Le Grand Est devient le premier territoire à déployer le nouveau volet industriel de France 2030 régionalisé. L’annonce a été faite ce lundi 6 juillet à Mommenheim, dans le Bas-Rhin, lors d’un déplacement de Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, sur le site de SEW-Usocome. Aux côtés de Franck Leroy, président de la Région Grand Est, et de Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement chargé de France 2030, le ministre a officialisé le lancement d’un cinquième axe du programme, consacré à la modernisation des TPE, PME et ETI industrielles.
Répondant au niveau local au Pacte pour l’industrie déjà en place de la Région Grand Est, ce nouveau dispositif mobilise 8 millions d’euros : 4 millions d’euros apportés par la Région, abondés à parité par l’État. Il doit financer des projets industriels à partir de 100 000 euros d’investissement. "Nous avons besoin d’accompagner les innovations industrielles dans les territoires", a défendu Sébastien Martin, en inscrivant cette mesure dans la stratégie de réindustrialisation.
Produire plus vite, mieux et moins cher
Robotisation, intelligence artificielle, équipements industriels connectés, logiciels avancés de gestion de production, cybersécurité, traitement des données ou encore connectivité industrielle : le nouvel axe cible les investissements concrets de transformation des sites. Il doit aussi accompagner des projets plus structurants, comme la diversification d'activités, le développement de nouvelles productions ou la création de capacités industrielles supplémentaires. Un appel à projets, opéré pour le compte de l'État par Bpifrance, sera lancé à compter du 1er octobre 2026 dans le Grand Est. Il ciblera en priorité les filières métallurgiques et sidérurgiques, dont la forge et la fonderie, ainsi que les projets favorisant la relocalisation d'activités industrielles dans la région.
Pour Sébastien Martin, l’objectif est clair : aider les entreprises industrielles à "produire plus vite, mieux et moins cher". Le ministre a également défendu une ligne de souveraineté économique, en plaidant pour le "made in Europe". Derrière la formule, l’enjeu est celui de la compétitivité des sites industriels français face à une concurrence internationale accrue, mais aussi de leur capacité à conserver des savoir-faire dans les territoires.
Le dispositif se veut également plus simple d’accès. Les dossiers devront être déposés en ligne à partir d'octobre 2026 et instruits localement, plutôt que depuis Paris. Une manière de rapprocher France 2030 des entreprises de terrain, notamment des plus petites structures. Ce cinquième axe, initié en Grand Est, se verra étendu au reste du territoire "dans un second temps", sans que la prochaine région à en profiter n’ait encore été identifiée, à partir de la rentrée 2026 et jusqu'au 31 décembre 2027 au plus tard.
SEW-Usocome comme vitrine industrielle
Le choix de SEW-Usocome n’est pas neutre. Filiale française du groupe allemand SEW-Eurodrive, l’entreprise fabrique des moteurs électriques, motoréducteurs et solutions d’entraînement pour l’industrie. Présente en Alsace depuis 1959, elle emploie environ 2 000 salariés en France. Son directeur général, Jérôme Amann, a indiqué que SEW-Usocome avait réalisé 570 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.
Le dirigeant a insisté sur l’importance de rendre les aides publiques accessibles à toutes les tailles d’entreprises. Il a appelé à un processus de souscription le plus simple possible pour les dossiers de subventionnement, en demandant de "penser aux PME et TPE". Une remarque directement en phase avec la cible du nouveau dispositif, qui vise le tissu industriel existant autant que les projets d’innovation plus visibles.
SEW-Usocome est elle-même engagée dans une feuille de route industrielle de long terme. L’entreprise porte notamment un plan d’investissement de 250 millions d’euros sur dix ans, baptisé USO 2031, destiné à transformer ses sites autour de la robotisation, de la performance industrielle et de la réduction de son empreinte environnementale.
Une enveloppe dans une stratégie plus large
Bruno Bonnell a rappelé que France 2030 est déjà largement engagé, avec "plus de 500 projets financés" à date, dans des secteurs variés de l’innovation. À l’échelle du Grand Est, l’enveloppe déléguée au titre de France 2030 régionalisé atteint 90 millions d’euros. Le nouveau volet de 8 millions d’euros vient compléter cette mécanique, avec une cible plus directement tournée vers l’amélioration de l’appareil productif.
Pour Franck Leroy, le Grand Est dispose d’un tissu d’ETI et d’entreprises industrielles "qui ne cesse de se réinventer". Le président de Région présente ce premier déploiement national comme une traduction opérationnelle du Pacte pour l’industrie. Derrière l’annonce financière, l’enjeu est celui d’une course de fond : aider les industriels régionaux à investir assez vite pour rester compétitifs, produire davantage en Europe et maintenir l’industrie au cœur des territoires.