En ce 29 novembre 2024, sous les yeux du Président de la République Emmanuel Macron et des centaines d'ouvriers qui ont participé au chantier, Notre-Dame de Paris a retrouvé sa superbe. La réouverture au grand public sera samedi 7 décembre, plus de cinq ans après l’incendie qui avait en partie détruit la cathédrale en avril 2019. Depuis 900 ans, l’édifice trône au cœur de la capitale et sa reconstruction lui laisse augurer de dominer majestueusement l’île de la Cité pendant encore des siècles. Parmi les centaines de compagnons qui ont apporté leur contribution à la rénovation de Notre-Dame de Paris, ceux des Ateliers Perrault en ont reconstruit la charpente, à l’identique. L’entreprise a réalisé les charpentes du chœur et de la nef.
Les mêmes outils qu’il y a 800 ans
Longue de 70 mètres, la structure représente un marché d’un montant d’environ 9,8 millions d’euros. Pour Jean-Baptiste Bonhoure, directeur général des Ateliers Perrault, le chantier de Notre-Dame a été "fédérateur et très emblématique."
Pour l’occasion, les Ateliers Perrault se sont associés aux Ateliers Desmonts, une PME de l’Eure spécialisée dans la charpente et qui utilise des techniques anciennes. Quinze compagnons se sont formés pour tailler les éléments de charpente à la hache pendant six mois, comme autrefois, avec des outils fabriqués pour l’occasion. Plus de 70 salariés de l’entreprise ont œuvré à la reconstruction de la cathédrale, emboîtant le pas de ceux qui ont érigé la charpente il y a 800 ans.
Pour réaliser la charpente de Notre-Dame, les Ateliers Perrault se sont appuyés sur un héritage de 260 années de transmission du savoir-faire dans l’entreprise angevine.
Travail du bois depuis 1760
En 1760, à Saint-Laurent-de-la-Plaine, aux portes des Mauges, dans le Maine-et-Loire, se fixe la famille Perrault, pour y travailler le bois. "Ils pratiquaient la charpente et le charronnage, précise Jean-Baptiste Bonhoure, et travaillant le bois et le métal, ce que l’entreprise fait encore aujourd’hui. Nous œuvrons en effet dans trois domaines, la charpente, la fabrication de fenêtres et la menuiserie-ébénisterie, avec les planchers, les maisons à pan de bois ou les escaliers."
Tournant en 1973
Huit générations de Perrault se succéderont dans l’entreprise familiale jusqu’à ce qu’elle entre, en 2019, dans le groupe Ateliers de France, qui regroupe une soixantaine d’entreprises dans l’hexagone et à l’étranger, toutes garantes d’un savoir-faire artisanal. "Après la Seconde Guerre mondiale, raconte Jean Baptiste Bonhoure, Perrault a contribué localement à la reconstruction." L’entreprise se développe alors et renforce ses savoir-faire, tant en charpente qu’en menuiserie.
Le 27 décembre 1973, l’église Saint-Aubin des Ponts-de-Cé, près d’Angers, est ravagée par un incendie. La société Perrault reconstruit alors la charpente et le clocher à l’identique. C’est son premier chantier pour les monuments historiques. Il en amènera pléthore d’autres, jusqu’à ce que 50 ans plus tard, les Ateliers Perrault reconstruisent la charpente du plus prestigieux édifice religieux de France.
De nouveaux défis
Après l’église des Ponts-de-Cé, l‘entreprise Perrault étend son champ d’action, avec des restaurations à Nantes, à Angers et dans les Pays de la Loire, riches d’églises, de demeures et de châteaux. "Puis sont venus des chantiers prestigieux, complète Jean-Baptiste Bonhoure, comme le Louvre, des ambassades de France à l’international, des contrats dans les DOM-TOM, des biens de l’État, des congrégations religieuses… Les chantiers ont emmené les équipes et l’entreprise vers de nouveaux défis, de ceux qui font grandir." Ce qui a créé aussi un attachement indéfectible à l’entreprise, où certains collaborateurs ont suivi les pas de leurs parents et grands-parents, et où est toujours très active une association de retraités, fiers d’avoir participé à cette aventure entrepreneuriale hors normes.
