Scania veut accélérer dans la production de poids lourds électriques. Et son usine d’Angers sera au cœur de cette stratégie. Le site du Maine-et-Loire était jusqu’ici intégralement focalisé sur les motorisations thermiques. L’établissement produit entre 20 000 et 30 000 poids lourds par an, commercialisés principalement en France et dans les pays d’Europe du Sud.
Or, ce sont les pays du nord de l’Europe qui sont en avance sur la motorisation électrique. Ainsi, les camions électriques représentent seulement 2 % des ventes de poids lourds en France contre 7 % en Allemagne et 18 % aux Pays Bas.
Des centaines d’embauches envisagées
Pour essayer de rattraper cet écart de marché, le constructeur suédois va investir 70 millions d’euros dans son usine angevine. Cet investissement a été annoncé ce 1er juin 2026 dans le cadre du sommet Choose France. Le projet comprend une extension des bâtiments de 60 000 à 75 000 m² , espace qui sera principalement dédié aux nouvelles références de pièces liées à la motorisation électrique, ainsi qu’une adaptation des lignes de production. Les travaux devraient être lancés à l'été 2026 pour une livraison au second semestre 2029.
Selon le groupe, plusieurs centaines d’emplois pourraient être créés grâce aux véhicules électriques, en fonction de la demande du marché. Le site, qui a "embauché 434 personnes en cinq ans", est déjà en campagne de recrutement.
L’électrification, enjeu stratégique
En 2025, à l’inverse, Scania avait annoncé 750 licenciements au siège social du groupe suédois, principalement aux postes administratifs. Le but, expliquait le groupe, était de sécuriser ses capacités d’investissements face à "une évolution rapide du marché", et une contraction des marges du groupe et de son chiffre d’affaires (-7,8 % en un an). Ces suppressions devaient notamment permettre de maintenir l’orientation vers l’électrification des véhicules.
Jusqu’ici, Scania assemblait ses camions électriques sur son site de Södertälje, en Suède. Près de Stokholm, le constructeur assemble lui-même ses packs et modules de batteries électriques.
Le groupe suédois possède par ailleurs une usine aux Pays-Bas, qui a la capacité d’accueillir une deuxième ligne de production. L’usine néerlandaise était en ballottage avec le site français, qui a la capacité de passer de 100 à 150 véhicules par jour. Scania Production a privilégié son usine d’Angers pour l’assemblage des nouveaux modèles électriques afin de capter plus facilement les clients en France.
Une dynamique française à marche forcée
La politique nationale a sans doute pesé. Il est question des soutiens publics aux projets industriels, avait confié en amont de l’annonce du projet Petrus Sundvall, PDG de Scania Production Angers. De plus, l’État français offre un nouvel accompagnement pour forcer la dynamique et tenter d’atteindre les 50 % de ventes de poids lourds en France en électrique en 2030 – environ 23 000 véhicules neufs de plus de 19 tonnes ont été immatriculés en France en 2025. Le gouvernement a récemment renforcé les soutiens à la transition de la filière poids lourds, dans le cadre de son plan d’électrification : à compter du 1er juin 2026, l’aide à l’acquisition d’un modèle électrique est porté à 100 000 euros pour les poids lourds de 26 tonnes, contre 60 000 euros auparavant ; et de 40 000 à 60 000 euros pour les 19 tonnes. Ces mécanismes peuvent être complétés d’autres dispositifs, tels que des aides énergétiques.
Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, salue "une très bonne nouvelle pour l’électrification du transport routier de marchandises". Le projet de Scania "permettra d’accompagner la transformation d’un secteur confronté à la fois à l’enjeu climatique et à la nécessité de sortir de sa dépendance aux énergies fossiles importées". Le ministre a récemment annoncé l’objectif de déploiement de 8 000 points de recharge dédiés aux poids lourds au cours des dix prochaines années. Des éléments positifs pour accompagner la transition qui ont incité Scania à augmenter la production à partir de 2029.
Un poids lourd économique à Angers
L’industriel est l’un des principaux employeurs du Maine-et-Loire : dans une campagne de recrutements et d’augmentation des effectifs, le site d’Angers compte à l’heure actuelle 1 500 collaborateurs, intérimaires compris. Plus de 1 100 salariés et plus de 300 intérimaires s’affairent en 2x8 pour sortir à l’heure actuelle 98 camions de l’usine.
À Angers, le constructeur scandinave emploie également 200 autres personnes au siège de Scania France (1,13 Md€ de CA 2025), qui pilote la distribution nationale. Le groupe Scania, appartenant au groupe Traton (nom de l’ex-division Bus and Trucks Volkswagen, également propriétaire du constructeur Man), emploie au total 53 000 personnes dans une centaine de pays pour un chiffre d’affaires de 17,6 milliards d’euros en 2025.