C’est un événement considérable dans l’univers des entreprises familiales vendéennes, pour l’une des plus emblématiques de notre territoire. Le groupe Atlantic a signé, le 22 décembre, un accord prévoyant la prise de participation majoritaire à son capital de l’entreprise américano-japonaise Paloma Rheem Holdings.
Cette opération, tenue secrète depuis longtemps, se déroule dans "un contexte de consolidation globale du marché du HVAC (chauffage, ventilation, climatisation, NDLR)" et "de concurrence internationale renforcée", selon le communiqué commun. Les deux groupes ajoutent que l’opération réunit "deux acteurs parfaitement complémentaires sur les plans géographique, technologique et industriel", avec l’objectif affiché de "faire émerger un leader mondial" du chauffage, de la ventilation et de la climatisation.
Conflit entre actionnaires
L’annonce marque la fin d’un cycle pour Groupe Atlantic, jusqu’ici contrôlé par ses actionnaires familiaux historiques, les héritiers de Pierre Lamoure et de Paul Radat, fondateurs de l’entreprise, tous les deux décédés. Le projet de rachat s’opère sur fonds de conflits entre familles actionnaires, comme le rapportaient nos confrères des Échos en novembre 2024 : "Les deuxième et la troisième générations sont en conflit ouvert. Un conflit qui ne repose sur rien, c’est uniquement du relationnel", indiquait alors une source au quotidien.
Un champion industriel français de près de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires
Sur le plan économique, la trajectoire de l’entreprise basée à La Roche-sur-Yon a pourtant tout de la sucess story à la vendéenne.
Depuis sa création, en 1968, Groupe Atlantic s’est en effet imposé comme "l’un des leaders européens du secteur HVAC". Le groupe fabrique des chaudières, des chauffe-eau, des pompes à chaleur ou encore des radiateurs.
Le communiqué rappelle l’engagement du groupe dans la transition énergétique du bâtiment, avec des solutions visant à "développer l’efficacité énergétique" et à "augmenter la part des énergies renouvelables", notamment à travers les pompes à chaleur et les technologies thermodynamiques. C’est aussi un champion de l’innovation grâce à ses investissements massifs dans la R & D.
Siège conservé en France et entité autonome
Dans le cadre de l’opération, Groupe Atlantic conserverait son siège en France et deviendrait "une entité autonome au sein du groupe Paloma Rheem". Le texte précise également qu’une "partie des actionnaires familiaux historiques demeureront actionnaires minoritaires" et que "l’équipe de management actuelle restera en place afin d’assurer la continuité stratégique et opérationnelle du groupe".
"Une formidable opportunité de développement"
Dans le communiqué, Damien Carroz, président du directoire de Groupe Atlantic, insiste sur la dimension stratégique du rapprochement : "Ce rapprochement avec Paloma Rheem, groupe familial centenaire avec qui nous partageons une vision de long terme et des valeurs communes, représente une formidable opportunité de développement pour Groupe Atlantic."
Il ajoute que Paloma Rheem a "constamment démontré sa capacité à investir dans les entreprises qu’elle acquiert et à en soutenir la croissance dans la durée en laissant une large autonomie au management opérationnel local". Dans un environnement de plus en plus concurrentiel, l’opération doit permettre au groupe français de "renforcer durablement [sa] compétitivité tout en accélérant [sa] transition vers les solutions thermodynamiques".
Un partenaire industriel de longue date
Le rapprochement s’inscrit dans une relation industrielle déjà ancienne. Le communiqué rappelle que, "depuis plus de 30 ans, Fujitsu General, filiale de Paloma Rheem, est un partenaire de Groupe Atlantic", assurant notamment la distribution en France et au Benelux des pompes à chaleur air/air.
Cette coopération s’est renforcée en 2022 avec "la création d’une joint-venture dédiée à la production locale de pompes à chaleur air-eau", illustrant une stratégie de relocalisation industrielle partielle sur le territoire français. Par ailleurs, le groupe américano-japonais met en avant son positionnement de long terme et son ADN familial (Paloma fabrique des appareils à gaz depuis 1911) ainsi que sa capacité à investir durablement dans les entreprises qu’il acquiert, tout en laissant une large autonomie aux équipes locales.
Un groupe mondial aux moyens industriels considérables
Paloma Rheem Holdings regroupe Paloma et Fujitsu General au Japon, ainsi que Rheem aux États-Unis. Le groupe opère "principalement dans la fabrication et la commercialisation d’équipements de climatisation, de production d’eau chaude et de chauffage". Présent industriellement dans 28 pays et actif commercialement dans plus de 100 pays, Paloma Rheem emploie environ 27 000 collaborateurs, avec 43 sites de production et 25 centres de R & D. Pour l’exercice clos en décembre 2024, son chiffre d’affaires s’est élevé à environ 1 000 milliards de yens (environ 6,3 milliards d’euros), pour un résultat opérationnel d’environ 100 milliards de yens (hors Fujitsu General), soit entre 620 à 650 millions d’euros. Une fois le français absorbé, le chiffre d'affaires du nouveau groupe avoisinerait les 10 milliards d'euros, le plaçant dans le top 10 mondial du HVAC.
Un signal fort pour l’industrie vendéenne
Si l’opération reste "soumise à l’obtention des autorisations réglementaires requises", sa finalisation est attendue mi-2026. Pour la Vendée et, plus largement, pour l’industrie française du génie climatique, elle constitue un signal fort : celui d’un champion industriel familial arrivé à maturité mondiale, désormais adossé à un groupe international disposant de moyens financiers et industriels considérables.