Le secteur industriel n’a pas été épargné en 2025. En témoigne le bilan de l'association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS) présenté par son directeur général Antonin Blanckaert à l’occasion d’une table ronde de la délégation des entreprises du Sénat le 6 janvier.
L'industrie est en effet la première bénéficiaire de ce régime qui permet de garantir le paiement des sommes dues aux salariés, comme la rémunération ou les indemnités de licenciement, en cas de procédure collective. Cette garantie est financée par des cotisations patronales et pilotée par le Medef, la CPME, l'U2P et la profession agricole. L'importance de la place de l'industrie dans le bilan 2025 a d'ailleurs pesé sur le montant total avancé.
Le poids de l’industrie pèse sur les montants avancés
Tous secteurs confondus, les chiffres montrent une forte dégradation. "C’est la première fois que l’AGS est amenée à avancer autant de sommes", affirme Antonin Blanckaert. En 2025, le régime a réalisé 2,23 milliards d’euros d’avances, dépassant "un seuil et un niveau d’intervention financière qui n’a pas été connu depuis une dizaine d’années", selon le directeur général. 26 500 entreprises ont été accompagnées, un chiffre qui se situe "dans les niveaux extrêmement hauts de l’AGS depuis le début de son activité" en 1974, explique Antonin Blanckaert.
L’explication principale est le poids de l’industrie dans les interventions de l’AGS en 2025, en lien avec une surreprésentation de moyennes et grandes entreprises dans le domaine. Avec 444 millions d’euros avancés (+ 19 % par rapport à 2024), l’industrie est "le premier secteur sur lequel l’AGS intervient" en 2025. 41 800 salariés industriels ont été accompagnés, soit près de 17 % des bénéficiaires (+ 15 % par rapport à 2024), précise l’AGS dans un communiqué.
Vencorex, Ynsect, Brandt et Novasco en dossiers phares
Quelques dossiers phares et médiatiques ont notamment été traités par le régime de garantie des salaires. C’est le cas de l’entreprise de chimie Vencorex en Isère, (416 emplois supprimés) qui représente le premier dossier en montant, avec 20 millions d’euros avancés sur les 29 millions d’euros attribués à l’industrie chimique.
L’entreprise de production de protéines d’insectes pour l’alimentation animale Ynsect, placée en liquidation judiciaire, a également bénéficié de la garantie. "L’intuition économique était bonne mais le modèle économique n’a pas trouvé, à ce stade, de débouché", a estimé Antonin Blanckaert.
Le fabricant d’électroménager Brandt et ses 700 emplois supprimés, fait également partie des dossiers phares cités, tout comme Novasco, ex Asco Metal (600 emplois supprimés). Le métallurgiste qui a bénéficié "d’un accompagnement très fort des pouvoirs publics, des acteurs locaux et des parties prenantes, finit par avoir du mal à se rétablir", indique le directeur de l’AGS.
Vers une reconfiguration du tissu économique industriel ?
Les créances couvertes par l’AGS, qui peuvent être des salaires ou des indemnités de licenciement, dans le secteur industriel diffèrent de celles des autres secteurs. 33 % sont dédiées aux indemnités de licenciement, une part supérieure par rapport aux autres domaines d’activité. "Les entreprises industrielles ont moins recours à l’AGS pour couvrir les créances de salaires car se sont des entreprises qui ont une meilleure anticipation", explique Antonin Blanckaert.
Malgré cette capacité à couvrir les salaires en cas de défaillance, les entreprises industrielles recourent massivement à l'AGS dans l'accompagnement de la mutation économique. Ce qui, selon Antonin Blanckaert, "laisse entendre une forme de reconfiguration du tissu économique et de l'emploi industriel, à confirmer dans quelques mois".