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R-Pass : dialogue de sourds entre le monde économique et la Collectivité européenne d’Alsace
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R-Pass : dialogue de sourds entre le monde économique et la Collectivité européenne d’Alsace

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Les acteurs du monde économique sont repartis bredouilles de leur entrevue avec les élus de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA), ce lundi 7 octobre à Colmar, au sujet de la future application du R-Pass, du nom de l’écotaxe alsacienne censée réguler le trafic poids lourds de transit, à compter de 2027. La collectivité maintient le vote du principe du R-Pass au 21 octobre.

Une centaine de poids lourds ont convergé ce lundi 7 octobre devant le siège de la Collectivité européenne d’Alsace contre le projet du R-Pass — Photo : Fabrice Voné

Une centaine de camions et une vingtaine de tracteurs ont convergé, ce lundi 7 octobre, vers le siège de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) à Colmar, à l’issue d’une opération escargot occasionnant une dizaine de kilomètres de ralentissement sur l’A35 et une partie de l’A36, deux portions autoroutières éligibles à la future écotaxe alsacienne, portée par la CeA à compter de 2027.

Le R-Pass devrait générer 64 millions d’euros pour la CeA

Cette mobilisation, coordonnée par la FNTR Alsace, s’est opérée en amont d’une réunion entre les élus de la CeA et les acteurs économiques alsaciens. Ces derniers demandaient l’annulation voire le report du vote du principe du R-Pass, prévu le 21 octobre en session plénière, considéré comme "un impôt régional de production" susceptible de mettre à mal leur compétitivité. De son côté, la collectivité agite la hausse du trafic international de transit sur ses principaux axes routiers, du fait de l’augmentation récente de la LKW-Maut allemande, pour accélérer sur ce projet qui, selon une étude d’impact économique réalisée par le cabinet Deloitte, lui permettrait d’engranger 64 millions d’euros de recettes par an sur la base de 200 kilomètres taxés à hauteur de 0,15 euro du kilomètre.

La taxe de trop ?

Un projet qui agace le monde économique alsacien qui se retrouverait le plus pénalisé financièrement. "Il faut imaginer autre chose qu’une nouvelle taxe alors que nous avons déjà investi dans la digitalisation et la décarbonation, et que nous peinons à recruter, avec encore des PGE à rembourser", fulmine Franck Favre, PDG du groupe Arkedia, spécialisé dans le BTP implanté à Turckheim (Haut-Rhin) et vice-président du Medef Alsace. Le syndicat patronal pilote justement le Collectif pour la compétitivité de l’économie alsacienne (CCEA) qui réunit une vingtaine de filières, allant de l’agroalimentaire à la chimie, en passant par la viticulture et la métallurgie sans oublier les professionnels du transport et de la logistique.

Les acteurs économiques alsaciens réunis devant le siège de la CeA, ce lundi 7 octobre — Photo : Fabrice Voné

Les transporteurs claquent la porte des négociations

Les représentants de ces deux secteurs ont claqué la table des négociations les premiers. "C’était tendu, nous n’avons reçu aucune réponse acceptable de leur part", a indiqué Brigitte Kempf, coprésidente de la FNTR d’Alsace. "C’est triste de voir que notre propre collectivité (la CeA, N.D.L.R.) ne travaille que pour sa propre économie", a-t-elle poursuivi avant de laisser entendre que son organisation allait "poursuivre le mouvement".

"Reporter le vote de cette taxe aurait été une bonne manière de cesser de nous mépriser" Jean-Luc Heimburger, président de la CCI Alsace-Eurométropole

Trente minutes plus tard, le reste de la délégation ainsi que les représentants des chambres consulaires, qui avaient cosigné samedi dernier une tribune sur deux pages dans la presse quotidienne régionale demandant l’annulation du R-Pass, quittaient le siège de la CeA avec la mine fermée et des mots peu avenants à l’égard de Frédéric Bierry, président (LR) de la collectivité née de la fusion des départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin en 2021.

"Reporter le vote de cette taxe aurait été une bonne manière de cesser de nous mépriser car nous sommes les acteurs de l’économie", a ainsi déclaré Jean-Luc Heimburger, président de la CCI Alsace-Eurométropole.

"Une scission s’est créée entre ceux qui nous gouvernent localement et le monde économique", Jean-Luc Hoffman, président de la CMA

"Autant nous étions unis jusque-là avec la CeA, car nous pensions que les lois provenaient de Paris où de Bruxelles, autant là, je pense que c’est à l’intérieur qu’une scission s’est créée entre ceux qui nous gouvernent localement et le monde économique", a réagi Jean-Luc Hoffman, président de la Chambre des métiers et de l’artisanat d’Alsace.

Un "coup de pied aux fesses" à l’encontre du monde viticole

Gilles Ehrhart, président de l’Association des viticulteurs d’Alsace, n’a pas non plus mâché ses mots : "Je me suis pris un coup de pied aux fesses en me rendant compte que nos élus étaient complètement hors sol. Nos entreprises et nos salariés vont en pâtir car nous investirons moins et, en définitive, ce seront les consommateurs qui privilégient aujourd’hui le made in Alsace qui payeront plus cher". Dans son ensemble, la filière agricole locale, déjà mobilisée en début d’année via l’application des lois Egalim, redoute de voir le principe de souveraineté alimentaire encore mis à mal tout comme les circuits courts.

Frédéric Bierry ne modifie pas sa feuille de route

En face, Frédéric Bierry, président de la CeA, s’est montré inflexible quant à sa feuille de route. "Ce n’est pas le parti pris d’interrompre notre démarche. Notre volonté, qui est partagée, est de lutter contre le transit et on ne peut pas continuer à être un aspirateur à camions", a rappelé l’élu qui table sur des compensations liées à la formation, des aides auprès d’équipements verts pour le secteur du transport tout en misant sur de nouvelles exonérations pouvant figurer dans la loi de finances 2025 après son entrevue avec François Durovray, le nouveau ministre des Transports. S’il ne nie pas "le manque d’adhésion" de la part du monde économique alsacien au projet du R-Pass Frédéric Bierry martèle n’avoir "pas d’autres solutions pour freiner le trafic de transit".

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