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Antonio Marques da Costa, itinéraire d'un self made man, du Portugal au Medef Mayenne
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Antonio Marques da Costa, itinéraire d'un self made man, du Portugal au Medef Mayenne

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La pauvreté lui a appris à s’adapter, sa soif d’apprendre l'a fait avancer, de ses années dans l’Armée il a conservé des clés du management. Portugais de naissance, Antonio Marques da Costa est arrivé en France en 1995 sans en maîtriser la langue. Devenu patron de PME, le cinquantenaire a été élu en juin 2025 à la présidence du Medef de la Mayenne.

Antonio Marques da Costa est président du Medef Mayenne depuis juin 2025 — Photo : Frédéric Gérard

Rien ne prédestinait Antonio Marques da Costa à devenir chef d’entreprise en France. Né en 1974 au Portugal, il atterrit en Mayenne à l’âge de 20 ans. Par amour. Il suit alors sa copine de vacances qui deviendra son épouse : Carla, franco-portugaise, lui traduit les codes administratifs et les conversations. "C’était une chance au début, parce qu’elle avait toujours vécu en France. Mais à un moment, j’en ai eu marre. Alors j’ai acheté des livres pour enfants pour commencer à lire et apprendre le vocabulaire en autodidacte", raconte le dirigeant de MP3 PLV.

De salarié à dirigeant en vingt ans

La PME de 30 salariés est située à Martigné-sur-Mayenne. C’est dans cette imprimerie de supports de communication que le nouvel arrivant s’est fait embaucher en 1995. Il poursuit des études en parallèle, passe au bureau d'études et devient directeur commercial. "J’ai toujours fonctionné comme ça, en me fixant un but et en y allant par étapes." Vingt ans plus tard, il fait le pari de racheter la société, à la barre du tribunal de commerce.

De dirigeant à président du Medef en dix ans

La même année 2015, le nouveau chef d’entreprise adhère au Medef Mayenne. Un moyen d’intégrer les réseaux locaux et de mieux appréhender son environnement économique. Depuis juin 2025, il en est le président. "Je n’ai pas vraiment le parcours typique", commente Antonio Marques da Costa.

Succéder à Bruno Lucas, Samuel Tual…

Avant lui, se sont succédés à la tête du syndicat patronal mayennais des dirigeants qui, tous, ont marqué l’économie locale. C’est par exemple le cas de Bruno Lucas (2001-2007 puis 2022-2023), patron du groupe de BTP qui porte son nom, de Laurent Lairy (2007-2013), fondateur de l’entreprise Protecthoms et actuel président du Stade Lavallois Mayenne FC, ou encore de Samuel Tual (2014-2019), président d’Actual Group et vice-président du Medef national.

Sans argent, savoir être malin

Autant dire que le CV de l'actuel patron des patrons mayennais détonne. "Toute ma famille travaille dans le milieu de la pêche, au Portugal. Je viens d’une famille aimante, mais pauvre. Nous avons donc appris à nous débrouiller, y compris pour pouvoir prendre les transports et aller à l’école. À 14 ans et demi, j’ai commencé à travailler en faisant du service, auprès de personnes âgées, en lavant des voitures et des camions, etc. pour payer mes études", raconte l'enfant de Delaes.

L’apprentissage militaire

Le jeune Antonio, qui apprend bien à l’école, "notamment en maths", saute quelques classes. "Au Portugal, il fallait payer le lycée. Cela nous a permis de faire des économies…" En 1990, il intègre la Faculté d’ingénierie de l’université de Porto (Feup). Diplômé en génie civil en 1992, il rejoint une société de BTP. Avant de s’engager au 13e RI de Vila Real, de 1992 à 1994.

"L’Armée est une super école pour apprendre les valeurs de dépassement de soi, de rigueur, de travail"

"L’Armée est une super école pour apprendre les valeurs de dépassement de soi, de rigueur, de travail", en retient Antonio Marques da Costa. Il en a aussi conservé des notions de management. "Les généraux sont rarement sur le terrain mais ils donnent une vision claire pour avancer. Un commandant ne dit pas à ses hommes comment faire, il leur donne des objectifs. Ensuite il peut les aider à les atteindre dans les meilleures conditions, en fonction du contexte environnant."

Une soif d'apprendre

Cette vision est couplée à une conviction, née de son vécu : "Le travail, ça paie. Et tout le monde peut réussir, s’il est mis dans les bonnes conditions et qu’il a envie."

"Tout le monde peut réussir, s'il est mis dans les bonnes conditions et qu'il a envie"

Lui est doté d’une soif d'apprendre, depuis sa jeunesse, jusqu’aux études et à son arrivée en France. "Même au Medef, insiste-t-il. Je suis toutes les formations qui sont proposées en tant que membre du bureau."

Antonio Marques da Costa, ici dans les locaux de MP3 PLV. C’est dans cette PME mayennaise qu’il a commencé à travailler en arrivant en France, avant de la racheter en 2015 — Photo : Frédéric Gérard

Pour ses nouvelles responsabilités au Medef Mayenne, il veut encore progresser. "Je parle avec un accent, le français n’est pas ma langue naturelle, et pourtant, je suis amené à m’exprimer plus souvent en public." Afin de gagner en aisance à l'oral, le dirigeant confie qu’il vient de commencer des cours de théâtre d’improvisation.

La réalité du terrain

Antonio Marques da Costa sait aussi que rien n’est acquis. La conjoncture est moins bonne. Le chiffre d’affaires de MP3 PLV a reculé de 6,3 à 4,5 millions d’euros entre 2023 et 2024. Il constate que depuis le Covid, "les gens sont devenus un peu plus individualistes et se préoccupent moins des autres dans l’entreprise". Onze salariés, dont certains formés à des postes de responsabilité, ont dû être remplacés.

Prendre du recul

Cette période plus délicate a conforté le chef d’entreprise dans un vieux souhait. "Depuis mes 14 ans, j’ai toujours travaillé. Quand j’étais enfant pour payer l’école, quand j’ai démarré dans la vie professionnelle pour reprendre mes études. Les boîtes de nuit, ce n’était pas pour moi". Antonio Marques da Costa s’est donc fixé un nouvel objectif : "L’idée est qu’en 2030, j’arrête la gestion opérationnelle de l’entreprise pour pouvoir profiter un peu plus de la vie." Et là encore, il avance par étapes. Il a recruté trois directeurs pour piloter la gestion, le développement et la production. "L’entreprise est désormais staffée pour maintenir sa qualité de services sans moi."

Mayenne # Imprimerie # PME # Stratégie # Syndicats patronaux