Pour Transports Kimmel (CA : 10 millions d’euros, 500 salariés), la question n’est plus de savoir si le transport routier passera à l’électrique, mais quand. Le groupe familial, installé à Thal-Drulingen (Bas-Rhin), a décidé de prendre position dès maintenant en inaugurant, fin juin, un hub combinant recharge poids lourds et production photovoltaïque.
"Le transport routier va évoluer. Aujourd’hui, les deux freins sont le prix des véhicules et l’absence de bornes adaptées", résume Laurent Kimmel, président du groupe. "Si vous avez des camions électriques mais pas les moyens de les recharger sur la route, c’est compliqué. "
L’entreprise table sur une accélération rapide du marché. Son scénario : entre 10 et 15 % du parc poids lourds pourrait être électrifié dans les deux à trois ans. Une projection qui repose sur la baisse attendue des coûts d’acquisition et sur le déploiement des infrastructures de recharge.
" Aujourd’hui, c’est surtout pertinent sur du régional. Mais avec le maillage qui se construit dans les métropoles, on pourra envisager du long courrier", poursuit le dirigeant.
Produire l’énergie pour mieux absorber le choc
Le choix de l’électrification s’appuie chez Kimmel sur un autre pari : celui de l’intégration énergétique. Le groupe, qui emploie 500 salariés pour 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, exploite déjà 10 mégawatts de production photovoltaïque sur quatre centrales.
À Thal-Drulingen, il vient d’ajouter une installation de 30 000 m2 d’ombrières, soit 20 000 panneaux et 7 mégawatts de puissance. L’investissement atteint 7 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 4 millions d’euros pour le parking sécurisé et 2 millions d’euros pour les bornes de recharge.
"On a bouclé la boucle", résume Laurent Kimmel. L’idée : une partie de l’électricité alimente directement les recharges, une autre est revendue dans le cadre d’une boucle d’autoconsommation collective ou injectée sur le réseau. Pour l’heure, aucun système de stockage n’a été installé, mais le sujet reste à l’étude.
Un modèle partagé avec Evergreen
Pour opérer les bornes, Kimmel a choisi Transition Evergreen, qui détient des participations dans six opérateurs d’installations d’énergies renouvelables dont Everwatt (CA 2022 agrégé : 13 M€, actif dans la production photovoltaïque) et qui exploite les équipements selon un montage hybride. L’infra-tech loue ses emplacements au transporteur, achète une partie de son électricité, puis la revend aux usagers.
"Leur modèle économique nous a séduits", explique Mathieu Schmitt, directeur de la team Kimmel. "On a trouvé un système gagnant-gagnant, avec une rémunération fixe et variable."
Le groupe alsacien exploite aujourd’hui 300 tracteurs, dont quatre électriques. Une base encore modeste, mais appelée à grossir. Derrière cette première infrastructure, Kimmel envisage déjà de reproduire le modèle sur d’autres sites, notamment à Strasbourg, Chalon-sur-Saône et Saarbrücken (Allemagne).