Les défis d’un secteur changent parfois très vite. Il y a quelques années, les data centers étaient surtout pointés du doigt pour leurs émissions carbone, qui explosent avec le recours à l’IA. Mais depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, il est maintenant bien plus question de souveraineté. Fondée en 2021, la deeptech nantaise Denv-r (8 salariés) ambitionne de fournir un début de solution à ce double défi.
"On peut proposer un prix de 20 % moins cher que des acteurs comme OVH"
Elle a mis au point de petits data centers flottants, dont le premier modèle a été installé sur la Loire, à Nantes, fin 2024. Ce dernier utilise ainsi l’eau du fleuve pour refroidir les serveurs, au lieu de coûteux appareils de climatisation. Après avoir débuté la commercialisation il y a quelques mois, Denv-r cherche à lever des fonds, entre 3 et 5 millions d’euros, pour fabriquer un second modèle et accélérer sur la partie commerciale. "On a plusieurs villes comme Paris, Brest, Angers ou encore Hambourg, qui sont intéressées. Nous avons donc besoin d’investir pour faire fabriquer ces futurs data centers", souligne Vincent Le Breton, cofondateur et dirigeant de Denv-r.
Une maîtrise de toute la chaîne de valeur
Pour convaincre les clients d’héberger leurs données chez eux, Denv-r revendique maîtriser toute la chaîne de valeur. Outre la propriété de ses data centers, la start-up y incorpore sa propre plateforme, qui est une couche de plusieurs logiciels en open source. "Cette plateforme nous permet d’éviter de payer des licences de logiciels propriétaires. De plus, utiliser l’eau des fleuves au lieu de climatisations se traduit par des gains d’énergie, ce qui représente aussi des coûts en moins. Avec cet ensemble, on peut proposer un prix de 20 % moins cher que des acteurs comme OVH", justifie Vincent Le Breton.
Une trentaine de clients très divers
Denv-r compte déjà une trentaine de clients à bord, dont le transporteur vosgien Mauffrey (CA : 500 M€ ; 4 500 salariés). La start-up héberge aussi un projet de Météo France, des données de la Ville de Nantes, du grand port maritime Nantes-Saint Nazaire, et de plusieurs start-up (Akrocean, Treebal, Vectura System…). Il s’agit à chaque fois d’une partie des données de ces clients. "Je ne leur propose pas de tout importer d’un coup. Les grosses enseignes viennent tester en mettant un petit bout de leurs données chez nous. Si ça fonctionne, ils en mettent ensuite un autre petit bout, et ainsi de suite. Par rapport à de gros acteurs, nous n’existons pas encore, et les choses se feront petit à petit. Il faut aller chercher les clients en montrant que nos infrastructures sont solides", détaille Vincent Le Breton.
Un secteur difficile à renverser
De meilleurs prix, plus de souveraineté… Néanmoins, Denv-r ne s’attend ni à une migration massive, ni à héberger bientôt les données d’une grosse entreprise du CAC 40. "Le cloud américain offre une certaine simplicité et efficacité. Il nécessite moins de paramétrages. Toutes les équipes des ESN comme Capgemini ou Sopra Steria sont biberonnés à ça, et déploient ces solutions chez leurs clients", appuie Vincent Le Breton. Pour autant, cette hégémonie américaine n’empêche pas Denv-r de se poser en alternative. Et de poursuivre sa route, que ce soit pour des raisons environnementales ou de souveraineté.