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"Notre principal problème, c’est la concurrence chinoise, et le dumping sur l’acier"
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Sébastien Nicolaux directeur général de NTN Transmissions Europe "Notre principal problème, c’est la concurrence chinoise, et le dumping sur l’acier"

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Filiale du groupe japonais NTN, NTN Transmissions Europe fabrique des transmissions pour les principaux constructeurs automobiles européens depuis ses sites du Mans et de l’Aisne. Confrontée au dumping chinois et à une baisse de volumes, l’entreprise de 1 000 salariés va réduire ses effectifs, mais elle annonce un futur investissement de 20 millions d’euros.

Sébastien Nicolaux, directeur général de NTN Transmissions Europe — Photo : DR

Pouvez-vous nous présenter NTN Transmissions Europe ?
Nous sommes une entreprise industrielle et nous fabriquons des transmissions pour l’ensemble des constructeurs automobiles européens, sur des véhicules thermiques, hybrides et électriques. NTN Transmissions Europe appartient à 100 % au groupe japonais NTN, un acteur mondial qui atteint 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Il compte aussi des activités dans les roulements, l’aéronautique et l’industrie. Le siège de NTN Transmission Europe est au Mans. Nous avons trois sites de production : deux en France, au Mans (Allonnes) et à Crézancy dans l'Aisne, et un en Roumanie. Nous réalisons un chiffre d'affaires compris entre 220 et 240 millions d'euros par an, avec environ 750 salariés en France et 300 en Roumanie.

Dans le contexte difficile que connaît le secteur automobile, quels sont vos principaux défis ?
Notre principal problème, c’est la concurrence chinoise, et le dumping sur l’acier. L’acier est la matière première essentielle pour nos transmissions. Or, les aciers chinois, largement subventionnés, arrivent sur le marché européen à des prix qui relèvent du dumping. Nos clients constructeurs, eux-mêmes confrontés à la concurrence des véhicules chinois, sont tentés d’acheter ces composants à bas prix, pour conserver leurs marges. Résultat : nous perdons des volumes. Nous avons donc dû engager un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), qui touche environ 20 % de nos effectifs, soit 150 postes. C’est un ajustement de capacité, pas une fermeture, et nous avons négocié un accord avec les syndicats.

Comment votre maison-mère japonaise accompagne-t-elle cette situation ?
Heureusement, nous avons un actionnaire résilient, avec une vision de long terme. Le groupe NTN a investi 10 millions d’euros en juillet 2025 pour moderniser notre site français et l’adapter aux nouveaux véhicules. Nous avons encore un plan d’investissement de 20 millions d’euros devant nous, que nous détaillerons dans quelques mois. La logique de notre actionnaire est claire : produire au plus près des clients, donc en Europe de l’Ouest tant que l’automobile s’y maintiendra. Mais il faudra aussi que les politiques européennes se saisissent du problème : on ne peut pas lutter à armes égales contre un dumping massif. Je vois deux pistes à explorer : les pouvoirs publics peuvent nous aider avec des subventions, des aides, qui encouragent nos actionnaires à investir de leur côté. D’autre part, il faut changer les règles du jeu, imposer du contenu local sur les produits industriels vendus en Europe. Sans cela, le secteur automobile pourrait se diriger vers des jours sombres.

Pourquoi votre présence aujourd’hui à Nantes, lors de cette séquence économique franco-japonaise organisée par la Région Pays de la Loire ?
Nous sommes là pour créer du réseau, nous faire connaître. NTN n’a jamais sollicité de subventions, mais nous savons que des dispositifs comme France 2030 existent. Si nous pouvons obtenir des soutiens pour nos investissements, cela peut aider à convaincre notre actionnaire de continuer à investir massivement en France. L’écosystème régional joue un rôle clé : il peut, comme cela a été le cas dans d’autres régions, favoriser l’ancrage industriel de long terme, permettre la création ou la sauvegarde de l’emploi et soutenir l’innovation.

Pourquoi le groupe NTN s’est-il implanté dans la Sarthe ?

Le site d’Allonnes a été créé en 2000, au départ pour répondre aux besoins de Renault, alors client principal. À l’époque, Renault s’était séparé de certaines activités de transmission, et c’est NTN qui a repris l’activité. Le territoire a proposé un terrain de 40 hectares proche de l’usine Renault du Mans, ce qui a facilité l’installation. Depuis, nous avons diversifié notre portefeuille clients à l’ensemble des constructeurs européens, mais Renault reste un partenaire important.

Vous êtes un spécialiste de la transmission. Comment voyez-vous arriver le développement des véhicules électriques ?

Comme beaucoup d’équipementiers, nous évoluons dans un marché automobile européen arrivé à maturité. Nous ne sommes plus dans une phase de croissance, mais de renouvellement, avec une forte poussée de l’électrique. Pour nous, ce n’est pas un problème : nos transmissions sont adaptées aux véhicules électriques, silencieuses et capables de supporter de fortes accélérations. Cela nous donne même des opportunités, car nous avons développé des produits innovants qui répondent aux contraintes de l’électrification.

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