"La société ArcelorMittal est nationalisée". Le texte de la proposition de loi déposée par le groupe La France insoumise — Nouveau front populaire, et adopté par l’Assemblée nationale le 27 novembre, est succinct mais clair.
Les députés ont validé la nationalisation d’ArcelorMittal France avec 127 voix pour et 41 contre. Les élus de gauche ont voté en faveur du texte, tandis que ceux de droite et du centre ont voté contre. Les 40 députés Rassemblement national se sont quant à eux abstenus. L’avenir du texte se jouera au Sénat, dominé par la droite et le centre, où son issue est incertaine.
Une "réponse populiste" pour le gouvernement
Roland Lescure a indiqué prendre acte de ce vote. "La pseudo-alliance officieuse, opportuniste et contre-nature de LFI et du RN ne réglera en rien les enjeux de concurrence déloyale qui déstabilisent l’entreprise", a commenté le ministre de l’Économie à l’issue du vote. Pour Roland Lescure, la nationalisation est "une réponse populiste à un problème structurel".
Même constat pour le PDG d’ArcelorMittal. "Nous sommes face à une concurrence déloyale et la nationalisation ne réglera en rien le problème", a déclaré Alain Le Grix de la Salle sur Franceinfo le 27 novembre.
Côté salariés, la CGT a estimé que ce vote est une "victoire pour les salariés en lutte d’ArcelorMittal". L’adoption de la proposition de loi est "un signal politique majeur en matière de politique industrielle, de reconquête des emplois et de notre souveraineté industrielle", selon le syndicat.
ArcelorMittal entre annonces d’investissements et désengagements
ArcelorMittal France (environ 15 000 salariés), dont le siège se trouve à Saint-Denis, en Île-de-France, possède 40 sites de production en France : dont des usines à Dunkerque, Mardyck (Nord), Desvres (Pas-de-Calais), Montataire (Oise), Florange (Moselle), Mouzon (Ardennes), Basse-Indre (Loire-Atlantique), Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et Saint-Chély d'Apcher (Lozère).
La société chapeaute aussi des sites industriels, administratifs ou encore de distribution et de services en Bretagne, Normandie, Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes.
La situation d’ArcelorMittal est tendue. En mai 2025, l’aciériste a annoncé la suppression de plus de 600 postes, en majorité à Dunkerque (Hauts-de-France) et Florange (Grand Est). Il s’est aussi désengagé de plusieurs projets à Dunkerque et Gravelines.
Malgré cette décision, l’entreprise a récemment rappelé son intention d’investir 2 milliards d’euros sur ses différents sites. La proposition de loi entend donc répondre à ces problématiques liées à ce plan social et à la décarbonation des différents sites de l’entreprise.
La sidérurgie face à une crise sectorielle
Au cours du débat dans l’hémicycle, Sébastien Martin, ministre chargé de l’Industrie, a indiqué que le gouvernement partage "le constat des difficultés que traverse la sidérurgie européenne". Entre la demande trop faible, une concurrence mondiale déloyale et un coût de production plus élevée en Europe, le secteur est en grande difficulté.
En réponse à cette situation, la France a récemment plaidé récemment pour une adoption rapide d’un nouveau règlement européen visant à protéger le secteur de l’acier. Ce plan prévoit des mesures de protection de la filière avec une limitation des importations et une hausse des droits de douane, mais doit encore être adopté par le Conseil et le Parlement européen.