Quel état d’esprit domine chez les chefs d’entreprise après ce nouveau changement de gouvernement ?
Le moral des chefs d’entreprise n’est pas bon, en raison de l’incertitude qui persiste depuis la dissolution de l’Assemblée nationale. Je constate aussi une énorme déception quant à l’évolution du mandat présidentiel. Alors qu’il s’était ouvert sur des mesures pro entreprises, comme la flat tax ou la suppression de l’ISF, les choses ont pris une autre tournure. Dans le monde politique, les conditions du développement d’une entreprise ne font pas consensus. Il est important de soutenir l’entreprise, qui est l’une des rares entités stables, dans un monde instable.
L’instabilité politique est-elle lourde de conséquences pour les entreprises ?
Il faut raison garder. L’incertitude politique actuelle ne va pas nuire directement aux business des entreprises. Le problème, c’est que l’État a un poids très important dans l’imaginaire collectif français, comme si on n’avait pas vraiment coupé la tête de Louis XVI… C’est plus bien plus marqué en France que dans d’autres pays. Il faut en sortir.
"On surestime l’importance du politique national sur la vie des entreprises et on sous-estime celle du politique de proximité"
Tout ne s’arrête pas parce qu’on change de Premier ministre : la Belgique a bien vécu trois ans sans gouvernement… On surestime l’importance du politique national sur la vie des entreprises et on sous-estime celle du politique de proximité. Les élections municipales de 2026 auront plus d’impact sur les entreprises que les changements de gouvernement.
Le Medef Lille Métropole va donc être très actif lors des prochaines municipales ?
Le Medef Lille Métropole va accentuer sa prise de parole lors des prochaines municipales. D’autant que nous sommes un Medef fort, avec plus de 2 000 adhérents et des moyens financiers. L’entreprise doit avoir un rôle politique et porter des messages sur les sujets qui la concernent : comment travailler avec les acteurs locaux ? Quelles sont les conditions de son développement ? Les chefs d’entreprise ont de l’expérience et des choses à dire.
Nous venons de créer un conseil, qui n’est plus vraiment un conseil d’administration. Il y a des administrateurs désignés par ailleurs. Ce conseil aura davantage un rôle d’influence stratégique : nous y construirons nos grands messages. Il est composé de quarante chefs d’entreprise, à la fois des PME, ETI et grands groupes. La première réunion est programmée le 8 octobre, puis tous les deux mois, durant une demi-journée.
Outre la politique, quels sujets seront traités par ce conseil ?
Nous allons engager une vision sur le futur, c’est-à-dire expliquer comment nous, chefs d’entreprise, nous envisageons l’avenir et les chemins à emprunter. En dehors des rendez-vous politiques, nous allons nous concentrer sur des sujets comme la santé au travail ou les innovations sociales, qui ont souvent trouvé leurs origines dans notre région et qu’il faut réactiver, en travaillant avec le monde associatif. Il y a la fiscalité aussi : nous sommes contre son alourdissement, quel qu’il soit. L’État redistributeur doit revoir son efficacité, en optimisant les dépenses, ce qui passe par exemple par la chasse aux abus, et en trouvant de nouvelles recettes, notamment pour financer et préserver la protection sociale. L’accessibilité aux grandes villes est aussi un sujet majeur pour les entreprises : nous allons chercher des réponses rapides. Nous aborderons aussi les questions du foncier ou de la réinsertion…