Dès le lancement de leur start-up Syntetica, Marco Bertone et Louis Monsigny savaient que "le projet nécessitait beaucoup d’argent. De l’argent pour les investissements mais aussi pour faire grandir l’équipe. Et notre objectif, c’était d’aller vite."
Mission accomplie pour les deux dirigeants, installés à Reims, dans la Marne, qui viennent de lever un total de 4,2 millions d’euros, tout juste neuf mois après la création de leur start-up opérant dans le recyclage du nylon, en novembre 2023. Mené par EQT Venture et d’autres fonds comme Groupe Idec Invest, les Établissements Peugeot Frères, le Family Office du groupe Etam, Better Angle ou encore Volta Circle, ce tour de table intègre aussi des partenaires commerciaux comme Victoria Secret et Etam.
80 fonds d’investissement intéressés
Les deux fondateurs se sont rencontrés à Paris, dans le cadre du programme Entrepreneur First : le rapprochement du profil très technique de Louis Monsigny et des compétences en développement d’entreprise de Marco Bertone a fait des étincelles. Quelques mois plus tard, les associés menaient leur road-show depuis San Francisco, où ils ont rencontré pas moins de 80 fonds d’investissement.
Discret sur la répartition du capital après l’opération comme sur le chiffre d’affaires déjà réalisé, Marco Bertone veut se concentrer sur les prochaines étapes du développement de Syntetica. "Nous nous sommes donnés 18 mois pour sortir notre procédé de recyclage du laboratoire et arriver à un pilote industriel", précise le dirigeant de Syntetica.
Revenir à la matière vierge
Aujourd’hui, pour recycler du nylon, les procédés existant sur le marché consistent à chauffer les fibres à plus de 250°C pour les faire fondre, avant de les broyer pour récupérer la matière. "C’est un procédé qui consomme beaucoup d’énergie et ne permet pas de recycler des matières mélangées", pointe Marco Bertone. Or l’immense majorité des textiles utilisés par l’industrie de la mode sont des mélanges : "Notre procédé permet de dépolymériser le nylon, c’est-à-dire de revenir à la matière vierge en détricotant les molécules", détaille le dirigent de Syntetica, sans vouloir se montrer trop précis.
Car les enjeux sont énormes : matière synthétique dérivée du pétrole, le nylon est un polyamide dont la production se concentre en Asie et représente plus de 22 milliards de dollars de vente, et devrait dépasser les 30 milliards de dollars en 2030. "Les marques de textiles ont vraiment besoin de cette matière recyclée", insiste Marco Bertone. Pour sortir du pétrole et de ses variations de prix d’abord, mais aussi pour décarboner l’industrie textile : l’usage des fibres produites par Syntetica permettrait d’abaisser le niveau des émissions d’un vêtement de 80 %. "Pour convaincre Etam, nous leur avons tout simplement fait une démonstration", résume Marco Bertone. "Nous avons mis un soutien-gorge dans le réacteur, et il est ressorti dépolymérisé."
D’autres contrats commerciaux à venir
Suffisamment convaincant pour que le fabricant de lingerie Etam (CA : 880 M€ ; 5 000 salariés) rentre au capital de Syntetica et s’engage à sortir la première collection de lingerie recyclée au monde dès l’année prochaine. Et d’autres contrats vont suivre : "Nous avons déjà convaincu une marque très connue de la fast fashion et une autre plus haut de gamme", assure Marc Bertone.
Avec les fonds rassemblés lors de ce premier tour d’amorçage, les dirigeants de Syntetica ont commencé à recruter : des profils très techniques, portant à sept l’effectif de la start-up. "Dès le mois d’octobre, nous serons 11", précise Marco Bertone. Opérant essentiellement depuis Paris, pour cause de partenariat avec un laboratoire disposant du matériel nécessaire aux recherches, les dirigeants de Syntetica veulent rester à Reims : "C’est là que tout a commencé et c’est certainement dans le Grand Est que nous trouverons l’endroit le plus favorable pour construire une usine", indique Marco Bertone.
Travaillant avec le Centre européen de biotechnologie et de bioéconomie installé à Reims, structure de recherche pluridisciplinaire issues de quatre chaires d’AgroParisTech, mais aussi de CentraleSupélec, de l’Université de Reims Champagne-Ardenne et de Neoma Business School, Syntetica est toujours incubée chez Innovact, incubateur labellisé par la Région Grand Est.