Transmission
Versailles, Vaux-Le Vicomte, le domaine de Chantilly, mais aussi des appartements privés de prestige à Paris, Moscou, New York, au Moyen-Orient, la restauration du Phare du Bout du Monde, en Argentine, sont autant de chantiers qui ont contribué à la renommée des Ateliers Perrrault. Et bien d’autres, moins exposés, comme des églises, des châteaux et demeures, qui ont mobilisé et enrichi à chaque fois le savoir-faire de l’entreprise. "Lorsque l’on installe une fenêtre, témoigne Jean-Baptiste Bonhoure, on a l’impression qu’elle a toujours été là. Il y a dans l’entreprise un truc en plus, une âme, une technicité et un tas de petites choses qui ne sont pas quantifiables, qui ne peuvent exister que par la transmission. Ici, tous les collaborateurs sont passionnés et chacun a envie de transmettre, de rendre ce qu’il a reçu, de faire grandir."
Avec aujourd’hui 210 collaborateurs contre 140 il y a 5 ans, l’entreprise intègre chaque année une quinzaine d’apprentis. "Nous avons énormément de demandes et nous choisissons les meilleurs, ajoute le dirigeant, que nous recrutons pour leur savoir-être. Le savoir-faire sera acquis ensuite. Ils vont apprendre leur métier en centre de formation et nous leur apporterons aussi beaucoup de choses en complément." Il y a deux ans, l’entreprise a créé l’Académie Perrault, qui permet d’apporter à tous les collaborateurs de nouveaux savoir-faire : les sessions, sur des thèmes très divers comme l’utilisation d’une toupie pour réaliser des lucarnes ou la datation des arbres, y sont animées par des salariés ou des intervenants extérieurs.
30 millions d’euros de chiffre d’affaires
La reconstruction de la charpente de Notre-Dame a renforcé la notoriété des Ateliers Perrault. "Cela a apporté un élan de dingue et une ambiance incroyable dans l’entreprise, confie Jean-Baptiste Bonhoure, avec beaucoup de fierté chez les collaborateurs et un engouement du public. Nous avons reçu 6 000 personnes lors de nos journées portes ouvertes."
Pour autant, l’entreprise, qui atteint 30 millions d’euros de chiffre d’affaires contre 15 millions d’euros en 2019, n’en a pas moins poursuivi des chantiers de prestige : deux portes charretières du Grand Palais de 11 mètres de haut, les écuries du château de Versailles, Les Invalides… Et de nombreuses autres interventions en France et à l’étranger. " 30 % de nos marchés sont dans le Grand Ouest, précise le dirigeant, 40 à 50 % à Paris et le reste ailleurs en province et à l’étranger. Nous avons un showroom à New York et avons récemment réalisé des chantiers à Boston et à Palm Beach, en Floride."
"Le Louis Vuitton de la fenêtre"
Après la réouverture de Notre-Dame, la flamme qui anime les Ateliers Perrault ne va pas s’éteindre. Au contraire, ce chantier l’a attisée et a renforcé l’âme de l’entreprise. "Ce qui fait notre force, ajoute Jean-Baptiste Bonhoure, c’est que nous faisons de l’ancien mais nous passons notre vie à innover. Nous réalisons par exemple des menuiseries traditionnelles avec de très hauts niveaux de sécurité. L’objectif est que, lorsque l’on pense charpente ou menuiserie de luxe, on pense Ateliers Perrault. Nous voulons devenir le Louis Vuitton de la fenêtre, en innovant dans nos savoir-faire et ainsi faire en sorte que les gens puissent se payer du beau, sans jamais transiger sur la qualité."
Le développement des Ateliers Perrault passera dans les prochaines années par des investissements, et peut-être un agrandissement de ses ateliers. Elle tient aussi plus que tout à continuer de transmettre son savoir-faire ancestral. Avec des jeunes devant l’entrée de ses locaux, désireux de pousser la porte pour graver à leur tour leur nom dans l’histoire de l’entreprise.