La France traîne les pieds… Le 5 juin 2026 le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou tablait sur un vote du projet de loi sur la transparence salariale avant la fin de l’année. Lundi matin, ce même ministre a déclaré sur France Info que ce vote aurait sans doute lieu "avant fin de notre mandature" : comprendre avant l’élection présidentielle d’avril-mai 2027.
Une fourchette de salaires dans les offres d’emploi
La transposition de la directive européenne devait initialement être actée dans les législations nationales au plus tard le 6 juin. Cette directive prévoit notamment que les entreprises précisent une fourchette de salaires dans leurs offres d’emploi et que les salariés aient le droit d’obtenir des informations sur les niveaux de rémunération de leurs collègues occupant un travail de "valeur égale" au leur, ventilés par sexe.
Vingt-deux articles
Les entreprises devront déclarer, avec des modalités différentes selon leur taille, les écarts de rémunérations entre femmes et hommes à travail égal et par catégorie d’emploi. Elles devront engager des mesures en cas d’écart trop important sans raison objective. Par ailleurs, le texte de la directive qui comprend vingt-deux articles et concerne le privé comme le public, interdit qu’un recruteur demande à un candidat à un poste sa rémunération actuelle ou antérieure.
Le Medef monte au créneau
En France, le président du Medef Patrick Martin est monté au créneau contre ce texte estimant que "ce truc est dingue. Animé par de bonnes intentions, mais avec des résultats catastrophiques". Le patron du Medef estime que cette nouvelle réglementation "va dissuader les salariés qui veulent s’engager, qui veulent progresser, qui veulent être augmentés, parce qu’on va instaurer un principe d’égalitarisme".
Un risque d’être dévoyé
De son côté, le Meti a signé début juin un texte commun avec plusieurs autres organisations patronales européennes pour demander une pause dans la transposition de la directive. Le Meti alertait alors sur "les conséquences en cascade d’une directive dont l’objectif initial menace une fois de plus d’être dévoyé par les modalités de mise en œuvre : complexité et surcoût, détérioration du dialogue social et judiciarisation des relations de travail, désincitation à la performance et à la productivité…"
Trouver les bons équilibres
Des prises de position qui alimentent sans doute l’attentisme gouvernemental. "Il est vraisemblable que je puisse présenter le projet de loi au mois de juillet, et ensuite le débat parlementaire entrera dans la deuxième partie de l’année", expliquait lundi matin Jean-Pierre Farandou, reconnaissant que si "les entreprises […] ne sont pas très pressées, […] les organisations syndicales […] voudraient que ça aille beaucoup plus vite et beaucoup plus fort". Mais "parfois ça vaut la peine de prendre du temps pour être sûr de trouver les bons équilibres", insistait le ministre du Travail en rappelant que son projet de loi a d’ores et déjà été transmis au Conseil d’État.