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Malgré le numérique, le vinyle fait toujours tourner la PME mayennaise MPO
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Malgré le numérique, le vinyle fait toujours tourner la PME mayennaise MPO

De Line Renaud à Taylor Swift, les vinyles de MPO ne craquent toujours pas. Malgré l’âge d’or du CD, puis du numérique. Bien que les besoins de diversification soient réels, le vinyle reste l’activité principale de la PME mayennaise près de soixante-dix ans après le lancement de l’aventure industrielle de la famille de Poix.

L’ETI mayennaise MPO s’est développée les vingt-cinq premières années grâce au vinyle. Un support qui connaît un retour en grâce ces dernières années, et constitue la part principale de son chiffre d’affaires — Photo : Archives MPO

En sept décennies, MPO a joué l’accordéon sur le vinyle. Sur d’autres produits d’enregistrement aussi, l’ETI mayennaise a changé de volume, l’augmentant, puis le réduisant. L'entreprise située au cœur de la campagne mayennaise, à Villaines-la-Juhel, a été et reste l'un des principaux fabricants mondiaux de vinyles et de CD. Des technologies qui ont propulsées l'activité de MPO. Son chiffre d'affaires a atteint jusqu'à 220 millions d’euros en 1998.

C'est trois fois plus qu'aujourd’hui. MPO a souffert du déclin de ces deux médias d'enregistrement sonore. Mais l'entreprise familiale de 550 salariés s'est redécouvert une nouvelle jeunesse avec le retour en force du vinyle, qui est aujourd'hui redevenu son premier marché. Il représente 42% des 74 millions d'euros de chiffre d'affaires réalisé en 2022.

"Ces dernières années, on s’est attaché à retrouver une meilleure rentabilité. L’objectif aussi est de maintenir une activité et des emplois pour les gens du coin", indique l’actuel PDG Loïc de Poix.

Line Renaud et Sacha Distel au départ

L’histoire commence en 1957 autour de Paris, près de Pathé-Marconi. Line Renaud, Loulou Gasté et Sacha Distel s’imaginent fabricants de disques. Les artistes s'associent avec Monique et Pierre Tyrel de Poix et créent Moulages Plastiques de l'Ouest à Villaines-la-Juhel en Mayenne par l’entremise du maire, le ministre Robert Buron. Mais les artistes n'ont pas l'âme de patrons d’industrie. Le jeune couple de Poix se retrouve vite seul à la barre. Mais ça tourne.

Pendant quinze ans, l'atelier de production est installé dans la demeure familiale, à Averton petit village voisin de Villaines-la-Juhel. Si le premier 45 tours pressé fait raisonner Mozart, la dynamique viendra des nouvelles musiques : le rock’n’roll, le rythm and blues, les yéyés. La première usine est construite sur la propriété en 1972. C’est l’âge d’or du vinyle.

24 millions de vinyles à l’introduction du CD

En 1981, 24 millions de disques sortent au son des 72 presses de MPO. Mais il faut déjà penser à changer de partition : Philips et Sony ont inventé le CD. MPO se rapproche d’Akio Morita, patron et cofondateur de Sony. "En visitant son usine, on a découvert non seulement une technologie plus avancée, mais aussi meilleure" que chez Philips, raconte Loïc de Poix. MPO s’entend avec le géant japonais, s’inspire et adapte son propre procédé de fabrication. "En dix ans, la production de vinyles a chuté de moitié, compensée par celle des CD", rapporte le dirigeant.

Des artistes apprécient de venir visiter les lieux où sont pressés ou gravés leurs disques et les pochettes personnalisées. Ici le rappeur Black M en 2023 avec l'ancien président du directoire Alban Pingeot — Photo : MPO

1984 : Averton est la première usine de CD de France, l’une des toutes premières au monde. S’ouvre alors la voie de l’international. Le gouvernement du Québec qui veut monter une usine de disques choisit MPO plutôt que Philips. "Une usine plus technologique qu’en Mayenne" est construite à Drummondville, à l'Est de Montréal.

