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La réindustrialisation de la France en panne faute de terrains disponibles
France # Aménagement du territoire

La réindustrialisation de la France en panne faute de terrains disponibles

Le baromètre du foncier 2026 met en lumière une pénurie totale de foncier économique disponible sur le territoire des intercommunalités en 2030. L’étude prône une maîtrise publique renforcée du foncier pour donner aux territoires les capacités d’agir.

 Natura Parc, nouvelle zone industrielle de 26 hectares qui sera livrée fin 2026 à Entraigues-sur-la-Sorgue (Vaucluse) — Photo : GSE

Les intercommunalités en France sont de plus en plus nombreuses à refuser des projets d’implantations ou d’agrandissements d’entreprises faute de disposer du foncier nécessaire pour les accueillir. C’est ce qui ressort du dernier baromètre du foncier 2026, réalisé par l’association Intercommunalités de France, la Banque des Territoires et le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) à partir des réponses de 215 intercommunalités. Une pénurie qui met à mal la stratégie nationale de réindustrialisation.

Une dynamique forte

En 2025, 81 % des intercommunalités ont ainsi dû renoncer à des projets économiques sur leur sol contre 67 % en 2022 (+ 14 %) et ce, en dépit d’une dynamique économique forte, avec plus de 60 % des intercommunalités qui déclarent un nombre de projets d’implantations et d’extensions stable ou en croissance sur leur territoire, dans un contexte économique national pourtant ralenti (+ 0,9 % de croissance du PIB sur l’année 2025). À noter toutefois que 30 % des intercommunalités constatent un ralentissement ou une baisse des projets, en particulier dans certaines métropoles et dans des régions comme l’Auvergne-Rhône-Alpes ou la Nouvelle-Aquitaine.

Un enjeu majeur pour les collectivités

"Le foncier économique est au cœur des dynamiques territoriales et n’a jamais été davantage mis sous tension qu’aujourd’hui, constate Antoine Saintoyant, directeur général de la Banque des Territoires. La capacité d’un territoire à piloter la mise à disposition de foncier économique sur différentes échelles de temps, depuis la friche à reconvertir jusqu’au site clé en main, et dans une logique de sobriété foncière, est un enjeu majeur pour les collectivités et un critère déterminant dans le choix d’implantation des entreprises".

Les intercommunalités en première ligne

Selon Sébastien Miossec, président délégué d’Intercommunalités de France, le principal frein au développement "n’est pas l’absence de projets économiques dans les territoires, mais l’incapacité croissante à libérer, dans des délais compatibles avec les projets, du foncier économique directement mobilisable. La raréfaction des terrains, la concurrence entre usages, l’allongement des procédures et les contraintes financières "placent les intercommunalités ‒ en tant que premiers aménageurs publics du foncier économique ‒ en première ligne d’arbitrages de plus en plus complexes", précise encore Sébastien Miossec.

Pénurie totale de foncier en 2030

La pénurie de foncier rapidement mobilisable pour accueillir une activité économique connaît en outre une accélération croissante et pourrait être totale d’ici à 2030, constate l’étude. Qui note également que la demande porte sur un "foncier aménagé, viabilisé", purgé de tout recours contentieux et de toute procédure environnementale ou archéologique qui allongent les délais d’implantation, " dans la logique des sites industriels clés en main". Le Baromètre 2026 met en évidence l’évolution des besoins qui traduit "un changement profond des modèles économiques" : effondrement de la demande en immobilier de bureaux et de commerces, maintien des besoins de l’industrie et de l’artisanat, hausse de la logistique, émergence des data centers… " L’industrie et la logistique demeurent les activités rencontrant le plus de difficultés d’implantation, en raison de leurs contraintes foncières, environnementales et d’acceptabilité locale, remarque l’étude qui note que le risque d’éviction de ces activités au profit du logement ou d’usages plus rentables à court terme reste élevé".

Densification et requalification

Alors que la réglementation du "zéro artificialisation nette" (ZAN) impose aux collectivités locales une plus grande sobriété foncière, les solutions pour lutter contre la pénurie de foncier économique passent par la densification et la requalification des zones d’activités existantes, le recyclage des friches industrielles ou commerciales, estime Sébastien Miossec. Pour cela le président délégué d’Intercommunalités de France appelle de ses vœux "une maîtrise publique renforcée du foncier" en donnant "aux territoires les capacités d’agir" alors que "le modèle économique de l’aménagement est fragilisé par l’érosion de la fiscalité économique locale".

Face à l’urgence de la situation, "notre action consiste à proposer des outils d’amorçage, de structuration et de sécurisation des projets territoriaux", affirme Antoine Saintoyant. Le directeur général de la Banque des Territoires en donne pour exemple le service France Foncier + lancé avec le Cerema pour accélérer la mobilisation du foncier disponible et répondre aux besoins d’implantation des entreprises. "En recensant plus de 1 000 disponibilités, cet outil rassemble les acteurs du développement économique, locaux et nationaux et a déjà permis de détecter une centaine de projets en 2025".

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