Le château de Versailles, la cathédrale de Chartres, la basilique Saint-Denis, la Bibliothèque nationale de France (BNF), Notre-Dame de Paris, les Invalides ou encore le 36 quai des Orfèvres au cœur de la capitale… Autant de lieux emblématiques qui font appel à l’expertise rare des Ateliers Aubert-Labansat, une entreprise normande d’exception labellisée "Entreprise du Patrimoine Vivant" qui restaure avec précision les éléments boisés des plus grands monuments français depuis 130 ans, perpétuant un métier d’art entre tradition et innovation.
Une série de transmissions familiales
Implantée aujourd’hui à Coutances (Manche) depuis 2006, cette entreprise de menuiserie a bien évolué depuis sa création par Léon Lebrun en 1880 à Périers dans le même département. Pendant des années consacrée à des travaux de menuiserie traditionnelle, elle a démarré en 1958 une activité "restauration du patrimoine".
L’entreprise va évoluer à travers les générations à l’issue d’une série de transmissions familiales, notamment grâce à Jules Aubert, gendre du fondateur, puis son fils Louis, qui s’associe à Charles Labansat dans les années 1960. La famille Labansat est spécialisée également dans la charpente et la menuiserie mais sur des ouvrages plus contemporains. Ensemble, ils fondent les Ateliers Aubert-Labansat en 1972 : cette association permet à l’entreprise de se concentrer sur la restauration des Monuments historiques.
"La gouvernance participative renforce l’engagement des équipes dans un métier exigeant, au cœur de la préservation de l’histoire"
Une croissance qui se veut raisonnée
Entreprise à l’origine familiale, la PME est, depuis 2016, entièrement détenue par ses salariés, une reprise progressive engagée dès 2009. "Cette gouvernance participative renforce l’engagement des équipes dans un métier exigeant, au cœur de la préservation de l’histoire", commente Julien Montier, directeur général.
Avec un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros, l’entreprise, qui emploie 60 salariés, ne cherche pas la croissance à tout prix. "Nous n’avons pas d’objectif chiffré. Ce qui compte, c’est de bien faire notre travail. Si la demande augmente, on s’adapte. Mais on ne court pas après les marchés", affirme-t-il. Cette philosophie se traduit aussi dans les ressources humaines : peu de turnover, un attachement fort à l’entreprise, malgré la mobilité croissante des jeunes générations.
Un travail artisanal mais un outil de production modernisé
Si l’entreprise travaille de façon artisanale "comme jadis", cela ne l’empêche pas de se moderniser. En 2023, l’entreprise a investi plus de 2 millions d’euros pour agrandir son site coutançais, avec 1 400 m² d'ateliers supplémentaires, 600 m² de stockage, un atelier peinture vitrerie et un espace dédié à la restauration d’éléments contenant du plomb. Aujourd’hui, les presque 4 000 m² d'ateliers accueillent donc 60 salariés, dont huit apprentis et trois compagnons en formation, encadrés par un bureau d’études interne.
La transmission des savoir-faire y est centrale. "C’est de la menuiserie traditionnelle, en bois massif, comme on la faisait autrefois, mais avec un outillage moderne. On ne travaille pas de façon industrialisée, chaque pièce est unique", explique Julien Montier.
Des chantiers prestigieux dans toute la France
Des fenêtres de Versailles aux boiseries de Hauteville House la dernière demeure de Victor Hugo sur l’île de Guernesey, des plafonds de la salle Labrouste de la BNF aux portes à flots de Carentan, les réalisations des Ateliers Aubert-Labansat bénéficient donc aux plus gros monuments historiques français.
Des interventions à Versailles en continu depuis 20 ans
À Versailles, où l’entreprise intervient en continu depuis vingt ans, les équipes ont récemment fabriqué 245 fenêtres à l’identique pour la Grande Écurie. À Notre-Dame de Paris, elles ont restauré des lambris sculptés et des escaliers.
Tout est fait maison : du relevé de mesures à la pose
Chez Aubert-Labansat, tout ce qui est posé est d’abord fabriqué sur place et l’ensemble du processus est maîtrisé en interne depuis les relevés de mesures sur site, jusqu’à la pose par les équipes. "On travaille aussi bien sur des fenêtres que des parquets, des lambris, des escaliers, des treillages ou encore des décors de jardin. Et lorsqu’il n’existe plus de modèle, on mène une recherche documentaire poussée, avec les architectes", détaille le directeur.
L’entreprise intervient via des marchés publics ou privés, souvent obtenus sur appels d’offres. Elle fait face à une concurrence composée à la fois de grands groupes, parfois multisites, et de petites structures régionales."Nous sommes une entreprise de taille intermédiaire au vu de notre marché, ce qui nous permet d’être à la fois structurés et agiles, capables de répondre à des projets très spécifiques", souligne Julien Montier.
Les menuisiers et charpentiers alternent entre l’atelier et le terrain. Sur place, les équipes collaborent étroitement avec les autres corps de métier : tailleurs de pierre, ferronniers, peintres, maçons… Il y a toujours des interfaces. Par exemple, si une baie est recréée, les tailleurs de pierre doivent intervenir pour garantir les bonnes dimensions. La ferronnerie est souvent intégrée dans notre lot.
Mettre l’accent sur l’écoresponsabilité
Une démarche écoresponsable ancrée dans le local est aussi un des fondements de l’entreprise. Les Ateliers privilégient le chêne français à 90 %, issu des forêts de Normandie, Mayenne ou Bretagne. Les bois exotiques sont utilisés avec parcimonie, pour leurs qualités spécifiques. "Le chêne est un bois noble, facile à travailler, historiquement utilisé dans les monuments historiques", poursuit le directeur. Et rien ne se perd car les chutes de bois alimentent une chaudière à copeaux, via une cuve de 180 m³, qui couvre la totalité des besoins de chauffage du site.