L’avenir des liaisons satellite avec la planète bleue passera-t-il par le laser pour remplacer les communications par ondes radios utilisées actuellement et en voie d’être saturées ? C’est ce que croient ardemment un certain nombre d’opérateurs télécoms, hyperscalers et acteurs du cloud, mis en appétit par les promesses de débits mille fois supérieurs et de transferts de données massifs et instantanés. Et c’est sur créneau que s’engouffre Miratlas, l’une des trois entreprises de la région Sud lauréate du programme French Tech 2030 qui accompagne les 80 structures françaises les plus innovantes et stratégiques pour la souveraineté technologique.
L’étoile gigote, la turbulence auscultée
Depuis son lancement en mai 2018, la deeptech, installée à Pertuis, fabrique et développe une sorte de station météorologique "Sky Monitors", peu gourmande en énergie et compacte. L’équipement optique est capable d’analyser, depuis le sol, de jour comme de nuit en temps réel, tout ce qui pourrait perturber ces transmissions laser (appelées plus scientifiquement "optiques en espace libre", NDLR). "Nous surveillons les nuages et les turbulences du ciel en prenant comme source la lumière des étoiles et du soleil. Les turbulences, c’est quand on voit une étoile qui scintille. Un faisceau laser sera affecté de la même façon que la lumière de cette étoile", explique Jean-Edouard Communal, PDG de Miratlas cofondée avec Frédéric Jabet, spécialiste des télécommunications et des instruments astronomiques.
USA en force
Si, jusqu’à présent, ces paramètres et leurs conséquences étaient bien connus des astronomes, les professionnels des télécoms ne s’y intéressaient pas vraiment. Les choses changent et la demande grandit. Miratlas, qui se présente comme le "Bison Futé capable d’aider à trouver un itinéraire bis dans le ciel lorsque des nuages ou des turbulences gênent la transmission lumineuse", tente ainsi de se mettre en orbite économique dans un secteur potentiellement géant. Outre son savoir-faire revendiqué, elle a un avantage de taille : l’absence de concurrence directe estime son dirigeant. Après une levée de fonds de 2 millions d’euros en 2022, la start-up aux 17 collaborateurs a réalisé, en 2025, 1,70 million d’euros de chiffre d’affaires. Elle prévoit d’atteindre prochainement 2,5 à 3 millions d’euros, sans pour autant "être prophète en son pays", regrette-le patron. "Nous faisons 90 % à l’export. Sur ce 1,70 million d’euros en 2025, un tiers a été réalisé avec la Défense aux Etats-Unis et… 890 € en France. Il n’y a pas vraiment de volonté française autour d’une technologie qui est pourtant un pivot de marché fondamental, un peu comme l’a été la mise au point de l’atterrissage propulsif et la fusée réutilisable d’Elon Musk."
Un réseau mondial
En pleine phase d’accélération, Miratlas se développe donc principalement vers l’étranger même si l’entreprise a déjà collaboré avec des clients hexagonaux tels qu’Orange ou Airbus dont le siège est néanmoins en Hollande. La société vauclusienne est présente dans une vingtaine de nations dont la Chine. Un bureau a ouvert aux Etats-Unis et nécessité des recrutements sur place. À ce jour, "une soixantaine" de "Sky Monitors" est implantée à travers la planète. L’ambition est d’en "déployer des centaines, puis des milliers d’autres", afin de collecter toujours plus d’informations et de les traiter par des algorithmes de machine learning (IA). L’objectif ? Alimenter "une base de données unique au monde", baptisée Lamark, hébergée à Marseille et une cartographie complète de l’atmosphère. Un outil qui servira également à affiner les modèles de prévision de ces perturbations avec l’objectif d’arriver à les anticiper avec une heure trente d’avance. Un délai qui n’est pas anodin : c’est le temps que met un satellite pour faire un tour complet de la Terre en orbite basse. Pile ce qu’il faut à Miratlas pour viser (très) haut.