C’est un agrandissement stratégique que vient d’achever Top Clean Packaging sur son site historique de Peschadoires, près de Thiers dans le Puy-de-Dôme. Une extension de 2 400 m² pour sa filiale, Top Clean Injection, qui fabrique des dispositifs médicaux complets destinés aux marchés de la cardiologie, de l’orthopédie ou encore de l’ophtalmologie. Entre 4,5 millions et 5 millions d’euros ont été investis dans l’opération, afin notamment d’agrandir les espaces de stockage mais, surtout, la salle blanche. Ce nouvel espace, opérationnel depuis septembre, assure le même degré de propreté qu’un bloc opératoire.
"Cela permet aux produits de rester dans un environnement propre. Nous avons été les premiers, dans les années 90, à fabriquer de l’emballage en salle blanche. Nous avons créé ce besoin auprès des groupes médicaux. Cela leur évite un nettoyage supplémentaire", explique Jean Berry, président de Top Clean Packaging, cinquième génération à la tête de l’entreprise familiale.
Des débuts dans les bustiers et les étuis pour rasoirs
Si l’entreprise produit aujourd’hui des kits d’urologie, pour les ponctions osseuses ou pour les opérations de la colonne vertébrale… Les activités de Top Clean packaging ont été très diverses au fil des décennies. Et la santé n’a pas toujours été son champ d’action.
Au tout début de cette longue épopée familiale, avant même la Première Guerre mondiale, on trouve Jean Chevalerias, l’arrière-arrière grand-père de Jean Berry. À l’époque, il se lance dans la confection de buscs, ces tiges métalliques pour les bustiers des femmes. Puis, avec son fils Marius, il passe à la fabrication d’étuis pour rasoirs à main, en 1927, date officielle de la création de l’entreprise. Un marché porteur jusqu’à l’arrivée du rasoir électrique. "Cela a poussé l’entreprise à changer de secteur. Notre histoire est une succession de marchés et d’innovations, mais toujours dans l’emballage qui est resté notre ADN", commente Jean Berry.
Fromage, armement, chimie et médical
Les établissements Chevalerias se réorientent donc dans les années 50. Ils produisent des pièces techniques pour l’armement (des boîtes pour les grenades, les fusils, les canons…), des tubes en carton pour la chimie et… des boîtes à fromage. Cette dernière activité perdure encore aujourd’hui. "C’est une part anecdotique de notre production actuelle, mais c’est important d’entretenir cet héritage familial. Nous fabriquons encore l’emballage du Roquefort Papillon, par exemple. Mon père a aussi créé l’emballage du Saint-Agur", précise le président de Top Clean Packaging.
Entrée dans le domaine de la coutellerie
Mais l’aventure ne s’arrête pas là. Dans les années 70, le nouveau dirigeant, Jacques Berry, gendre de Marius, investit le domaine de la coutellerie, en fabriquant des coffrets pour les couteliers de Thiers. Il renomme alors l’entreprise Cartolux-Thiers, spécialisée dans l’emballage, qui reste aujourd’hui l’entité historique du groupe Top Clean Packaging.
En 1994, la société se tourne encore vers de nouveaux marchés, comme celui de l’emballage médical sous l’impulsion de François Berry, représentant de la quatrième génération. "Nous nous sommes adaptés à la demande et à l’économie. Nous avons rebondi sur plein de technologies différentes. Et nous n’avons jamais mis tous nos œufs dans le même panier, ce qui explique notre pérennité. Nous détenons, aujourd’hui, 80 % du marché français de l’emballage médical destiné aux opérations", se félicite Jean Berry. Cette activité représente la moitié des 60 millions d’euros de chiffre d’affaires de l’entreprise en 2023.
La bascule avec Top Clean Injection
Mais la véritable bascule de l’entreprise a, sans doute, été opérée en 2005 avec la création de Top Clean Injection, la filiale qui développe et fabrique des dispositifs médicaux sophistiqués en salle blanche. "Mon père François, véritable autodidacte, s’est dit : puisque nous fabriquons les emballages de ces dispositifs, pourquoi ne pas produire et emballer directement ces dispositifs et élargir notre savoir-faire. Nous avons donc créé l’activité de A à Z et cette filiale représente désormais 10 millions de chiffre d’affaires", résume Jean Berry.
Ouverture d’une filiale en Chine
La même année, François Berry a aussi l’idée d’ouvrir une filiale en Chine. L’usine de production de 2 700 m², implantée à 80 kilomètres de Shanghai, opère sur les mêmes segments d’activité mais pour les besoins des marchés asiatiques. Ce qui permet d’offrir au groupe une présence sur deux continents. 80 personnes y travaillent aujourd’hui. "Chaque génération a amené le groupe plus loin. La première génération l’a créé, la seconde lui a donné une dimension régionale, la troisième nationale et mon père l’ont internationalisé, d’abord en Europe puis en Chine. Cela correspond bien au caractère de notre famille. Nous sommes des baroudeurs, curieux de tout", raconte Jean Berry.
Afin de fédérer et d’organiser toutes les activités des différentes filiales sous un label commun, le groupe Top Clean Packaging est créé dans la foulée. Depuis, l’entreprise ne cesse de monter en puissance. En 20 ans, le chiffre d’affaires de Top Clean Packaging (6 sociétés) a été multiplié par 10. Le nombre de salariés, lui, est passé de 50 à 400 entre 2004 et 2024. C’est dire la forte croissance qu’a connue le groupe, qui compte aujourd’hui 7 sites de production (dont un en Chine et un en Italie) et un centre de recherche et d’innovation (1 million d’euros de budget par an). Il compte, désormais, 500 entreprises clientes dans des secteurs variés de l’agroalimentaire, du luxe, du médical…
Les États-Unis en ligne de mire
Jean Berry, actuel dirigeant, compte bien, lui aussi, apporter sa pierre à l’édifice. Après avoir repris en 2020, à 36 ans, l’entreprise familiale, il a l’ambition de partir à la conquête des États-Unis. "Je connais bien ce pays car j’y ai passé un an et demi dans le cadre de mes études. C’est le plus gros marché mondial en termes de dépenses de santé. Les plus gros donneurs d’ordre sont là-bas. Il serait intéressant d’y apporter notre savoir-faire", avance le dirigeant.
Top Clean Packaging espère s’y implanter dès l’année prochaine, via le rachat d’une entreprise locale (dans l’emballage de préférence) ou via la création d’une nouvelle structure comme en Chine. "J’ai envie d’écrire la suite de l’histoire. Mon objectif est de porter le chiffre d’affaires de l’entreprise à 100 millions d’euros d’ici 2030. Je peux toujours compter sur mon père qui a un rôle de sage et d’appui dans l’entreprise. Nous partageons la même vision : adaptabilité et proximité avec nos salariés", conclut Jean Berry.