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Stepak-Bourdin : en 70 ans, la petite entreprise est devenue un acteur majeur des arts de la table
Sarthe # Industrie # Stratégie

Stepak-Bourdin : en 70 ans, la petite entreprise est devenue un acteur majeur des arts de la table

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Née à Paris en 1954, l’entreprise CGMP est devenue aujourd’hui La Manufacture de l’Ephémère, l’une des sociétés du groupe familial sarthois Stepak-Bourdin, qui ambitionne de devenir le leader français du secteur des arts de la table à usage unique.

Céline, François, Hubert et Charles Bourdin sont désormais quatre à la tête du groupe familial sarthois Stepak-Bourdin — Photo : Jean-Simon Lagoarde - extrastudio

L’histoire du groupe sarthois Stepak-Bourdin commence rue Tronchet, au cœur de Paris, non loin de l’Opéra et de l’église de la Madeleine. Lucienne Zimmermann y reprend en 1954, à 23 ans, l’entreprise dans laquelle elle travaille, CGMP, pour Comptoir général des matières premières. CGMP recycle alors des déchets de papiers d’imprimerie qui sont vendus sur les marchés pour devenir des emballages. "À cette époque, rappelle sa fille Céline Bourdin, présidente du groupe familial Stepak-Bourdin, une femme ne pouvait pas diriger d’entreprise. Ce sont des copains qui lui ont servi de prête-nom. Mon père, Henri Stepak, a épousé ma mère en 1960. Ensemble, ils ont développé la société."

Lucienne et Henri Stepak, sont les fondateurs de CGMP — Photo : Groupe Stepak-Bourdin

Arrivée en Sarthe en 1974

CGMP s’installe alors à Saint-Ouen, en région parisienne, et commence à fabriquer des nappes en papier pour des restaurants parisiens, nappes sur lesquelles Henri Stepak a l’idée de mettre de la couleur. L’une des premières, imprimée de motifs, est toujours au catalogue de l’entreprise… "Dans les années 70, mes parents ont souhaité lancer le commerce en BtoC, raconte Céline Bourdin. Ils avaient créé des liens avec leurs fournisseurs de la papeterie Le Bourray, à Saint-Mars-La-Brière (Sarthe), qui produisait du papier et de la ouate." CGMP ne peut pas continuer de grandir en proche banlieue parisienne. Aussi, en 1974, toute la famille s’installe à Tuffé, en Sarthe, qui deviendra Tuffé-Val-de-la-Chéronne.

"Toute la famille travaillait dans l’entreprise"

L’entreprise y construit une première usine. "C’était un vrai projet industriel, poursuit Céline Bourdin, âgée de quatre ans à l’époque. Nous sommes arrivés avec les grands-parents, les oncles et tantes et les cousins. Nous avons sauvé l’école du village. Toute la famille travaillait dans l’entreprise et mes parents ont aussi recruté quatre ou cinq personnes."

C’est sur ce terrain nu que va commencer à Tuffé, l’aventure sarthoise de CGMP. S’y construira une première usine en 1974 — Photo : Groupe Stepak-Bourdin

"Mes parents ont implanté plusieurs dépôts en France, à Nancy, à Bordeaux. Ils ont aussi ouvert une usine en 1985 près d’Avignon. Plus tard, tout a été recentré en Sarthe pour réduire les transports"

Avec son fournisseur à proximité et un véritable outil industriel, l’activité se développe. CGMP commercialise alors ses produits auprès de revendeurs pour la restauration, toujours à Paris et dans le Grand Ouest.

"Ce sont pour certains des gens avec qui nous travaillons encore, indique Céline Bourdin. L’entreprise est alors entrée dans la GMS dans les années 1976-1977, tout en se concentrant sur la restauration, et mes parents ont implanté plusieurs dépôts en France, à Nancy, à Bordeaux. Ils ont aussi ouvert une usine en 1985 près d’Avignon. Quelques années plus tard, tout a été recentré en Sarthe pour réduire les transports." L’usine d’Avignon aura employé plus de cinquante personnes.

"Mes parents sont partis en Corée du Sud et en Chine. Ils ont acheté des pailles, des décors comme des ombrelles pour les glaces… Le négoce a boosté l’activité. Cela a permis apporter de la trésorerie pour investir."

