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L’économie mayennaise montre des signes de ralentissement, constate le Medef
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L’économie mayennaise montre des signes de ralentissement, constate le Medef

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Le taux de chômage y est l’un des trois plus faibles de France. Jusqu’ici, les entreprises de la Mayenne étaient globalement parvenues à mieux résister à la crise du logement et de la construction, à la restructuration du secteur automobile, à la hausse des coûts de l’énergie, à l’inflation, etc. Mais au cours de l’année 2024, les difficultés sont apparues plus fortement, observe le Medef Mayenne.

Antonio Marques da Costa, vice-président, Frédéric Devineau, délégué général, et Bruno Lucas, président du Medef Mayenne — Photo : Frédéric Gérard

Pas de messages alarmistes, mais une vigilance accrue. Pour le président du Medef Mayenne, Bruno Lucas, l’année 2025 s’ouvre sur un constat : moins impactée qu’ailleurs, la Mayenne commence à sentir les effets du contexte économique.

Recul des contrats en intérim

Deux points le signalent. La main-d’œuvre intérimaire, d’abord. "En Mayenne, on conserve un taux de chômage bas (5,2 % en hausse, NDLR). On peut se féliciter que les entreprises de notre département, dont beaucoup de PME familiales ou implantées depuis longtemps, essaient en priorité de ne pas casser de l’emploi malgré la conjoncture, commente Bruno Lucas. Nous observons néanmoins que la baisse du travail en intérim, habituelle à cette période de janvier à mars, est amplifiée cette année. Dans l’industrie, ce sont 37 % d’emplois intérimaires en moins par rapport à la même période en 2023."

Du chômage partiel prévu

Autre tendance significative, la hausse des demandes de chômage partiel. "Heureusement, ces demandes se font encore à titre conservatoire, souligne Bruno Lucas. Mais cela signifie quand même que chacune de ces entreprises anticipe une baisse d’activité dans l’année qui vient."Si les demandes d’APLD (dispositif d’activité partielle de longue durée) diminuent, du fait de l’extinction du dispositif, "le nombre de demandes d’activité partielle de droit commun a augmenté très significativement au cours de l’année 2024", confirme la DDETSPP 53, la direction de l’emploi et du travail. Et ces demandes "sont présentées majoritairement par des entreprises industrielles." La métallurgie et les sous-traitants du secteur automobile sont en effet plus particulièrement touchés.

Les liquidations en hausse

Signe des difficultés en entreprise, "on a enregistré 7 % de moins de créations d’entreprises en Mayenne, tandis que le nombre de liquidation a progressé de 12 % en 2024", souligne Bruno Lucas.

Selon le Tribunal de commerce de Laval, le nombre de procédures collectives ouvertes n’a augmenté "que" de 5 % l’an dernier, mais la part des cessations actées s’est accrue plus fortement : 113 entreprises ont baissé le rideau en 2024. "Jusqu’ici, on voyait beaucoup de commerces et de petites entreprises (en plus des agences immobilières et artisans, déjà touchés par la crise du bâtiment, NDLR). Désormais, davantage de PME, et parfois de belles PME, sont concernées. Et ce n’est peut-être pas fini…" craint le représentant patronal.

Des trésoreries à sec

Un autre critère fait penser au Medef que d’autres entreprises "commencent à taper dans le dur". Comme l’avait déjà signalé Bruno Lucas en septembre, certaines entreprises n’ont plus de trésorerie. "On commence à voir des difficultés de remboursement de PGE. Si les prêts garantis par l’État ont aidé à passer la période du Covid, des entreprises qui doivent encore les rembourser ont des difficultés à le faire", indique-t-il.

Le besoin d’y voir plus clair

Il y a aussi les incertitudes liées aux droits de douane qu’appliquera le nouveau gouvernement aux États-Unis, et au contexte international. En France, c’est la hausse des charges aux entreprises envisagée par le gouvernement Bayrou qui crispe les chefs d’entreprise. "C’est une pierre de plus dans la besace qui nous ralentit pour avancer", déplore le président du Medef Mayenne.

Au-delà de la compréhension de l’État sur ce point, le représentant du mouvement des entrepreneurs de France espère que le "brouillard" politique va se dissiper. "L’immobilisme politique en France gèle les projets des entreprises mais rend aussi les particuliers prudents, ils consomment donc moins. Et pendant ce temps, nous sommes le seul pays en Europe qui n’apporte pas de réponse à ces incertitudes", remarque Bruno Lucas.

Des signes positifs

Pour autant, le Medef veut rester optimiste. "Si l’on en croit la Banque de France, et avec la baisse des taux immobiliers, il semble qu’on soit arrivé à un niveau plancher de demandes de permis de construire. Et à un niveau plancher aussi sur la baisse d’activité du secteur automobile", poursuit Bruno Lucas.

Entre accompagnement, suivi de la conjoncture, procédures spéciales notamment lors de la flambée des coûts énergétiques, etc., le Medef Mayenne n’a pas chômé ces deux dernières années. "La hausse d’activité est aussi liée à des demandes sur de nouveaux sujets, ajoute le vice-président du Medef, Antonio Marques da Costa. Que ce soit sur l’environnement, la RSE, l’intégration de l’intelligence artificielle, la cybersécurité." Preuve que la majorité des entreprises regardent toujours vers l’avenir.

Un délégué général recruté

L’embauche de Frédéric Devineau en qualité de délégué général du Medef doit permettre d’assumer ce surcroît d’activité. Jusqu’ici en double poste, sa prédécesseur Solveig de Pillot demeure la déléguée générale de l’UIMM Mayenne. L’organisation de l’industrie et de la métallurgie souhaite se concentrer sur sa hausse d’activité auprès de ses propres adhérents. L’UIMM salarie les six personnes de son équipe, mises à disposition dans le cadre d’une convention avec le Medef.

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