Ce lundi 7 octobre devait initialement donner lieu à une réunion de concertation entre la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) et les acteurs du monde économique à Strasbourg à propos de la mise en place du R-Pass, du nom du projet d’écotaxe poids lourds porté la collectivité territoriale et dont le principe doit encore être acté par le vote des élus, le 21 octobre, en vue de son application début 2027.
Si cette réunion a toujours lieu, la voici déplacée à Colmar, siège de la CeA, où les transporteurs et les agriculteurs de la région devraient converger à l’issue d’une opération escargot, initiée par leurs organisations professionnelles qui bénéficient du soutien de leurs homologues d’autres régions de France. Ce mouvement devrait sérieusement paralyser le trafic routier sur l’A35 que souhaite justement résorber le R-Pass face à l’augmentation du transit international, observée depuis le début de l’année et la hausse de la LKW-Maut outre-Rhin.
Des objectifs contestés par les acteurs économiques alsaciens
"Nous agissons dans un rôle de régulation des mobilités en Alsace", a rappelé Frédéric Bierry, président de la CeA, vendredi 4 octobre, lors d’un point presse où il a rappelé les ambitions du dispositif du R-Pass : "réguler la part de trafic de transit sur l’axe nord sud alsacien, gagner en sécurité et en fluidité, faire baisser la pollution atmosphérique et sonore, et contribuer à l’entretien des infrastructures routières". Des objectifs que contestent une majeure partie des acteurs économiques alsaciens estimant être les plus impactés financièrement par ce qu’ils considèrent comme un "impôt de production régional" depuis la présentation, le mois dernier, de l’étude d’impact économique réalisée par le cabinet Deloitte.
De futures exonérations pour les coopératives agricoles et les sylviculteurs ?
La veille de son allocution, Frédéric Bierry avait déjeuné avec François Durovray, le nouveau ministre des Transports de passage à Strasbourg, afin de définir la marge de manœuvre de la collectivité, née de la fusion des départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, en matière d’exonérations. Celles-ci pourraient concerner les coopératives agricoles, qui fournissent l’industrie agroalimentaire, et le secteur de la sylviculture, pour le transport de grumes, dans le cadre de la loi de finances de 2025.
"Ne pas faire le R-Pass équivaudrait à faire de cet axe un aspirateur à camions"
"Ne pas faire le R-Pass équivaudrait à subventionner le trafic poids lourds en transit et à faire de cet axe nord sud alsacien un aspirateur à camions", martèle M. Bierry qui n’exclut pas de faire évoluer le tarif de ce dispositif, estimé à 0,15 € du kilomètre pour l’instant, en fonction des heures de pointe. Des 64 millions d’euros que pourrait rapporter le R-Pass par an, toujours d’après la simulation du cabinet Deloitte, une partie serait attribuée à la formation où à l’acquisition de véhicules propres pour les transporteurs. Des sujets qui devraient être également abordés ce lundi en marge d’autres revendications.