Saint-Nazaire
"Les entreprises qui n’investissent pas dans leur décarbonation deviendront obsolètes"
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Guillaume Accarion fondateur et dirigeant d’Akajoule "Les entreprises qui n’investissent pas dans leur décarbonation deviendront obsolètes"

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Fondé à Saint-Nazaire, le bureau d’études Akajoule est spécialisé dans l’énergie et l’environnement. Face à une activité qui ralentit, l’entreprise de 50 personnes se diversifie en se lançant dans l’édition de logiciels. Ces outils numériques pourront aider un industriel à se projeter dans une trajectoire de décarbonation. Entretien avec Guillaume Accarion, fondateur et dirigeant d’Akajoule.

Guillaume Accarion, fondateur et dirigeant d’Akajoule, se lance dans l’édition de logiciels — Photo : Benjamin Robert

Fondée en 2010, Akajoule intervient en conseil et ingénierie dans les domaines de l’efficacité énergétique et de la planification énergétique. Avec 50 salariés et un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros en 2024, dans quelle dynamique êtes-vous aujourd’hui ?

Nous sommes dans une phase d’atterrissage. Entre 2021 et 2024, nous avions une croissance de 40 % chaque année. Pour 2025, nous attendons une progression de 10 %. Aujourd’hui, le prix de l’énergie baisse, et nous sentons que la décarbonation est moins dans les priorités des entreprises. En plus de notre siège à Saint-Nazaire, nous avons deux antennes à Valence et à Toulouse. Nous voulions également ouvrir à Strasbourg, mais le tassement de l’activité repousse ce projet. La transition est loin d’être terminée, mais elle entre dans une phase de maturité pour tous.

À qui vos services s’adressent-ils ?

Nos clients sont aujourd’hui à 60 % des acteurs publics, dont des régions, certaines communes, mais aussi l’État. Les 40 % restants sont des industriels, comme Airbus, mais aussi des PME qui peuvent avoir des aides via l’Ademe ou Bpifrance pour financer leur trajectoire de décarbonation. Notre objectif à long terme reste de devenir un acteur national de la transition écologique.

Comment comptez-vous faire face à cette phase de ralentissement ?

Depuis deux ans, nous investissons dans l’édition de logiciels. Ces outils numériques sont à destination de tous nos clients. Ils peuvent par exemple aider à déterminer quelle énergie choisir en anticipant l’évolution des prix, ou en fonction de l’activité et de la localisation d’un industriel. Cela peut aussi être une aide à la conception, ou au dimensionnement d’un projet d’énergies renouvelables d’une collectivité, tout en respectant les réglementations, et en bâtissant un modèle économique viable.

"Il faut se projeter, et savoir quelle source d’énergie utiliser pour chauffer un site industriel dans 15 ans"

Nous avons au total une dizaine d’outils numériques, et nous les commercialiserons à partir de septembre prochain. Cette activité sera très complémentaire à celle de bureau d’études : elle nous permet un saut qualitatif dans le traitement des volumes de données. À terme, l’édition de logiciels pourrait représenter 20 % de notre chiffre d’affaires.

Quels freins décelez-vous face à ce défi de la décarbonation ?

Le frein principal aujourd’hui réside dans les lourds investissements industriels, de plusieurs millions d’euros, qui ne peuvent pas être improvisés du jour au lendemain. Il faut se projeter, et savoir quelle source d’énergie utiliser pour chauffer un site industriel dans 15 ans. Les entreprises qui ne le font pas deviendront obsolètes. Depuis fin 2025, le sujet de la transition réapparaît. Il y a des nouveautés notamment liées au stockage. Jusqu’à aujourd’hui, un industriel qui installait des panneaux solaires devait envoyer son surplus d’électricité sur le réseau sans pouvoir stocker cette énergie. Aujourd’hui le prix des batteries décroît, ce qui peut induire de nouveaux modèles économiques.

Autre frein, les entreprises ne mesurent pas les résultats d’un investissement dans les énergies renouvelables ou dans l’efficacité énergétique. Avec nous, elles prennent goût à voir les économies réalisées. Il faut être clair : on ne va pas décarboner l’industrie pour sauver la planète. Nous allons le faire pour rester compétitif. La raison économique parle plus aux entreprises.

Akajoule investit environ 15 % de son chiffre d’affaires dans la R & D. Pourquoi de tels investissements pour une PME ?

Nous travaillons en effet avec Nantes Université, avec l’IMT Atlantique sur le projet Valadoe, ou encore avec l’école d’ingénieurs Cesi Saint-Nazaire. Au niveau personnel, je suis aussi administrateur d’Atlanpole. Je suis convaincu que les entreprises ont besoin d’innover, notamment pour se projeter sur le temps long. En France, la recherche publique est à la pointe dans de nombreux sujets. Du côté de la recherche privée, les PME ont aussi besoin d’y aller, et pas seulement les grands groupes. Mais il y a des freins. Le langage des chercheurs est parfois complexe. Les banquiers ou les comptables ne comprennent pas forcément les retours sur investissement. Pour y parvenir, il y a besoin d’une culture de l’innovation plus forte dans nos PME.

Saint-Nazaire # Production et distribution d'énergie # Numérique # RSE # Économie # PME # Transition énergétique # Transition écologique
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