Prudent. Dans un contexte incertain, Grolleau se veut prudent lorsqu’il s’agit d’évoquer ses perspectives. Son carnet de commandes s’élève à 19,6 millions d’euros. C’est 1,5 million de moins qu’en mars 2025. Basé à Montilliers, dans le Maine-et-Loire, le fabricant historique des armoires métalliques hébergeant les installations électriques en zone urbaine a orienté ses activités vers trois grands marchés : les télécoms et data centers (41 % de l’activité en 2025), en forte progression, l’énergie et l’industrie (un tiers), stable, et la smart city (27 %), en retrait.
Les équipements urbains encore à la baisse
Pour cette production — qui comprend les armoires électriques, armoires d’éclairage public, armoires de signalisation tricolore — "l’impact des élections municipales a été moins puissant finalement que ce que l’on pouvait penser", rapporte Étienne Dugas, le directeur général. "On envisage même un retour à une activité normale à partir de septembre. Mais l’exercice 2026 sera globalement en retrait par rapport à 2025", ajoute-t-il. Le groupe angevin a aussi acté l’arrêt des commandes de bornes de recharge, de gros contrats.
Vers une hausse non maîtrisée des coûts
Les perspectives les plus incertaines dépendent du contexte géopolitique actuel. "On ne sent pas encore l’impact comme dès le début de la guerre en Ukraine, constate Étienne Dugas, néanmoins, on sent que cela commence à se tendre." La chaîne logistique est perturbée. Des retards de livraison de composants se répètent.
"La guerre en Iran aura un impact sur le prix de l’alu, puis sur celui de l’acier, des composants électriques… À la fin, la question sera de savoir comment nous pourrons répercuter ces hausses de coûts sur nos produits"
La situation devrait davantage peser sur les cours des matières premières nécessaires à la fabrication par Grolleau des containers électriques, structures de data center, shelters pour fibre optique et autres armoires de recharge. "Au niveau mondial, 9 % de l’aluminium est produit dans les pays du Golfe. Donc la guerre en Iran aura un impact sur le prix de l’alu, puis sur celui de l’acier, des composants électriques… et à la fin, la question sera de savoir comment nous pourrons répercuter ces hausses de coûts sur nos produits et chez nos clients", anticipe le dirigeant.
Le groupe Grolleau essaie de contenir ces coûts supplémentaires avec des offres à la hausse ; mais les coûts de production ont encore le temps d’évoluer entretemps.
L’activité liée à l’industrie, à l’énergie et aux data centers à la hausse
Les signaux positifs viennent des clients de l’industrie. Étienne Dugas prend en exemple les portes de cabines réalisées depuis 30 ans pour les paquebots des Chantiers de l’Atlantique : "Tout le monde le sait, leurs carnets de commandes sont pleins pour plusieurs années." Ce qui offre de la visibilité à Grolleau.
Un contrat majeur avec un acteur français de l’énergie a par ailleurs été prolongé de deux ans, jusqu’en avril 2029 ; ce contrat avait été obtenu en partenariat avec Chapsol (Dordogne) du groupe Carsey. Et la phase d’études menée pour le compte de NW Group pourrait déboucher sur "des volumes significatifs en 2027 et 2028". Première Licorne de la transition énergétique, NW veut "doubler le nombre de ses sites, aujourd’hui de 400 en France avec une capacité d’un MW", précise Étienne Dugas. Ses installations permettent à NW de stocker l’électricité achetée moins chère aux heures creuses pour la revendre aux heures où la demande est plus forte.
Le marché des télécoms et des data centers confirme par ailleurs ses promesses. La recherche accrue de souveraineté dans la gestion des données des entreprises laisse entrevoir un marché en croissance. "La commande que nous fait un gros acteur comme Nestlé pour équiper un deuxième data center le montre", souligne le directeur.
Rentabilité en hausse, résultat net en baisse
Employant 355 salariés en France et à l’étranger, le groupe Grolleau a enregistré un chiffre d’affaires consolidé de 46,6 millions d’euros, en 2025. Soit une hausse de près de 17 %. Grâce à une amélioration des charges externes et des charges opérationnelles, l’EBE progresse à 2,4 millions d’euros (deux fois sa valeur un an plus tôt), met en avant le Daf, Damien Paraydeau.
Si la rentabilité s’améliore, en revanche, le résultat net est négatif et s’enfonce à -3,2 millions d’euros (-2 M€ en 2024). Les causes sont cependant passagères au sein du groupe : 1 million d’euros est lié à la fermeture de l’usine mexicaine, actée en 2024, et 0,8 million aux indemnités de licenciement au Mexique et via la maison-mère, OMP Mechtron.
Le poids d’OMP sur les résultats
Les résultats ne prennent pas encore totalement en compte l’acquisition d’OMP Mechtron. En septembre 2025, le groupe Grolleau est devenu actionnaire majoritaire, avec une prise de participation passée de 49,9 % à 75 %, de sa filiale italienne.
OMP opère dans les mêmes métiers que Grolleau, mais davantage auprès de gros clients internationaux, tel Nokia. Après une période de chômage partiel au premier semestre 2025, le site de Milan a retrouvé "un très beau niveau d’affaires au second semestre". "La trésorerie est redevenue positive à plus de 700 000 euros", indique Étienne Dugas. Le directeur évoque aussi un bon niveau d’activité en lien avec l’usine chinoise d’OMP, à Shanghai.