Les œufs, la farine, un peu de sucre… Le tout ensuite mélangé dans un grand saladier. C’est, en version imagée, la manière dont les médicaments sont aujourd’hui produits dans les usines pharmaceutiques. Si cette méthode, dite en "batch", a fait ses preuves, elle est aujourd’hui challengée par une autre manière de faire : la chimie en flux. Ce procédé utilise de petits tuyaux, bardés de capteurs, pour effectuer des réactions en flux continu, plutôt que dans des cuves fermées standards. "Cela permet de contrôler la performance de la réaction en temps réel, d’utiliser moins de solvants, ou encore de réduire considérablement la taille d’une usine de plusieurs hectares à quelques mètres cubes", énumère Julien Martin-Cocher, co-fondateur de Chem & Flow. Fondée en décembre dernier, la deeptech nantaise, composée de six personnes, veut démocratiser cette méthode au sein des usines pharmaceutique et de chimie.
Une mini-usine complète
L’innovation portée provient du laboratoire Ceisam, de l’Université de Nantes, et a bénéficié de plus d’une dizaine d’années de recherche. Pour mettre en place ce procédé de chimie en flux, le laboratoire a accumulé des compétences en chimie, en robotique, mais aussi en intelligence artificielle, afin que l’usine soit pilotée avec le plus d’autonomie possible. "Plusieurs concurrents sur le marché ont des briques de solution pour mettre en place un tel procédé, mais aucun n’a une solution aussi complète que la nôtre. Nous pouvons installer de véritables mini-usines de A à Z chez les industriels", ajoute Julien Martin-Cocher, qui veut profiter de cette position de pionnier pour aller vite sur le marché.
Chem & Flow a pu mener de premières expérimentations à grande échelle, à savoir produire 100 tonnes d’anti-inflammatoires. "Par rapport à une production en batch, nous avons utilisé 90 % de solvants en moins, et donc généré beaucoup moins de déchets suite à la réaction. Nous avons également économisé 720 tonnes de gaz à effet de serre", appuie Julien Martin-Cocher. Un argument loin d’être négligeable, à l’heure où les réglementations environnementales devraient prendre de l’ampleur pour les industriels.
De nouvelles réactions possibles à grande échelle
Malgré les promesses qu’elle semble tenir, Chem & Flow ne veut pas imposer sa technologie trop vite. "Le système en batch est connu, maîtrisé, et déjà amorti par les industriels. La chimie en flux vient en complément, pour explorer de nouvelles voies plus propres, plus flexibles, et potentiellement plus locales", indique le dirigeant. Elle permettrait par exemple d’utiliser de nouveaux composants, et donc d’imaginer de nouvelles manières de produire certaines molécules. "On peut imaginer utiliser du diazométhane, qui n’est pas utilisé en batch, car très explosif. Avec la chimie en flux, on n’utilise à l’instant T qu’une très petite quantité, donc le risque est moindre", ajoute le dirigeant.
De premiers contrats signés
Accompagnée par Atlanpole, l’entreprise a déjà des discussions avec des industriels, et signé de premiers contrats pour accompagner certaines productions. Si elles restent confidentielles, ces signatures apportent une crédibilité, pour convaincre les investisseurs de s’engager dans un premier tour de table à venir. Ce dernier sera de quelques centaines de milliers d’euros, pour une start-up qui veut grandir à l’image de sa technologie, sans levée de fonds XXL, mais plutôt avec une croissance en flux continu et durable dans le temps.