Le Québec, Miami, l’Europe, la Thaïlande…

C’est la naissance de MPO International. Aux États-Unis, une usine est bâtie à Miami (Floride) en 1992, une seconde à Modesto (Californie) en 1994. En Europe, MPO s’implante en Espagne, en 1990, puis en Angleterre et en Irlande, en 1997-1998. Des partenaires convainquent aussi la famille de s’implanter en Thaïlande.

L’usine de Villaines-la-Juhel entre en construction pour lancer des lignes de disques enregistrables puis réenregistrables, des DVD, des Blu-Ray. MPO emploie alors plus de 2 500 salariés dans le monde dans neuf usines. Depuis, si certaines ont conservé le nom, MPO s'est séparé de quasiment toutes ces usines à l'étranger. En 2024, il ne reste que le site de Madrid qui emploie 150 salariés.

Au tournant des années 2000, l’avenir du vinyle ne tient qu’à un fil. Chez MPO, huit presses seulement fonctionnent quelques heures par jour. Et le marché du CD s’enraye à son tour. Le numérique, le MP3, le streaming arrivent. Il faut encore trouver une alternative.

Le solaire, un projet resté dans l’ombre

Une piste de diversification viendra du centre de recherche CEA de Grenoble : le photovoltaïque. "On faisait déjà des produits avec des dépôts de couche mince, de la sérigraphie, de la galvanoplastie. Avec des technologies proches de celles du CD, on a donc créé des cellules photovoltaïques à haut rendement", explique Loïc de Poix. Pour constituer une filière complète de panneaux photovoltaïques, MPO fédère un consortium d'entreprises. L’ETI embauche des ingénieurs et des doctorants.

Dans le hall de l’entreprise mayennaise MPO, à Villaines-la-Juhel, les disques et pochettes des Rolling Stones, Juliette Armanet, Big Flo & Oli, se côtoient. Ici, Loïc de Poix, président (derrière), Cédrick d’Arras, le Daf, et la sous-préfète de la Mayenne — Photo : Frédéric Gérard

En décembre 2010, le moratoire sur le rachat des tarifs d’électricité tue le projet dans l’œuf. "La France et l’Europe ne nous ont pas suffisamment soutenus et ont laissé la porte grande ouverte aux Chinois", déplore Loïc de Poix. La récente liquidation du partenaire nantais Systovi ne lui donne pas tort.

Initiée en 2008, la filiale MPO Energy est mise en liquidation en 2014. Les dix salariés sont redéployés en interne. Les 200 postes prévus ne seront jamais créés.

L’entreprise réussit néanmoins une diversification de ses activités avec le rachat de BDMO au Mans en 2011. MPO réalisait déjà les pochettes de disques, l’ETI propose désormais du packaging. Commercialisés auprès de marques de luxe ou de l’épicerie fine, les coffrets pèsent aujourd'hui 20% du chiffre d'affaires.

Le retour en grâce du vinyle

Au plus bas, Serge et Loïc avaient voulu arrêter le vinyle. Leur mère s'y était opposée. Aujourd'hui, "on produit entre onze et douze millions de disques par an, indique le PDG. Nous exportons environ 60 % de nos produits, majoritairement des vinyles, beaucoup aux États-Unis."

Contre toute attente, il a fallu retrouver des presses à l’autre bout du monde pour répondre au retour en grâce du vinyle. Les quatre dernières ont été installées en 2019. Les 2 millions de disques pressés de la star mondiale Taylor Swift atteste de ce regain. Et un éco-vinyl à base de matière recyclée dès la chaîne de production vient répondre aux préoccupations environnementales.

Le vinyle résiste depuis 1957 chez MPO. Pour l'intégrer aux enjeux environnementaux, un vinyle fabriqué à partir de matière recyclée a récemment été lancé — Photo : MPO

D'autres innovations dans de nouveaux domaines sont à l'étude en R&D. Donneront-elles un nouveau rythme de croissance ? Les futurs dirigeants le diront : la troisième génération devrait arriver sur le devant de la scène d'ici deux ou trois ans, confie Loïc de Poix. En revanche, son frère Serge et sa famille ont préféré se retirer pour développer MVO, une ex-filiale spécialisée dans la stérilisation de supports médicaux.

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