Entreprise centenaire au savoir-faire traditionnel, Paul Dischamp n’en est pas moins une société qui innove. Cet affineur et producteur de fromages d’Auvergne, implanté à Sayat près de Clermont-Ferrand, a mis au point un emballage qui permet de conserver le bleu d’Auvergne jusqu’à 120 jours (4 mois) contre 25 habituellement. Indispensable pour la PME qui fait désormais voyager ses fromages à l’autre bout du monde, notamment jusqu’en Océanie.
L’entreprise ambitionne de réaliser 10 % de son chiffre d’affaires à l’international. "Nous avons retrouvé des traces d’activités à l’export dès les années soixante. La démarche a commencé depuis très longtemps. Mais ce recentrage pour en faire un levier de développement stratégique de l’entreprise date d’il y a cinq ans", explique François Dischamp, directeur marketing et export de Paul Dischamp et représentant de la quatrième génération aux côtés de son aîné Arnault, président de l’entreprise depuis 2023.
Adaptation aux marchés
Leurs cinq AOP d’Auvergne (saint-nectaire, cantal, salers, bleu d’Auvergne, fourme d’Ambert) sont aujourd’hui vendus dans une trentaine de pays, sur tous les continents via des partenaires historiques présents sur Rungis ou directement dans les pays.
Un nouveau relais de croissance pour cette entreprise qui compte 225 salariés et trois sites en Auvergne (Sayat, Saint-Flour, Saint-Nectaire), deux dans les vallées d’Ariège. "Le marché français reste prioritaire pour nous. Mais il est assez mature et la concurrence est importante. L’export permet donc d’étendre notre domaine, de nous diversifier afin de pérenniser notre activité, nos filières, de les rendre plus robustes. Il faut donner des perspectives à nos éleveurs", analyse François Dischamp.
L’entreprise travaille avec 250 exploitations laitières en Auvergne, principalement dans le Puy-de-Dôme et le Cantal. Elle produit près de 7 000 tonnes de fromages chaque année, principalement commercialisés dans la grande distribution, les crémeries et l’hôtellerie-restauration. Pour un chiffre d’affaires de 60 millions d’euros l’an dernier.
Innover pour mieux exporter
La PME travaille aussi sur les nouveaux usages, à l’utilisation du fromage hors plateau. "On a innové, par exemple, en lançant une gamme de bols de dés de fromage pour répondre à la tendance du snacking. Ou encore les boîtes chaudes, les fondues… l’usage chaud du fromage se développe aussi beaucoup. Et on a des résultats plus intéressants sur l’export", souligne le directeur marketing et export de 31 ans.
Les fromageries Paul Dischamp ont d’ailleurs remporté, en ce début d’année, le Prix de l’export de la 10ᵉ édition du Prix EY de l’Agroalimentaire, en partenariat avec l’Association nationale des industries alimentaires (Ania). "C’est la reconnaissance du travail de nos équipes et de notre stratégie qui allie modernité et tradition. Cela récompense nos procédés, notre ancrage local, la déclinaison de nos offres et notre modernisation, avec la robotisation notamment, pour s’ancrer dans l’avenir", souligne François Dischamp.
Caves sous le centre historique de Clermont
S’ancrer dans l’avenir, tout en perpétuant l’héritage familial. C’est l’ambition de ces deux frères qui poursuivent l’aventure entrepreneuriale entamée au début du siècle dernier. Plus précisément en 1904. Quand Jean Dischamp, fils d’éleveur, décide de transformer des caves à vin désaffectées, sous le centre historique de Clermont-Ferrand, en caves d’affinage pour le saint-nectaire fermier. "Dans ces caves en tuf volcanique, la température et l’hydrométrie étaient adaptées. Il s’est donc spécialisé dans l’affinage de fromage pour leur conférer autant de goût que possible", raconte son descendant. Jean Dischamp ouvre un petit magasin de vente dans la capitale auvergnate, repris ensuite par son fils Paul.
Ventes aux professionnels et aux supermarchés
Dans les années cinquante, ce dernier décide d’associer son commerce à celui de son beau-père, la Grande Laiterie d’Argnat située à Sayat qui produit du beurre, yaourt, petit-suisse. L’activité y est transférée, les caves d’affinage agrandies. Le modèle évolue, pour passer à la vente aux professionnels, notamment aux Halles à Paris et aux premiers supermarchés. Un développement qui se poursuit avec l’arrivée de Jean-Luc, fils de Paul, à la direction de la maison en 1977.
"L’entreprise s’est encore agrandie et nous avons diversifié nos sites. Nous nous sommes implantés dans le Cantal en 1989 puis, en 2007, nous avons repris une laiterie à Saint-Nectaire, où l’on fabrique aujourd’hui encore notre saint-nectaire laitier, notre bleu d’Auvergne et notre fourme", détaille l’arrière-petit-fils du fondateur. Il y a quatre ans, l’entreprise a même eu l’opportunité de s’étendre dans les Pyrénées, avec l’acquisition de deux petites unités à Cescau et Bethmale.
Extension de 2 000 m² à Saint-Nectaire
En 2022, l’entreprise 100 % familiale investit 9 millions d’euros dans une fromagerie à Saint-Flour, dédiée au cantal. Elle équipe le site des dernières avancées technologiques, tout en préservant le caractère artisanal de l’affinage. "Nous avons un robot unique au monde qui nous permet de retourner nos meules de cantal AOP de 40 kg. Ça enlève beaucoup de pénibilité et permet de recentrer le travail humain sur l’essentiel, c’est-à-dire la fabrication du fromage, le goût, l’affinage ", précise François Dischamp.
Une modernisation essentielle, selon lui, pour préparer l’avenir, mais aussi pour répondre à un enjeu d’attractivité. "Un de nos challenges, c’est le recrutement. Nous avons une vingtaine de postes à pourvoir", poursuit-il.
Le dernier chantier en date des deux frères : une extension de 2 000 m² de son site de Saint-Nectaire (10 000 m²). Inauguré en septembre dernier, l’investissement de 7 millions d’euros a permis d’augmenter les capacités production et là encore, de moderniser l’outil industriel.