Quand bien même les grands moyens de transport ne relèvent pas de la compétence des maires, "l’action politique des élus, notamment ceux de la métropole, est majeure", affirme le président de la chambre de commerce et d’industrie de Limoges et de la Haute-Vienne. "Les élections municipales changent le destin d’un territoire, cela tient à des personnes, des volontés politiques, des capacités à convaincre", ajoute-t-il.
Pierre Massy attend du scrutin de mars un maire de Limoges "charismatique, avec de la poigne, une faculté à mobiliser et suffisamment d’entregent" pour faire bouger les lignes et désenclaver le territoire. Il cite "un homme qui aimait manger des pommes et qui voulait une autoroute pour la Corrèze… Et qui l’a eue." En référence à Jacques Chirac. De quoi permettre, par exemple, aux écoles de TP d’Egletons — dont Pierre Massy est aussi président — de continuer à attirer et rayonner. Il cite aussi la ville de Pau, parvenue à récupérer sa liaison aérienne vers Orly sous la pression de son maire François Bayrou, devenu Premier ministre deux mois avant la reprise des rotations.
Un enjeu d’attractivité
À Limoges, "l’accessibilité est "Le" sujet majeur de préoccupation et aussi le sujet différenciant pour les dirigeants d’entreprises comparé à d’autres villes", qui vient se cumuler à toutes les préoccupations (lourdeurs administratives, taxes, visibilité, etc.), argue le président de la CCI.
"Une activité économique ne peut se faire uniquement à Limoges. On ne fait pas de l’autoconsommation."
La métropole concentre 215 000 habitants, sur les 375 000 de Haute-Vienne, soit environ 60 % ; idem pour l’activité économique et les emplois salariés. Rassemblant 20 communes, "la métropole de Limoges est le 2e pôle urbain de Nouvelle-Aquitaine" estime Pierre Massy. Pourtant, elle n’est pas desservie par TGV. La gare la plus proche est à Poitiers, à 110 km, sans autoroute. "C’est au moins deux heures de route nationale, dépourvue de bornes de recharges pour véhicules électriques." L’avion ? "La ligne Limoges-Orly a été abandonnée il y a deux ans faute de rentabilité", explique le président de la CCI. Mais les discussions entamées depuis des mois ont fini par porter leur fruit : une nouvelle obligation de service public (OSP) - impliquant des aides de l'Etat (mais moindres qu'attendues) - a été accordée fin janvier, ouvrant la voie à la réouverture de la ligne. Les rotations ont repris le 19 février via la compagnie Volotea qui installe une base à l’aéroport de Limoges. Une bonne nouvelle, mais "ce ne sera qu’un petit début", estime Pierre Massy, d'autant que l'OSP n'a été accordée que temporairement (jusqu'en mars 2027) le temps d'achever les travaux sur la ligne ferroviaire Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT), sans pour autant qu'elle devienne à grande vitesse.
Quant à relier Poitiers à Limoges par autoroute, projet fortement poussé par la CCI, la question est dans les tuyaux depuis… 1960. "65 ans plus tard on a 8 km de réalisés", grince Pierre Massy. "Une activité économique ne peut se faire uniquement à Limoges. On ne fait pas de l’autoconsommation. Le fabricant de porcelaine Bernardaud (700 salariés, 80 M€ de CA, NDLR) exporte, Legrand (géant de l’équipement électrique, 8,6 Md€ de CA 2024) aussi. Les entreprises ont besoin de faire venir leurs clients, d’avoir des collaborateurs mobiles au quotidien."
User de son relationnel
Pour Pierre Massy, le prochain maire doit être "en capacité d’entrer dans les cabinets ministériels, d’user de son relationnel". "Il doit avoir l’oreille de l’administration, ajoute-t-il, être un contact de confiance avec le préfet qui a, lui, le pouvoir de démêler des situations en faveur d’infrastructures. Il faut des maires audibles, qui ne prônent évidemment pas la décroissance."