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Attractivité : la Bretagne décroche, mais garde des cartes à jouer dans la cyber et l’industrie innovante
Bretagne # Industrie # Investissement industriel

Attractivité : la Bretagne décroche, mais garde des cartes à jouer dans la cyber et l’industrie innovante

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Selon le baromètre EY de l’attractivité 2026, la Bretagne accuse un net recul des investissements étrangers. Avec seulement 19 projets recensés en 2025, la région apparaît distancée par la Normandie et les Pays de la Loire. Pour autant, les experts d’EY estiment que la Bretagne dispose encore de solides atouts, à condition de miser davantage sur ses filières d’excellence.

Le site pharmaceutique Nextpharma de Ploërmel (Morbihan) pourrait être agrandi. Pas de quoi inverser une tendance baissière très marquée des IDE en Bretagne — Photo : Nextpharma

La Bretagne a clairement perdu du terrain dans la compétition des investissements étrangers. En 2025, la région n’a attiré que 19 projets d’investissements directs étrangers (IDE), soit une chute de 50 % par rapport à la moyenne observée entre 2022 et 2024. Surtout, les emplois générés s’effondrent : 196 seulement, en baisse de 82 %.

- 50 %

À titre de comparaison, la Normandie totalise 33 projets et 1 372 emplois créés, tandis que les Pays de la Loire atteignent 40 projets pour 1 338 emplois. "Dans les trois régions de façade ouest, la Bretagne vire en dernière position. Et c’est quelque chose qui est constant depuis 2022", observe Arwin Chanemougame, consultant senior EY et co-auteur du baromètre. Sur le plan national, la Bretagne se classe à l’avant-dernière position des régions administratives, devant la Corse.

Une Bretagne pénalisée par sa géographie

Pour Philippe Vailhen, directeur des activités d’EY dans l’Ouest, le recul breton ne traduit pas uniquement une perte d’attractivité. Il reflète aussi une évolution de la nature des investissements étrangers en Europe. "Ce qui a peut-être sauvé la France, ce sont deux ou trois projets liés à de la logistique", estime-t-il. Or, sur ce terrain, la Bretagne souffre de sa position périphérique. "Si je suis un investisseur étranger et que je veux installer des postes logistiques en Europe, il y a une région à laquelle je ne vais pas penser : la Bretagne", tranche-t-il. Ces grands projets privilégient les grands nœuds routiers autour d’Orléans ou de la vallée du Rhône, loin de l’extrémité ouest française. Les deux experts évoquent également des facteurs structurels plus anciens : de faibles investissements dans les ports français — là où la Bretagne avec ses trois façades maritimes aurait pu tirer son épingle du jeu -, l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ou encore des décisions d’aménagement prises il y a dix ou quinze ans. "La géographie d’un territoire, ce n’est pas le résultat d’une enquête, mais de décisions politiques prises ou non sur une dizaine d’années", analyse Philippe Vailhen.

Des investisseurs américains et allemands qui se détournent

À cela s’ajoute le recul des investissements américains et allemands, historiquement moteurs en Bretagne. En 2025, les États-Unis sortent même du top 3 des investisseurs étrangers dans la région. Arwin Chanemougame y voit les conséquences du ralentissement économique européen et des politiques protectionnistes américaines : "On ne retrouve pas les investissements importants qu’il y avait dans les années précédentes à Rennes dans les logiciels et les services IT."

Cyber, agroalimentaire, énergie : des filières pour rebondir

Malgré ce décrochage, les deux spécialistes refusent tout scénario de déclin durable. Car la Bretagne conserve plusieurs pôles d’excellence identifiés par les investisseurs étrangers. L’agroalimentaire reste ainsi le premier secteur d’IDE régional, représentant 32 % des projets accueillis en 2025. Les sites de production pèsent encore 63 % des projets recensés. Surtout, les investissements liés à la cybersécurité, à la data, à l’électronique ou à l’économie bleue continuent d’alimenter la dynamique régionale. "La cyber est quelque chose d’absolument essentiel aujourd’hui pour chacune de nos économies", souligne Philippe Vailhen, qui estime que la Bretagne doit désormais aligner sa stratégie d’attractivité avec ses secteurs d’excellence.

"Qualité des infrastructures et main-d’œuvre qualifiée"

Arwin Chanemougame cite pour sa part plusieurs projets récents dans le cloud, l’agroalimentaire innovant ou encore la pharmacie. Dans ce dernier secteur, le groupe britannique Nextpharma prévoirait ainsi d’étendre son site de production de Ploërmel (Morbihan) spécialisé dans la fabrication de capsules et gélules végétales, avec à la clé la création d’une dizaine d’emplois. Pour le coauteur de l’étude, la Bretagne dispose d’un avantage décisif : son écosystème. "La France peut reposer sur la qualité de ses infrastructures, la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée et la présence de pôles d’excellence reconnus", rappelle-t-il. Dans un contexte marqué par la souveraineté industrielle, l’IA, la Défense ou les énergies bas carbone, il voit même dans cette spécialisation une opportunité de rebond pour la région.

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