L'entreprise Normande qui avait fait sa renommée grâce à un savoir-faire unique dans la fabrication de figurines en résine à l'effigie des monstres sacrés de la BD francophone, a baissé le rideau le 31 décembre dernier sur décision du Tribunal de commerce de Rouen. Le 23 décembre dernier, à l'heure du délibéré, Laurent Buob, le dirigeant de Leblon-Delienne se disait « consterné par cette décision incompréhensible ». Après l'ouverture le 3 octobre dernier d'une procédure de liquidation judiciaire avec poursuite d'activité, l'avenir de l'entreprise restait très incertain. D'autant que cette procédure n'était pas la première dans l'histoire de cette entreprise cédée en 2007 par ses fondateurs.
Artoyz n'a pas séduit les juges consulaires
Les juges consulaires auront donc considéré que les conditions d'une reprise satisfaisante n'étaient pas réunies. Pour Laurent Buob, pourtant, une solution existait : « On travaillait depuis dix-huit mois avec Artoyz, un groupe 100 % Français avec lequel nous coéditions une gamme de produit en très forte croissance qui représentait cette année près de 15 % de notre chiffre d'affaires ». Insuffisant, semble-t-il, même si le dirigeant souligne « la synergie exceptionnelle entre les deux sociétés ». Des sociétés qui envisageaient depuis longtemps déjà un rapprochement, insiste-t-il. « C'était le partenaire idéal ! », résume Laurent Buob.
« Un savoir-faire unique »
« Au final, c'est une décision incompréhensible sur le plan économique », regrette le dirigeant qui pointe les nombreux atouts de la PME Normande : « Nous avons un savoir-faire unique en France qui a été récompensé en 2010 par le label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) ; et nous sommes surtout le dernier atelier de fabrication de ce type en Europe ». Sans compter les quatorze CDI que compte l'entreprise, « ainsi que les dix CDD et les emplois induits », soit au bas mot vingt-cinq personnes en équivalent temps plein dans la région, souligne le dirigeant. « Et en plus nous exportons 50 % de nos produits ! »
Des répliques originales de statues de Jeff Koons
Les difficultés, anciennes, l'entreprise n'aura donc pas su les surmonter. Malgré des tentatives de diversification décidées par le repreneur de cette PME emblématique du paysage économique régional. SIgne de cette vitalité retrouvée, en juin 2013, Leblon-Delienne avait exposé ses produits dans le cadre du prestigieux magasin Harrod's à Londres. Sa gamme de mobilier B.A-Ba avait même trôné sur la terrasse panoramique de l'hôtel Marina Sands à Singapour. Et depuis décembre 2012, par exemple, Leblon-Delienne fabriquait pour le compte d'une grande maison de champagne (groupe LVMH) quelque 650 répliques de statues originales de l'artiste contemporain Jeff Koons. « T nous travaillons également avec de grands parfumeurs tels que Paco Rabanne ».
« Nous sommes abasourdis »
Au bout du compte, la PME n'aura pas su s'extirper d'une situation devenue irréversible. « Nos difficultés ? Ce sont celles d'un marché de niche qu'il a été très difficile de maintenir en temps de crise », décrypte le dirigeant. Sans compter l'impact d'une procédure en cours depuis maintenant sept ans qui oppose Laurent Buob aux cédants ; « une procédure qui nous plombe », lâche-t-il. « Cela fait beaucoup pour une PME telle que la nôtre ». L'aventure Leblon-Delienne semble donc bel et bien terminée, même si Laurent Buob disait vouloir « aller au bout » de tout ce qu'il était encore possible de faire pour donner un avenir à l'entreprise, sans beaucoup d'espoir, malgré tout. « Pour l'instant nous sommes abasourdis. On croyait à la cession à Artoyz, c'était tellement naturel sur le plan économique. Au final, c'est un véritable coup de massue pour les salariés ».
Guillaume Ducable
design La PME de Neufchâtel-en-Bray, tenante d'un savoir-faire unique dans l'univers de la BD et du design, a été liquidée au 31 décembre 2014.
Le dossier de reprise du groupe Artoyz n'a pas convaincu le Tribunal de commerce de Rouen.