"Ayons collectivement le courage de réformer en profondeur notre système pour sauver le produire en Nouvelle-Aquitaine", c’est ainsi que la tribune des organisations patronales de la région a été titrée. Cosignée du Medef, de la CPME et de l’Union des entreprises de proximité Nouvelle-Aquitaine, elle a été adressée ce vendredi 14 mars aux décideurs publics. Sur deux pages, les patrons plaident vigoureusement pour un allégement du "millefeuille administratif", clé selon eux du retour à une compétitivité mondiale et à la création de richesses.
Ils plaident pour un moratoire sur les nouvelles réglementations ou taxes, notamment le Versement mobilité régional. Mis en place dans le budget 2025, il autorise les Régions à prélever une taxe jusqu’à 0,15 % des salaires d’une entreprise de plus de 11 salariés.
Le Versement mobilité ciblé
"L’évolution globale de la fiscalité locale hors CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, NDLR) payée par les entreprises de Nouvelle-Aquitaine a progressé de 17,9 % entre 2021 et 2023 pour atteindre un total en 2023 de 2,14 Md€. Le seul Versement Mobilité (VM) y contribue pour 539 millions d’euros. Cet alourdissement violent de la fiscalité, tourne ainsi le dos à 10 ans de redressement compétitif qui faisait pourtant ses preuves. Il aggravera la situation économique de notre pays et aura des conséquences directes sur l’emploi et le développement de nos territoires néoaquitains."
Les patrons affirment vouloir "protéger le fabriqué en France, car c’est celui-ci qui crée de la valeur, des emplois locaux et donc des recettes fiscales pour l’État".
"Simplifions vite et allégeons fort"
"Simplifions vite et allégeons fort", disent-ils. Ils réclament une mutualisation des fonctions, une
réduction du nombre d’agences et une diminution des strates politiques et administratives. "C’est l’administration de l’administration qu’il faut réduire, pas les postes de premières lignes (enseignants,
soignants, forces de l’ordre…). La France a besoin d’un État frugal parce que les entreprises ne peuvent pas être les éternels contributeurs majoritaires."
Les organisations patronales estiment que les "plus de 400 000 normes" imposées aux entreprises coûtent aux sociétés plus de 28 milliards d'euros de charges. "2,6 % du chiffre d’affaires des ETI est ainsi déjà strictement dédié à la norme et non au développement", calculent-elles.
"Les entreprises sont prises pour cible, alors qu'elles sont déjà les plus taxées de l'OCDE"
"Nos élus doivent surtout avoir le courage de réformer en profondeur notre système qui est aujourd’hui à l’agonie, et cela sans tabou", soutiennent les patrons qui attribuent la désindustrialisation à la surfiscalité, au coût du travail en France - notamment à l’écart entre salaires brut et net -, et au poids des retraites.
Le budget de l’État pointé du doigt
Les dirigeants d’entreprises se disent "très inquiets", citant le record de défaillances d’entreprises dans la région l’an dernier, "près de 6 000". "Le budget 2025 enfonce davantage nos entreprises dans la crise. Énième report de la suppression de la CVAE, création d’un versement mobilité régional, surtaxe de l’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises, baisse des allégements de cotisations sociales, transfert sur les entreprises d’une partie du coût des arrêts maladie, imposition à la TVA d’une partie des auto-entrepreneurs, réduction du soutien à l’apprentissage… Tandis que d’autres pays mettent en place des réformes claires pour renforcer leur compétitivité, nous entravons notre propre capacité à produire en France."
Avec 13 milliards de charges supplémentaires à payer, estiment les organisations patronales, "les entreprises sont prises pour cible, alors qu’elles sont déjà les plus taxées de l’OCDE".
Les présidents du Medef NA François Perrin, de la CPME NA Didier Massy et de l’U2P Benoît Belgy se disent "à disposition pour participer à tout groupe de travail sur le sujet".