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Les patrons s’unissent contre la baisse des allègements de cotisation
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Les patrons s’unissent contre la baisse des allègements de cotisation

Alors que les discussions sur le projet de loi des finances 2025 ont commencé lundi soir à l’Assemblée nationale, le Medef, la CPME, l’U2P, la FNSEA et l’Udes montent, ensemble, au créneau. Les chefs d’entreprise redoutent notamment des conséquences graves sur l’emploi et la compétitivité.

Pour Patrick Martin, président du Medef, la réduction des exonérations de cotisations provoquerait des centaines de milliers de destructions d’emplois — Photo : Medef - Romuald Meigneux

C’est une union pour le moins inattendue. Mais elle a le mérite d’envoyer un message fort aux parlementaires en plein examen du prochain budget de la France. Les organisations patronales, le Medef, la Confédération des PME (CPME), l’U2P (entreprises de proximité), ainsi que la Fédération nationale des Syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et l’Udes (Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire), ont décidé de s’allier pour dénoncer le projet du gouvernement de rabotage "sans précédent du niveau des exonérations de cotisations patronales […] pour les rémunérations allant jusqu’à 3,5 SMIC".

Facture trop salée

Dans une déclaration commune, les cinq organisations professionnelles estiment que cette charge supplémentaire de plus de cinq milliards d’euros n’aurait pas vraiment sa place dans un contexte économique pour le moins délicat. Une facture d’autant plus salée, estiment-elles, qu’elle serait, en plus, alourdie avec "les autres transferts de charges, notamment via les complémentaires santé, les indemnités journalières ou à la réduction du soutien au régime des apprentis". Et ce, quels que soient la taille, le secteur d’activité ou le statut des entreprises. "Nous rappelons que les exonérations de cotisations sociales ne sont pas un "cadeau", elles contribuent à garantir un niveau de salaire minimum parmi les plus élevés de l’OCDE en pourcentage du salaire médian et d’un niveau de protection sociale élevé, financé pour une large part par le travail", ajoutent-elles.

Un chaos pour l’emploi et les bas salaires bloqués ?

Les conséquences d’une telle décision ne se feront pas attendre assurent les dirigeants : "Elle se traduirait par une hausse immédiate du coût du travail, qui rognerait mécaniquement les marges des entreprises". Concrètement, la réduction des exonérations de cotisations provoquerait des "destructions d’emplois par centaines de millier", a même prévenu, Patrick Martin, le président du Medef, ce mardi 22 octobre au micro de BFMTV. Rien que dans l’économie sociale et solidaire, il y aurait 186 000 postes menacés, a-t-il précisé. Les feuilles de paie, elles aussi, seraient touchées puisque "au rebours de l’objectif affiché de désmicardisation, beaucoup de chefs d’entreprise n’auraient d’autre choix que de bloquer les augmentations de salaires", ainsi que "l’ascenseur social", écrivent les signataires de cette déclaration commune. Ce sont en particulier les petites rémunérations qui en feraient les frais.

Un risque de délocalisations

L’inquiétude autour de la baisse de ces allègements de charges, au-delà de trois SMIC, pourrait tout autant fragiliser les entreprises affectant "la compétitivité et la pérennité […] dans un contexte de concurrence internationale accrue". Ce qui irait à l’encontre des ambitions nationales poursuivies ces dernières années en matière de réindustrialisation et de souveraineté économique. Pire encore, redoutent les cinq organisations, "dans certains secteurs, cela pourrait même conduire à un mouvement de délocalisations".

Des économies dans le secteur public

Le sombre tableau dépeint par les employeurs peut-il être évité ? "Il faut aller chercher d’autres économies, sanctuariser l’emploi", a prôné Patrick Martin sur BFMTV. La solution passera d’une manière générale par la capacité de "nos entreprises à rester économiquement performantes et à croître" disent les auteurs de la déclaration commune qui affirment que "nombreuses pistes d’économies existent notamment dans la sphère publique".

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