas de patrons du CAC 40 dans le département où le tissu économique est composé à 92 % de TPE et PME. "Ici, ce n’est pas l’Armée qui nous nourrit, on ne fabrique pas non plus des avions. On a quelques filiales de grands groupes mais on n’a pas de grands groupes. Thales est une exception, explique Marcel Ragni, président de l’UIMM Côte d’Azur. On ne veut pas de cadeaux, on veut continuer à travailler, à embaucher, à investir. C’est notre vie, l’entreprise."
Les parlementaires azuréens pointés du doigt
Parce que toutes les branches sont touchées, 16 fédérations professionnelles se retrouvent, unies sous la bannière de l’UPE 06 (Medef 06 et CPME 06), pour s’engager dans cette mobilisation et se faire entendre de leurs élus dont toutes dénoncent l’inaction et la déconnexion.
"Nous avons sollicité nos 9 députés et nos sénateurs, explique Patrick Moulard, président de la Fédération BTP 06. Car aujourd’hui plus que par le passé, le pouvoir est au territoire. C’est pour cela qu’on se mobilise. Il faut que nos parlementaires nous regardent droit dans les yeux."
"Quand le chiffre d’affaires diminue de 5, 10, 15, 20 %, comme pour pas mal d’entreprises en ce moment, les patrons font ce que les parlementaires ne font pas : on serre la vis sur les dépenses, explique Daniel Audemard, président du groupe du même nom. Et quand on a trop serré la vis, qu’on a diminué fortement les investissements, à la fin, la dernière variable d’ajustement, malheureusement, c’est le licenciement. C’est tout ce que ne veut pas une entreprise et on nous pousse à ça."
Patrons et salariés dans le même bateau
Les salariés aussi sont conviés à cette mobilisation. "Il est important de ne pas opposer les chefs d’entreprise à leurs collaborateurs parce qu’ils sont eux-mêmes victimes, indirectement, de tout ce qui se passe, souligne Aurore Jeanclos Perrot, avocate. C’est la voie collective qui est importante."
"La charge qui finit toujours par retomber sur les entreprises concerne aussi toutes les parties prenantes les salariés, les fournisseurs, les clients, souligne Fabien Paul, président de la CPME 06. C’est tout le système économique qui va en prendre plein la figure."
Tous admettent avec lucidité qu’une mobilisation comme celle de lundi ne changera pas les choses dans l’immédiat, pas en tout cas avant le 19 décembre. Néanmoins, ils entendent bien "faire en sorte que ce soit le démarrage de quelque chose de bien plus important", conclut Franck Cannata.