L’effondrement de 2 immeubles insalubres à Marseille, en 2018, a souligné cet autre impact du réchauffement climatique : le nombre de logements fissurés est en hausse constante. Sur ce constat, la start-up Feelbat (14 salariés, CA 2023 : 600 000 €), basée à La Réunion et à Jacou (Hérault) près de Montpellier, développe une gamme de 7 capteurs pour le monitoring à distance et en temps réel de multiples ouvrages (bâtiments, ponts, lignes ferroviaires, mines, ports, etc.).
Des besoins en forte croissance
Depuis sa création en 2020, Feelbat a déjà écoulé plus de 3 000 produits, essentiellement en France, auprès de géomètres, bureaux d’études, experts en assurance, gestionnaires d’ouvrages, groupes de BTP ou collectivités. Parmi ses plus fortes références figurent Bureau Veritas, la SNCF, la SNCB (son homologue belge) ou encore l’Office National des Forêts (ONF). Mais si la marge de progression est encore large en France, où près de 5 000 ouvrages présentent un état détérioré, Feelbat veut accélérer en 2025, sa croissance commerciale dans tous les pays d’Europe où le constat est le même.
Un fort potentiel à explorer en Europe
Prolongeant une vague de déploiements en Europe du nord (Allemagne, Angleterre, Suède, Finlande) opérés depuis l’été dernier, la start-up ciblera la partie sud du continent en 2025, notamment l’Espagne, le Portugal et l’Italie, "qui pourrait devenir notre plus gros marché avec la France", selon Mary Dussurget, directrice marketing de Feelbat. À court terme, son objectif est de réaliser plus de 50 % de son activité à l’international, en portant notamment ses ventes de 3 000 capteurs écoulés en quatre ans à 6 000 sur la seule année 2025. Dans les trois ans, Feelbat prévoit de rayonner, en plus du marché européen, sur l’Asie, les États-Unis et le Canada. Elle affiche un chiffre d’affaires prévisionnel de 11 millions d’euros à l’horizon 2027.
Une gamme en extension régulière
Par ailleurs, Feelbat a réussi une première levée de fonds de 1,5 million d’euros en 2024, et travaille déjà sur une deuxième opération d’un montant espéré de 5 millions d’euros. Ces financements lui permettent de se structurer en interne (10 recrutements bouclés en 2024, au moins 5 prévus en 2025) mais aussi d’intensifier sa R&D. La start-up a conçu une gamme de capteurs pour divers usages (surveillance de fissures, de l’inclinaison des murs et des structures, des niveaux d’eau…) mais veut aller plus loin. "Nous prévoyons de 3 à 4 nouveaux lancements par an", se projette Thomas Chrysochoos, directeur technique de Feelbat. La fin d’année 2024 est marquée par la sortie de 2 produits, dont un nouveau capteur de fissures miniaturisé qui se fixe rapidement grâce à un système de collage breveté. "Il est possible de les déployer par drones, ce qui évite le recours à des cordistes", poursuit Thomas Chrysochoos.
Le pari de la simplicité
Cette simplicité d’utilisation constitue l’argument marketing majeur de Feelbat : comparées aux jauges traditionnelles utilisées pour la surveillance des ouvrages, ses solutions connectées, sur le mode "plug and play", facilitent le travail des experts. "Les produits existants sont complexes d’utilisation, produisant des données par milliers. Les nôtres, grâce à l’implémentation de l’IA, traitent et n’affichent que les données utiles à l’expert, qui peut produire son rapport plus vite", souligne Thomas Chrysochoos. Un pari technologique qui semble convaincre, en France et au-delà : pour son capteur miniature, Feelbat vient de recevoir un prix lors d’un salon professionnel en Corée du Sud. Son septième trophée à ce jour.