Cailabs va construire une usine de 10 000 mètres carrés à Rennes
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Cailabs va construire une usine de 10 000 mètres carrés à Rennes

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Cailabs passe à la phase industrielle. Après avoir levé 57 millions d’euros à la rentrée 2025, l’entreprise annonce la construction d’une usine à Rennes. Objectif : accélérer la production de ses stations capables d’assurer des liaisons laser ultra-rapides entre les satellites et la Terre, pour servir les besoins étatiques et militaires. Près de 300 emplois pourraient être créés.

La future usine verticale de Cailabs à Rennes sera livrée au second semestre 2027. Elle sera réalisée par Faubourg Promotion — Photo : Faubourg Promotion

Longtemps pilier des télécoms français, Rennes s’apprête à retrouver une place centrale dans cette industrie. Non plus grâce au cuivre ou à la fibre, mais via des faisceaux lumineux venus de l’espace. C’est Cailabs (170 salariés, CA confidentiel), la deeptech rennaise que les élus locaux qualifient volontiers de "pépite", qui rallume cette flamme technologique : l’entreprise s’apprête à doter la métropole d’une usine dédiée aux "stations sol optiques", ces équipements capables d’assurer des liaisons laser ultra-rapides entre les satellites et la Terre.

20 millions d’euros d’investissement

Le projet industriel sera d’envergure : avec un bâtiment de près de 10 000 mètres carrés qui trouvera sa place sur un ancien site d’Eureden, rue de la Roberdière. À moins de 1 kilomètre de son siège social de 3 500 mètres carrés situé sur le parc d’activités des Chevrons à l’ouest de Rennes. Baptisée "Factory 27", l’usine verra le jour au second semestre 2027, contre un investissement de 20 millions d’euros. Elle sera réalisée par Faubourg Promotion, le pôle ingénierie du groupe parisien Idec, qui en sera aussi le propriétaire.

Imaginé sur deux niveaux, l’outil symbolisera l’usine verticale de demain, pauvre en consommation foncière. "Avec le projet Cailabs, Faubourg Promotion impulse une nouvelle génération d’immobilier d’entreprise, fondée sur la verticalisation intelligente du foncier et la décarbonation des activités", détaille Chazli Baalbaki, directeur général adjoint chez Faubourg Promotion.

L’équipe de Cailabs, devant le siège social du groupe au parc des Chevrons à Rennes — Photo : CAILAbs

Le projet constitue un cadeau de Noël avant l’heure pour tout un territoire. Cailabs prévoit en effet de créer une centaine de nouveaux emplois derrière son usine, avec une montée en puissance pouvant atteindre 300 collaborateurs à terme. Une phase d’embauche d’opérateurs de production, de techniciens et de logisticiens démarrera dès 2026.

"Levier d’impact économique"

Le projet d’usine de Cailabs incarne le renouveau de l’industrie française appelé de ses vœux par le président Macron pour regagner de la valeur. Il est à ce titre lauréat du plan France 2030. Les montants captés par l’État sont tenus confidentiels. "Plus qu’un investissement industriel, c’est un levier d’impact économique, technologique et stratégique, à la croisée de la deeptech et du spatial, expose la société rennaise dans un communiqué. Il positionne Cailabs comme un acteur incontournable des communications optiques dans le NewSpace (spatial), tout en consolidant notre ancrage territorial à Rennes."

De la fabrication de câbles optiques à celle des stations sol optiques

Tout est allé très vite pour Cailabs qui a lancé sa gamme de produits dédiée aux communication optiques en espace libre dès 2018. "À ce moment-là, on a commencé à enrichir nos solutions, relate Jean-François Morizur, PDG fondateur de Cailabs. Au début, on vendait des câbles optiques et des solutions d’électronique et de fibre optique pour des laboratoires. Puis des modules qui permettent d’émettre et d’envoyer les données. Et à la fin, à partir de 2021, on s’est dit : on fait la station seule entière. Entre autres, parce que personne ne le faisait vraiment de manière sérieuse. Aujourd'hui, nous sommes leader sur ce marché-là…" La station sol optique de Cailabs en l'occurence est un système qui permet de recevoir et d'envoyer des données avec des satellites grâce à un faisceau laser très précis. De manière simplifiée, c'est un dôme circulaire de 4 m de diamètre qui abrite un télescope et des équipements optiques.

Objectif : 50 stations par an

Dans sa nouvelle usine, Cailabs sera en capacité de produire cinquante stations par an à l’horizon 2028, contre une dizaine officiellement sous contrat aujourd’hui. Le jeune patron rennais de 39 ans – diplômé de Normale Sup (promotion physique) et titulaire de deux doctorats en optique quantique — ne s’enflamme pas pour autant. "Notre objectif n’est pas de produire 50 stations par an parce que ce serait une demande du marché. 50, c’est la capacité maximale du bâtiment si on le pousse au maximum. On peut en faire 20, 30, peut-être 40, mais il ne faut pas sacrifier la R & D qui est ce qui nous permet de rester en avance…" Il n’empêche. La commercialisation des produits sortis de ses actuels sites de production double chaque année.

Jean-François Morizur, PDG fondateur de Cailabs — Photo : Baptiste Coupin


"Si on atteint 20 ou 30 stations par an, on se posera la question d’un deuxième bâtiment…" Une réserve foncière serait déjà prévue pour le Elon Musk breton.

Des données très vite transportées

Pour Cailabs, l’activité station sol démarre réellement en 2021 avec Keraunos, programme mené pour l’Agence de l’innovation de défense (AID) en collaboration avec Unseenlabs, l'autre pépite spatiale rennaise. Sa démonstration à l’été 2024 constitue une première mondiale : une liaison optique haut débit entre un nanosatellite en orbite basse et une station commerciale sur Terre. La transmission de données sans latence, à la vitesse de la lumière, a démontré tout l’intérêt de la technologie de Cailabs qui constitue une rupture profonde avec les transmissions qui se faisaient jusqu’alors par radio. "Les systèmes SAR (radars embarqués sur satellites, NDLR) produisent des masses de données. Les récupérer en quelques minutes, et non plus en heures, change totalement l’usage opérationnel", souligne Jean-François Morizur. Depuis le programme Keraunos, le produit de Cailabs s’est standardisé. Aujourd’hui, les stations sol optiques représentent plus de 80 % du chiffre d’affaires de l’entreprise qui compte comme clients des États, ambassades, ONG, opérateurs de télécoms… Les marchés européens et américains sont deux vastes champs de conquête. Aux États-Unis, l’entreprise bretonne a récemment installé sa filiale US dans l’État de Virginie pour répondre à "une expansion significative sur le marché américain".

Une technologie souveraine au service de l’Europe de la Défense

Le PDG de Cailabs reste discret sur les revenus de l’entreprise, mais la dynamique est clairement à la hausse : chaque station se négocie "à un chiffre à sept zéros". Autre signal fort, la participation de la Banque européenne d’investissement et du Fonds Innovation Défense à la levée de fonds de 57 millions d’euros bouclée à la rentrée 2025. Un soutien qui confirme le caractère hautement stratégique de la scale-up rennaise, tant pour la France que pour l’Europe.
Dans un contexte géopolitique tendu, où la supériorité informationnelle devient un avantage décisif, maîtriser des télécommunications satellitaires rapides et sécurisées constitue un enjeu majeur. La technologie de Cailabs s’inscrit ainsi au cœur du dispositif de défense européen de demain.

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