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La Collectivité européenne d'Alsace adopte le principe de la taxe poids lourds R-Pass à l’unanimité
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La Collectivité européenne d'Alsace adopte le principe de la taxe poids lourds R-Pass à l’unanimité

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Les élus de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) ont voté, ce lundi 21 octobre à Colmar, à l’unanimité le principe d’une écotaxe poids lourds. Baptisée R-Pass, elle pourrait être appliquée début 2027 malgré l’opposition actuelle du monde économique local.

Réunis autour de leur président Frédéric Bierry, les élus de la CeA ont voté à l’unanimité le principe du R-Pass — Photo : DR

Réunis en session plénière, lundi 21 octobre à Colmar, les 80 élus de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) ont voté à l’unanimité à l’issue de deux heures de débats, le principe du R-Pass du nom de l’écotaxe alsacienne qui devrait s’appliquer, début 2027, aux poids lourds de plus de 3,5 tonnes empruntant les principaux axes routiers du Haut-Rhin et du Bas-Rhin.

Un trafic en forte augmentation, cette année, en raison de l’augmentation de 80 % de la LKW-Maut, l’écotaxe allemande en vigueur depuis près de 20 ans outre-Rhin, qui entraîne un report du transit international sur l’A35 et une partie de l’A36. "Ce report se traduit par une hausse de 19,3 % de camions sur les neuf premiers mois de l’année", a rappelé Jean-Philippe Maurer, vice-président de la CeA en charge de la commission mobilités et réseaux. "Nous ne pouvons plus continuer à être un aspirateur à camions", a souligné Victor Vogt conseiller départemental et maire de Gundershoffen (Bas-Rhin). À titre de comparaison sur une distance de près de 200 kilomètres, les poids lourds en transit économisent près de cinquante euros s’ils empruntent l’axe nord-sud alsacien où l’unique péage se situe au niveau du Grand Contournement Ouest de Strasbourg (GCO).

L’opérateur dévoilé dans les prochaines semaines

S’appuyant sur une étude d’impact économique réalisée par le cabinet Deloitte, rendue publique début septembre, la collectivité entend taxer 204 kilomètres de son réseau à 0,15 € du kilomètre dans l’espoir de réduire le transit, la pollution et augmenter la sécurité. Le R-Pass devrait lui rapporter 64 millions d’euros par an dans le but d’entretenir et d’améliorer les infrastructures routières.

Après ce vote de principe, les élus disposent de dix-huit mois pour affiner cette redevance unique en France. Dans les prochaines semaines, la collectivité dévoilera le nom de l’opérateur retenu, après un appel d’offres, pour la gestion de cette écotaxe par une solution satellitaire. Elle mettra en place plusieurs comités de suivi histoire de renouer le dialogue avec le monde économique alsacien qui voit, dans le R-Pass, "un impôt de production régional".

Des funérailles à Colmar et une manifestation d’agriculteurs à Strasbourg

En marge du vote, les acteurs du monde économique ont organisé les funérailles symboliques de la compétitivité économique alsacienne — Photo : DR

Réuni au sein d’un collectif regroupant 21 filières, piloté par le Medef Alsace et soutenu par les chambres consulaires, 150 représentants du monde économique, vêtus de noir, ont symboliquement participé aux funérailles de la compétitivité alsacienne sur le parvis de la CeA en marge de la séance plénière. À Strasbourg, le monde agricole qui manifestait pour dénoncer le retard de paiement des aides de la PAC en a profité pour déverser des pneus usagés devant la CeA pour marquer son opposition au R-Pass.

Travailler sur les exonérations et les compensations envers le monde économique alsacien

Si les acteurs économiques locaux s’estiment être les premiers pénalisés par cette écotaxe, Frédéric Bierry ne leur ferme pas la porte. "L’enjeu est de minimiser l’impact du R-Pass sur l’économie alsacienne, indique le président (LR) de la CeA. On a encore besoin de discuter et de travailler sur les exonérations qu’il est possible de mettre en œuvre, dans le respect de la loi, et sur les compensations pour les filières qui seront les plus touchées. C’est notre ambition d’être à leur écoute comme d’être à l’écoute de la population et des acteurs environnementaux qui attendent cet équipement au plus vite."

"Si la Région veut nous aider, elle n’a qu’à nous confier la compétence économique"

Conscient d’avoir été au centre des regards en ressuscitant l’écotaxe en France, après son abandon il y a plus de dix ans sous la colère des Bonnets rouges, l’élu compte associer d’autres collectivités durant les 18 mois qui restent jusqu’à son entrée en vigueur. À commencer par la Région Grand Est qui planche également sur "son" écotaxe après avoir mis la main sur 524 kilomètres du réseau routier national de l’autre côté des Vosges. Le président Franck Leroy avait d’ailleurs proposé, par l’intermédiaire de deux courriers restés sans réponse, son aide à Frédéric Bierry. "Il n’y avait pas de raison que je lui réponde avant le vote d’aujourd’hui, a réagi ce dernier. S’il veut vraiment nous aider, il n’a qu’à nous confier la compétence économique, c’est la solution la plus simple."

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