Laval
À Laval, le groupe de BTP Lucas change de mains, pas de famille
Laval # Bâtiment # ETI

À Laval, le groupe de BTP Lucas change de mains, pas de famille

S'abonner

Après 43 années investies dans le pilotage de l’entreprise familiale, Bruno Lucas transmet le flambeau à trois de ses enfants. Dorothée, Sarah et Charles se partagent désormais la direction du Groupe Lucas. Le trio a d’ores et déjà acté la création d’un pôle immobilier et le développement de la zone d’intervention des activités de BTP. La troisième génération amène donc déjà sa pierre à l’édifice, alors que l’ETI lavalloise fête ses 70 ans en cette année 2026.

Bruno Lucas transmet la gouvernance de l’entreprise familiale, opérant dans les métiers du bâtiment. Sarah, Charles et Dorothée représentent la 3e génération aux manettes du Groupe Lucas — Photo : Frédéric Gérard

Le Groupe Lucas bétonne son avenir. La troisième génération prend les commandes du groupe de BTP mayennais, officiellement en ce mois de juin 2026. À bientôt 67 ans, Bruno Lucas passe le flambeau à trois de ses quatre enfants : Dorothée, Sarah et Charles. "Je me suis dit que l’année des 70 ans du groupe était le moment idéal pour faire la bascule", glisse-t-il. Ce vendredi 26 juin 2026, 500 collaborateurs se sont déplacés, parfois pour la première fois, au siège social de Laval pour l’anniversaire de leur entreprise, accompagnés de 300 partenaires et clients en soirée. L’événement a permis de présenter aux 800 convives les nouveaux patrons.

Conseil stratégique, droit des affaires, immobilier

Ce triumvirat recèle de compétences complémentaires. Charles Lucas, le benjamin de 33 ans, a travaillé dans le conseil, à Paris et à Londres, à bord notamment du cabinet McKinsey : il prend la présidence du groupe. Sarah Lucas, âgée de 36 ans, a pratiqué en droit des affaires à Paris et New York : elle prend la direction générale et la direction juridique du groupe. Dorothée Lucas, 40 ans, qui a mené une carrière dans l’immobilier et chez un bailleur social, prend en charge le nouveau pôle immobilier du groupe. Frère et sœurs sont montés à bord du groupe, il y a respectivement 4 ans, 4,5 ans et 6,5 ans. Et pendant deux ans, ils ont étudié les manières de travailler ensemble et d’organiser leur codir.

Maillage et réseaux locaux

Les nouveaux dirigeants entendent préserver "la proximité avec les clients qui fait l’ADN et la réussite du groupe". "C’est toujours rassurant quand une entreprise reste dans la même famille, pour les partenaires et les salariés", met en avant leur père. Lui aura passé 43 années dans l’opérationnel du groupe Lucas, dont 34 années de présidence.

Madeleine et André Lucas, fondateurs de l’entreprise lavalloise, et leurs fils Bruno, qui a dirigé le groupe lavallois du même nom durant 34 ans — Photo : Lucas

Dans un second temps, Bruno Lucas espère que ses trois enfants s’investiront à leur tour, et comme leur grand-père André avant lui, à l’extérieur de l’entreprise. Que ce soit dans les organisations professionnelles (FFB, Medef, etc.) et peut-être dans la gestion du Stade Lavallois Mayenne FC.

De Brest à Paris, 2 500 chantiers par an

Le groupe Lucas (Smec, Lucas Construction, Chauvat, LVR, etc.) réalise 2 500 chantiers à l’année, de tailles très différentes. Ces chantiers sont situés dans le Grand Ouest, ainsi qu’en région parisienne, surtout pour du bardage. "L’entreprise s’est beaucoup développée à une époque en se positionnant dans la rénovation pour des acteurs du public. Aujourd’hui, nous travaillons beaucoup en B to B, et ne conservons qu’une petite activité auprès des particuliers", présente Bruno Lucas. Le chiffre d’affaires en 2025 s’est affiché à 115 millions d’euros.

