LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax : les travaux avancent, avec un financement toujours incertain
# Ferroviaire # Aménagement du territoire

LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax : les travaux avancent, avec un financement toujours incertain

S'abonner

L’agence GPSO, maître d’ouvrage du colossal projet de LGV entre Bordeaux, Toulouse et Dax, boucle un grand point d’étape sur les enjeux de ces nouvelles lignes. En parallèle, la question des financements de ce chantier à 14 milliards d’euros se pose toujours au moment où Bercy cherche à raboter 40 milliards d’euros dans le prochain budget de l’État. Les appels d’offres, eux, se préparent déjà.

Le projet LNSO est chiffré à 14 milliards d’euros pour sa première phase, qui a déjà commencé ses travaux préparatoires et doit s’achever en 2032 — Photo : SNCF Réseau

Les chantiers avancent. C’est le message martelé par l’agence GPSO, maître d’ouvrage de la Ligne Nouvelle du Sud-Ouest, projet de LGV reliant Bordeaux à Toulouse et Dax puis à l’Espagne.

Ce vaste projet, évalué à 18 milliards d’euros dont 14 pour la première phase (Bordeaux/Toulouse et Bordeaux/Dax), anticipe un démarrage des travaux de génie civil de Bordeaux-Toulouse en 2028 et des travaux d’équipements en 2030 pour une mise en service en 2032.

Des aménagements ferroviaires déjà en cours

Les travaux ont en réalité déjà débuté depuis février 2024 au nord de Toulouse et depuis octobre 2024 au sud de Bordeaux. Censés augmenter la capacité du réseau en prévision de l’augmentation du trafic, ils prévoient la construction de 31 km de voies nouvelles (19 pour Toulouse et 12 pour Bordeaux), la modernisation de 10 gares (4 en Gironde et 6 en Haute-Garonne) et la suppression de 6 passages à niveaux en Gironde. Les voies nouvelles seront connectées au projet LNSO, qui lui-même comprend 327 km de lignes nouvelles (167 vers Toulouse et 105 vers Dax).

40 %

Le plan de financement de LNSO est revenu sur le devant de la scène ces derniers jours après la fuite d’une note interne de Bercy — révélée par L’Humanité —, qui mentionne la LGV Bordeaux-Toulouse parmi les pistes de "gisements d’économies" pour aider à économiser 40 milliards d’euros sur le budget 2026. Le projet a en effet divisé son financement avec une participation de l’État et des collectivités territoriales à hauteur de 40 % chacun, non sans participation pour les contribuables de 2 340 communes des deux régions par le biais d’un "impôt LGV" de 24 millions d’euros par an. Les 20 % restants sont financés par l’Europe, qui a débloqué 60 millions d’euros en 2023.

"Si le robinet se ferme à un moment, il y aura des conséquences mais aujourd’hui, il n’y a aucune rupture de financement et on avance normalement."

Un montage contesté par de nombreux élus et associations — qui multiplient les recours — et dont le tribunal administratif de Toulouse doit encore examiner la légalité ce vendredi 27 juin, apprend-on dans Rue89 Bordeaux. Sans compter les éventuels surcoûts liés à l’inflation, 4 milliards d’euros devraient s’ajouter pour la seconde phase vers l’Espagne, selon un document de l’agence GPSO, qui occupait le terrain cette fin de semaine en détaillant le projet à la presse.

"Aucune rupture de financement"

Les discussions de Bercy n’ont pas l’air d’inquiéter Christophe Huau, directeur de l’agence GPSO. Évoquant la convention de financement de 267 millions d’euros signée en mars 2025 pour les acquisitions foncières et la poursuite des travaux, le responsable l’assure : "On a tout l’argent dont on a besoin pour faire ce qu’on doit faire actuellement. Si le robinet se ferme à un moment, il y aura des conséquences mais aujourd’hui, il n’y a aucune rupture de financement et on avance normalement. Avec ces 267 millions, on a de quoi tenir au moins un an. Il n’y a pas de remise en cause de la feuille de route."

La question du schéma financier et d’une potentielle intervention d’entreprises privées dans l’équation de LNSO ne serait toutefois pas tranchée, à l’heure de l’austérité annoncée. "Le modèle de la concession (partenariat public-privé) adopté sur Tours-Bordeaux n’est pas adapté pour LNSO", assure Christophe Huau, directeur de GPSO, arguant d’un trafic estimé nettement inférieur et des retombées "moins intéressantes" pour un éventuel concessionnaire, sans pour autant émettre une "opposition de principe" à un montage plutôt qu’à un autre…

10 000

Du côté de la mise en œuvre des travaux, GPSO, qui assure qu’au niveau foncier plus de 50 % des acquisitions pour Bordeaux-Toulouse ont déjà été réalisées, souhaite externaliser l’ingénierie à travers un modèle de conception-réalisation, assurant qu’il serait "la meilleure solution pour le projet". Le mouvement a déjà débuté : en mai dernier, Systra a remporté un contrat de 200 millions d’euros sur 9 ans pour l’assistance à maîtrise d’ouvrage de la première phase.

En creux, l’agence souhaite aussi éviter les polémiques ayant agité le chantier de la LGV Bordeaux-Tours sur les niveaux de péage. "Cette fois, ce n’est pas l’exploitation de la ligne qui paiera l’investissement", assure Christophe Huau.

GPSO assure que des présentations publiques qui réuniront "les potentiels fournisseurs et entreprises intéressées par les lots de conception-réalisation (voie, caténaire et génie civil)", avant le lancement d’appels d’offres dédiés, à plusieurs milliards d’euros, auront lieu dès la fin 2025.

Nouvelle-Aquitaine Occitanie # Ferroviaire # Aménagement du territoire