« La situation économique n'est pas bonne, nous accusons des pertes depuis plusieurs années, et elles se sont accrues en 2013, à cause de notre baisse de compétitivité sur le TDI. Les pertes se montent à plusieurs millions d'euros, voire plus. » Patrick Pouchot, directeur de la communication de Vencorex, dresse un constat sombre. Jean-Yves Cesaroni, représentant de la CGT, estime quant à lui que les pertes de Vencorex s'élèveraient à 3 M€ par mois. L'unité de Vencorex sur la plateforme chimique du Pont-de-Claix (38) fabrique deux sortes d'isocyanates : le TDI (tolulène Di-isocyanate) utilisé pour les mousses polyuréthanes ; et le HDI Tolonate, un additif pour les peintures et vernis polyuréthanes hautes performances. Vencorex produit 100.000 tonnes annuelles de TDI, un produit à fort volume et faibles marges. La société se positionne comme le numéro deux mondial de la production de HDI, avec 15.000 tonnes à 18.600 tonnes annuelles, mais de meilleures marges.
Concurrence très agressive
« Depuis 2008-2009, la situation n'est pas bonne sur le TDI, reconnaît Patrick Pouchot. Ce que nous gagnons sur le HDI ne suffit pas à équilibrer les comptes et la société enregistre des pertes globales. Le marché européen est saturé. Bayer et BASF, les leaders historiques, sont très agressifs sur le TDI. Ils construisent des unités géantes capables de produire 300.000 tonnes annuelles avec de nouveaux procédés de fabrication. Dès la fin de cette année, ils vont produire trois fois plus pour moins cher, faisant chuter les prix. Bayer annonce 1 Md€ d'investissements ! Nous ne pouvons pas nous mettre à niveau. Nous avons un retard sur le TDI que nous ne pourrons pas combler. » Une hypothèse de la direction, présentée lors du comité d'entreprise de novembre 2013 et qui devrait être confirmée lors de celui de fin février, serait de « ne pas persister dans le TDI. Nous sommes bien placés sur le HDI Tolonate, nous devrions développer fortement cette branche. Notre position de numéro deux derrière Bayer est capitale : nous avons une influence sur un marché en forte croissance. Nous devons la maintenir, l'avenir est là. » La CGT craint au contraire une délocalisation progressive de la production de HDI. « Il y a l'usine ici en France, et une aux États-Unis. Une autre est en construction en Thaïlande, notre savoir-faire est délocalisé. » La direction affirme pour sa part que cette unité ne desservira que le marché asiatique. Pour conserver le TDI, la CGT propose « une re-discussion des contrats pour mieux partager les marges entre Vencorex et les autres opérateurs. Car si le TDI est abandonné, Vencorex et la plateforme fermeront complètement en 2018 ou 2020. »
600 suppressions de postes
La conséquence directe de l'abandon de production de TDI serait la suppression de 300 postes sur les 550 du site, dont potentiellement cent départs à la retraite non remplacés selon la direction, une cinquantaine selon le syndicat. « Il n'y aurait aucune suppression de poste avant 2016 et notre objectif est clairement de limiter les licenciements secs », assure Patrick Pouchot. Les décisions de Vencorex auront un effet domino sur toute la plateforme chimique du Pont-de-Claix (769 personnes ; CA 2012 global : 562 M€) et même, potentiellement, sur celles de Jarrie et de Roussillon, toutes deux en Isère. « Des discussions sont en cours avec nos partenaires industriels », affirme encore le directeur de la communication. Jean-Yves Cesaroni estime les pertes globales à 600 personnes rien qu'au Pont-de-Claix. Mais Patrick Pouchot assure que les actionnaires sont prêts à investir en Isère. « Si nous leur présentons une vision à long terme avec un projet viable. Ils peuvent éponger nos pertes. Nous pouvons moderniser notre outil industriel en faisant les bons choix. Mais nous ne pouvons pas nous tromper, nous n'avons plus le droit à l'erreur. »
Vencorex
(Le Pont-de-Claix - 38) 500 personnes CA 2011 : 480 M€ 04 76 69 50 00 www.vencorex.com