Le Groupe Lucas a participé à la construction de la tour Tip à Angers, abritant 182 logements ainsi que des espaces de travail et services — Photo : B MAUCO

Le groupe mayennais s’étend dans tout le Grand Ouest grâce à 19 filiales et s’appuie sur 800 collaborateurs. "En réalité, nous sommes autour de 1 000 à 1 100 emplois directs, précise Bruno Lucas, si on compte les intérimaires qui travaillent de façon récurrente pour nous et les salariés d’entreprises partenaires."

Élargir la zone d’intervention

La 19e filiale a été ouverte en Normandie en avril 2026. "Lucas Caen est une société créée ex nihilo pour les chantiers de sols, peinture et revêtement, indique Charles Lucas. Nous sommes en année de prospection, le lancement officiel de l’activité se fera en 2027." Cette implantation marque avant tout la volonté de développer la zone d’intervention du groupe familial, au-delà d’une couverture dense en Bretagne et en Pays de la Loire. Cela commence en Normandie. Mais l’activité s’étend aussi plus au sud : la société Ringeard Décoration (peinture et sols), filiale basée à Cholet, en Maine-et-Loire, signe ainsi de plus en plus de contrats en Vendée, où le Groupe Lucas intervenait encore peu.

La croissance externe pourrait également répondre à ces objectifs. Gernogep à Nantes, SBB et SBM en Bretagne, SAPR à Nantes, Golfe Peinture à Vannes, Alleard à Château-Gontier-sur-Mayenne, Rossi en Loire-Atlantique et en Ille-et-Vilaine, Retailleau sur la côte Atlantique… La liste des sociétés reprises au cours des vingt dernières années devrait encore s’allonger dans les années à venir.

S’immiscer dans l’immobilier

Jusqu’au début 2026, le groupe Lucas était organisé en quatre pôles d’activités : la peinture et les sols, ainsi que le gros œuvre, le génie électrique et climatique, l’enveloppe du bâtiment. Un cinquième pôle a été créé : Lucas Immobilier va développer la promotion immobilière en B to B. "De plus en plus d’entreprises veulent des opérations clés en main, qui incluent la conception, la gestion des prix, la tenue des délais, le cahier des charges, etc. Nous avons la diversité des compétences et des expériences dans le groupe pour accompagner cette demande en hausse. Nous ne serons pas contractant général, mais interviendrons plutôt en Véfa ou en contrat d’achat et vente", précise Dorothée Lucas, qui pilotera ce nouveau pôle.

Solidité dans un secteur en difficulté

Si cette transmission familiale a été préparée, elle n’était pourtant pas inscrite dans le marbre. "Nous avions tous les trois nos carrières, que nous avions choisies et qui nous passionnaient", insiste Sarah Lucas. "La succession à la tête de l’entreprise n’était pas un sujet dont on discutait en famille à table le dimanche", confie Dorothée. Il y a huit ans, Bruno Lucas a cependant demandé à ses quatre enfants si, oui ou non, ils se verraient dans l’opérationnel du groupe. "Il fallait prévoir la suite. Je ne voulais pas aller trop loin en âge dans la direction du groupe. Sinon, il y aurait eu l’option de revendre ou, mieux, de céder à des cadres en interne", explique le chef d’entreprise.

Dans la fin des années 1950, André Lucas se spécialise dans la vente et la pose de revêtement de sol innovant, de la marque Gerflex. Le début de l’histoire d’une entreprise générale aujourd’hui organisée en cinq pôles d’activité — Photo : Lucas

Trois de ses quatre enfants ont donc décidé de s’associer pour former un trio de dirigeants. Le père de famille leur avait laissé le choix. "Contrairement à mon époque, où cela a toujours été naturel que les enfants reprennent l’entreprise familiale, surtout dans le bâtiment, se rappelle Bruno Lucas. Les enfants des dirigeants, les fils en particulier, apparaissaient comme des dirigeants légitimes auprès des salariés et des clients. J’avais deux sœurs mais je crois que mon père (fondateur de l’entreprise en 1956, NDLR) ne s’est jamais posé la question de savoir qui prendrait la tête de l’entreprise à sa place…"

Laval # Bâtiment # ETI # Transmission # Implantation # SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) # Commercial # Production
Fiche entreprise
Retrouvez toutes les informations sur l’entreprise SOC BAL