"Hier, à 20h25, tout s’est arrêté", déplore Pascal Boulanger, président de la Fédération des promoteurs immobiliers, sur Linkedin. L’adoption de la motion de censure et la chute du gouvernement Barnier sont perçues comme un terrible coup de massue par les entreprises du bâtiment.
L’instabilité politique "nous inquiète encore plus fortement dans le bâtiment, parce que nous sommes en récession", explique le président de la FFB Olivier Salleron à nos confrères de France info.
40 000 emplois supprimés en 2024, 150 000 menacés en 2025
La crise politique française "pose une question fondamentale : comment bâtir l’avenir quand les repères économiques, fiscaux et réglementaires sont systématiquement fragilisés ?", s’interroge Pascal Boulanger. Dans le bâtiment, plus que de bâtir, il est davantage question de sauver ce qui peut l’être aujourd’hui.
Le secteur a perdu 40 000 emplois en 2024, assure Olivier Salleron. Et si rien n’est fait, l’année sera sanglante dans la promotion immobilière, tout comme dans le bâtiment. Pour Olivier Salleron, 150 000 emplois pourraient disparaître dans le bâtiment et 20 000 entreprises mettre genou à terre en 2025. La construction neuve est pratiquement à l’arrêt. Selon la Fédération des promoteurs immobiliers, les ventes de logements neufs se sont écroulées de 65 % par rapport à 2019.
Le regretté Budget 2025
Si les entreprises du bâtiment ont la gueule de bois au lendemain de l’adoption de la motion de censure, c’est qu’elles espéraient beaucoup du Budget 2025. Extension du prêt à taux zéro, exonération des donations pour l’achat d’un logement neuf, baisse du loyer de solidarité : le projet de loi de finances était "de nature à relancer la construction neuve" et à apporter "un boost sur la rénovation énergétique", poursuit Olivier Salleron.
Pour les syndicats patronaux du secteur, il va falloir "repartir au combat" pour convaincre le prochain gouvernement du bien-fondé des mesures proposées par son prédécesseur.
Course contre la montre
Dans un communiqué, la Capeb appelle ainsi "à la nomination très rapide d’un nouveau gouvernement et à la reprise des travaux parlementaires au plus vite pour l’adoption d’un budget pour 2025".
Face au marasme, le temps est compté. "Il va falloir se remettre très vite au travail. Et pas dans deux mois, nous ne l’accepterons pas", presse Olivier Salleron, faisant référence au long temps de réflexion pris par Emmanuel Macron cet été avant de nommer Michel Barnier à Matignon.
Le soulagement avec MaPrimeRénov
La seule satisfaction du moment vient de l’adoption in extremis, ce jeudi 5 décembre, de deux textes réglementaires au Journal Officiel. Ils prolongent d’une année les mesures de simplification de MaPrimeRénov, cette aide financière de l’État destinée à encourager les travaux de rénovation énergétique dans les logements. Pour Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, il s’agit "d’une lueur d’espoir importante pour les TPE du bâtiment dans l’obscurité politique et budgétaire actuelle". Il en faudra beaucoup d’autres pour que le secteur puisse enfin espérer voir la sortie du tunnel.