Réseau Entreprendre est né il y a quarante ans dans les Hauts-de-France. Pour le rappeler, vous célébrez votre anniversaire à Lille du 1ᵉʳ au 3 juillet 2026. Depuis 1986, ce réseau a beaucoup grandi, quelles sont aujourd’hui sa dimension et son ambition ?
Notre réseau fédère 65 associations avec 144 implantations dans 10 pays. Soit une communauté d’un peu plus de 15 000 chefs d’entreprise. Nous accompagnons chaque année 2 400 entrepreneurs – environ 2 000 en France —, dont la moitié sont des créateurs et un peu plus d’un tiers des repreneurs d’entreprise. Pour ces derniers, la proportion augmente chaque année compte tenu des départs en retraite, un chiffre important pour nous qui connaissons les enjeux de la reprise d’entreprise sur notre territoire. Le reste correspond à des entrepreneurs en croissance qui ont besoin d’un accompagnement, un parcours aussi en fort développement. Au-delà de ces chiffres, notre ambition reste fidèle à notre raison d’être : faire émerger des entrepreneurs qui créent de la valeur durable et des emplois, en contribuant directement au dynamisme des territoires.
Vous dites être présents dans une dizaine de pays, quels sont-ils ?
Outre la France, nous sommes présents en Belgique, en Espagne, en Italie, au Portugal, en Suisse, au Maroc, en Tunisie, au Sénégal et au Chili. Nos implantations naissent, la plupart du temps, de rencontres avec des chefs d’entreprises locaux qui connaissent notre modèle et veulent le dupliquer. Nous sommes toujours partants pour ouvrir de nouvelles implantations, sous réserve que les législations et réglementations locales le permettent et qu’il existe un noyau solide de chefs d’entreprise capables de l’animer. À cet égard, il est important de noter que nous fonctionnons toujours sur la base du bénévolat.
Dans chacun des pays où vous êtes présents, menez-vous de front vos trois activités d’accompagnement de créateurs, de repreneurs et d’entreprises en croissance ?
Oui, c’est l’objectif, avec parfois une adaptation du modèle aux spécificités locales. Notre première ambition demeure d’accompagner, le plus tôt possible, les porteurs de projets, qu’ils soient créateurs, repreneurs ou développeurs, de les aider dans un premier temps via le parcours Tremplin durant lequel ils finalisent leur dossier, affinent leur business plan, sous le regard de nos membres bénévoles. Ce sont eux qui rencontrent les candidats et les challengent sur leurs dossiers. Ensuite, ils passent en Comité d’engagement, composé de dix chefs d’entreprise qui décident ou pas d’accompagner le projet. Si c’est le cas, le candidat devient Entrepreneur lauréat Réseau Entreprendre et peut alors bénéficier d’un prêt d’honneur et d’un accompagnement personnalisé, gratuit, pendant deux ou trois ans par un chef d’entreprise expérimenté.
L’important pour nous, c’est surtout d’aider le créateur ou le repreneur à s’affirmer dans sa nouvelle posture de chef d’entreprise : prendre des décisions, incarner un projet et avoir un impact positif. Quant à l’accompagnement des entreprises en croissance, il s’agit de faire en sorte que le dirigeant prenne de la hauteur et accepte de déléguer pour piloter une structure qui va par exemple passer de moins de dix salariés à plus de quinze collaborateurs, et cela change tout.
Pour mener à bien ces tâches, nous avons formalisé nos process, avec des réunions mensuelles et des échanges réguliers entre entrepreneurs lauréats, des comptes rendus, des clubs, des interventions d’experts.
En 40 ans, l’organisation s’est adaptée aux besoins des entrepreneurs et aux défis qu’ils rencontrent. Aujourd’hui nous les accompagnons sur les grandes transformations du 21ᵉ siècle : renforcer sa gouvernance, construire une stratégie RSE, penser sa raison d’être, anticiper sa transmission… Nous proposons 12 modules d’expertise qui répondent à ces enjeux.
L’autre dimension de votre action, c’est l’octroi de prêts d’honneur, comment sont-ils financés ? Quelle a été le montant de l’enveloppe en 2025 ?
Il s’agit de prêts sans intérêt ni garantie, qui sont faits non pas à l’entreprise, mais à la personne, donc au porteur de projet, au nouveau chef d’entreprise.
Ces prêts sont financés par un fonds que possède chaque association, alimenté par les membres, partenaires et subventions. Bpifrance garantit une partie du prêt bancaire obtenu par l’entrepreneur. L’enveloppe 2025 de nos prêts d’honneur se montait à 25 millions d'euros.
D’un montant compris entre 15 000 et 50 000 euros, ces prêts servent à renforcer les fonds propres de l’entreprise, soit en capital, soit en compte courant d’associé. Le montant moyen est de 30 000 euros, il est donc assez élevé. Surtout, ces prêts ont un effet de levier auprès des banques compris entre 11 et 13 selon qu’il s’agit d’un projet de création ou de reprise. Ce qui veut dire qu’avec les 30 000 euros octroyés par Réseau Entreprendre le porteur de projet pourra lever entre 400 000 et 500 000 euros.
De nombreux autres réseaux accompagnent également les entrepreneurs, les créateurs ou repreneurs d’entreprises. Quelle est votre spécificité ?
Ce que l’on fait, personne d’autre ne le fait, cette mise à disposition d’un ou plusieurs chefs d’entreprise en activité, bénévoles bien sûr, qui se tiennent au côté des porteurs de projets sur tout le territoire, et qui adhèrent en cotisant à l’association.
C’est un modèle unique, fondé sur la réciprocité : des entrepreneurs qui ont réussi donnent du temps à celles et ceux qui se lancent. Et notre credo, c’est la création et le maintien des emplois dans les territoires. Nous n’accompagnons pas les microentreprises ou les autoentrepreneurs.
Savez-vous mesurer la performance de votre action ?
Nous mesurons le taux de pérennité des entreprises accompagnées, c’est un de nos indicateurs majeurs, suivi de très près par toutes les associations. Nous sommes à 91 % de pérennité à cinq ans, c’est très important. Et ce taux est stable en dépit de l’augmentation des défaillances d’entreprises enregistrées depuis quelques mois.
Cette conjoncture difficile impacte-t-elle le nombre de projets de créations ou de reprises ?
C’est un paradoxe, mais alors qu’il y a une morosité économique ambiante, nous avons un flux entrant de porteurs de projets qui est toujours important et qui augmente. C’est pour moi un grand message d’optimisme. Un signe en tout cas, que l’envie d’entreprendre, l’envie de développer l’économie, est toujours là malgré tout ce qu’on entend, malgré tous les signaux négatifs.