Une dimension nationale grâce au contrat avec Promodès (futur Promocash)

Dans les années 80, CGMP prend une dimension nationale. L’entreprise signe en 1981 un contrat avec la centrale Promodès, devenue Promocash, qui reste encore aujourd’hui son plus gros client. En 1985, elle emploie environ 250 personnes. "C’est à cette époque que mes parents partent en Corée du Sud avec une mission de la CCI, raconte Céline Bourdin. Ils vont aussi en Chine et achètent des pailles, des décors comme des ombrelles pour les glaces. Le négoce a boosté l’activité. Cela a permis apporter de la trésorerie pour investir dans des machines." Aujourd'hui, cette activité de négoce ne représente plus qu'environ 5 % du chiffre d'affaires de l'entreprise, qui a supprimé les produits plastiques de son offre commerciale depuis 2018. Nous avons opéré un virage stratégique en vendant essentiellement ce que nous fabriquons, ajoute Céline Bourdin, à partir de matières biosourcées transformées dans nos ateliers. Cela nous permet de revendiquer pleinement notre statut de fabricant français. "

Un groupe constitué en 2019

En 1991, Céline Bourdin entre dans la société familiale au service commercial, se marie en 1994, et reprendra CGMP en 2005 avec son époux François, entré dans l’entreprise après son service militaire. Entre-temps, celle-ci continue de grandir et une seconde usine, toujours à Tuffé-Val-de-la-Chéronne, voit le jour en 1999.

En mars 2019, L’entreprise acquiert son fournisseur sarthois Le Bourray à la barre du tribunal, avec 116 salariés. Se constitue alors le groupe Stepak-Bourdin, dans lequel le fils aîné du couple, Charles, est entré en 2018. Avec son frère Hubert, arrivé quelques années plus tard, ils constituent désormais la troisième génération. "Nous avons créé le groupe pour les intégrer, témoigne Céline Bourdin. À quatre, nous formons une belle équipe et je crois beaucoup au transgénérationnel."

La Papeterie du Bourray, qui produit de la ouate de cellulose pour le marché des arts de la table, a été reprise en 2019 — Photo : Groupe Stepak Bourdin

Mais pendant la crise du Covid en 2020, CGMP traverse une période délicate. La production s’arrête pendant 25 semaines et le chiffre d’affaires est divisé par deux. Mais c’est aussi l’occasion de se réinventer. "Nous avons réfléchi et voulu réaffirmer notre volonté de produire en France", explique Céline Bourdin. Une réflexion menée avec les enfants, qui aboutira à un changement de nom en 2023, sonnant comme celui du renouveau : La Manufacture de l’Éphémère.

La Manufacture de l’Ephémère compte parmi les plus importants fabricants français de serviettes et nappes à usage unique — Photo : Jean-Simon Lagoarde - extrastudio

Une entreprise qui fabrique 100 % en France de manière écoconçue des produits éphémères, nappes ou serviettes essentiellement, à partir de ouate de cellulose à 60 %, d’intissé, un matériau synthétique non tissé, à 25 % et de papier à 15 %. Le tout avec un engagement RSE fort : Le papier est Français, la ouate de cellulose, dont la papeterie du Bourray est le premier fournisseur, est pour beaucoup confectionnée à partir de produits recyclés, une attention particulière est portée sur les encres et les emballages et tous les déchets sont revalorisés.

Acquisition d’un concurrent dans le Grand Est

Après l’épisode du Covid, l’entreprise a réinvesti, s’est relancée, jusqu’à une nouvelle étape en 2025 : le rachat de son concurrent Le Nappage, dans les Vosges avec 90 personnes, et de sa filiale normande Sodipan Table et sa cinquantaine de collaborateurs. Une entreprise familiale née comme CGMP en 1954… "L’ensemble pèse 35 millions d’euros de chiffre d’affaires, précise Charles Bourdin. Ils fabriquent les mêmes produits que nous mais pour d’autres marchés. Ils sont présents à 80 % dans la GMS et très peu dans la restauration."

100 millions

Une nouvelle étape pour le groupe familial sarthois, qui atteint désormais un chiffre d’affaires consolidé de 100 millions d’euros et emploie 430 collaborateurs. "Nous avons su saisir des opportunités car nous avons la capacité de réagir rapidement, explique Céline Bourdin. Aujourd'hui, le groupe réunit plusieurs PME qui développent entre elles une synergie naturelle, créant un cercle vertueux, tout en conservant une grande indépendance et une forte autonomie.."

Un investissement de 40 millions d’euros en cours

Pour exemple, La papeterie Le Bourray est le premier fournisseur de La Manufacture de l’Éphémère, à qui elle vend 25 % de sa production. Pour le reste, elle commercialise ses produits en France à 25 % également, et pour l’autre moitié en Europe, avec aussi des contrats au Japon en Chine et en Amérique du Sud. L’entreprise investit actuellement près de 40 millions d’euros pour installer une machine qui sera en capacité de fabriquer du papier sans eau.

Sarthe # Industrie # Restauration # Stratégie # ETI # Investissement industriel