La chimie française ne trouve plus les bonnes formules. Cette industrie qui compte 4 000 entreprises sur le territoire fait face ces derniers mois à de multiples défaillances et plans de suppressions d’emplois.
ExxonMobil, Metex, Solvay… : une vague de suppressions d’emplois
L’hiver dernier, Solvay annonçait la fermeture, près de Lyon, d’un atelier produisant un arôme de synthèse de vanille engendrant 50 suppressions de postes. Au printemps, la compagnie pétrolière américaine ExxonMobil a annoncé la suppression de 700 emplois, situés pour l’essentiel près du Havre. Au cours de l’été, la biotech clermontoise Metex, qui produit un acide aminé pour l’alimentation animale dans son usine d’Amiens, a mis un genou à terre. Elle ne doit sa survie qu’à la reprise de ses activités et de 315 salariés par le groupe agroalimentaire Avril (7 500 salariés).
En septembre, le groupe Solvay a annoncé son intention de supprimer 68 emplois dans son site de Salindres dans le Gard. Cette semaine, l’usine Weylchem Lamotte a annoncé qu’elle allait se séparer d’un quart des effectifs de son usine de Compiègne, dans l’Oise. À la clé, 101 postes en moins. La semaine prochaine, Vencorex, qui emploie près de 500 salariés en Isère, devrait savoir si elle va faire l’objet d’une reprise dans le cadre de sa procédure de redressement judiciaire.
Après une période de croissance, 15 000 emplois menacés
Cette vague de suppressions de postes n’est pas terminée, prévient France Chimie. Une enquête interne de l’organisation professionnelle du secteur assure que 15 000 emplois sont menacés en France.
Pourtant, la chimie tricolore sort d’une "décennie de croissance quasi continue", assure la fédération. En attestent des effectifs qui sont passés de 164 000 à 228 000 salariés en France entre 2016 et 2023. Dans le même laps de temps, le chiffre d’affaires du secteur est passé de 71 milliards à 108 milliards d’euros.
Cette belle époque semble révolue : "La chimie, en France comme en Europe, traverse aujourd’hui une crise inédite et alarmante", indique France Chimie. En témoignent des unités de production qui tournent au ralenti. Depuis deux ans, les usines fonctionnent en moyenne à 75 % de leurs capacités, calcule la fédération.
Décrochage sur les coûts énergétiques
À l’origine de ces difficultés, "une compétition mondiale toujours plus féroce", explique Frédéric Gauchet, président de France Chimie.
La chimie française et européenne souffre d’abord des écarts de coûts de production avec d’autres pays. La direction du groupe américain ExxonMobil explique ainsi que les installations normandes qu’il compte fermer "ne sont pas économiquement viables. En effet, la configuration du vapocraqueur, sa taille comparée aux grandes unités nouvellement construites, les coûts opératoires et énergétiques plus élevés en Europe le rendent non compétitif", explique-t-il.
Discours similaire au sein de la direction du groupe Adisseo, qui justifie l’arrêt de l’activité d’un de ses ateliers dans l’Allier, générant 47 suppressions de postes, par la hausse des coûts de l’énergie et celle des matières premières.
33 %
Le coût de l’énergie est central pour restaurer la compétitivité de la filière : la chimie consomme environ 33 % du gaz et 20 % de l’électricité utilisés dans l’industrie en France. Pour un grand nombre de produits chimiques consommateurs d’énergie, comme l’hydrogène, l’ammoniac ou l’éthylène, la concurrence avec les États-Unis, la Chine et le Moyen-Orient est féroce.
Pour que l’industrie tricolore redevienne compétitive, France Chimie demande aux pouvoirs publics "la sécurisation d’un accès à une énergie bas carbone compétitive". Les négociations avec EDF sur les niveaux de prix des contrats long terme (10 à 15 ans) ne sont pas satisfaisantes, estime la fédération. L’organisation demande aussi une offre énergétique de moyen terme (3 à 5 ans) "concurrentielle et suffisante" ainsi qu’un "mécanisme de protection contre de futurs épisodes de volatilité spéculative de l’énergie en Europe".
La chimie française dénonce le dumping chinois
Outre l’énergie, les industriels souffrent aussi de la hausse d’autres coûts de production. C’est le cas de Metex qui expliquait au printemps dernier être victime "d’un environnement économique hostile lié à une très forte hausse des coûts de production causée par l’envol des prix des matières premières, le sucre étant la principale d’entre elles".
La biotech clermontoise dénonçait aussi un "dumping des producteurs chinois de lysine". L’attaque n’est pas isolée. Cet été, la Commission européenne a lancé une enquête antidumping, suite à une plainte de Weylchem Lamotte estimant que les importations d’acide glyoxylique originaires de Chine étaient vendues en deçà de leurs coûts de production. France Chimie dénonce "des pratiques commerciales souvent inappropriées" dans les pays non-européens. La fédération indique que "pas moins de 30 enquêtes anti-dumping ou anti-subvention ont été déposées à Bruxelles" par les industriels européens et les fédérations de la chimie.
"L’Europe et la France doivent agir sans plus tarder"
Pour redonner de l’oxygène aux industriels, France Chimie demande au gouvernement de "rétablir un cadre de concurrence équitable avec le reste du monde". Elle veut aussi que les pouvoirs publics mènent des actions pour "accélérer les investissements et l’innovation" et "engager un choc de simplification réglementaire".
"L’Europe et la France doivent agir sans plus tarder", presse Frédéric Gauchet. Sans quoi, "nous risquons de perdre des activités essentielles."