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Le projet de la "ligne nouvelle Paris-Normandie" sur de mauvais rails
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Le projet de la "ligne nouvelle Paris-Normandie" sur de mauvais rails

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Les réactions des acteurs économiques et politiques se sont multipliées en Normandie, suite à l’annonce du vote d’une motion d’opposition de la Région Ile-de-France au projet de ligne rapide entre Paris et la Normandie (LNPN). Un projet considéré comme essentiel par tous au développement économique de la région Normandie, mais aussi de la région parisienne.

La future Ligne nouvelle Paris Normandie se présente comme un enjeu structurant majeur pour la Normandie et doit permettre de raccourcir de manière significative les temps de trajets entre la capitale et les principaux pôles urbains de la région — Photo : Getty Images/iStockphoto - den-belitsky

C’est un projet d’intérêt général pour le pays qui est attaqué, scandent à l’unisson les acteurs économiques et politiques normands, suite au vote d’une motion d’opposition de la Région Île-de-France au projet de ligne de train rapide entre Paris et la Normandie. En effet, la future ligne a pour objectif d’améliorer la fiabilité et la robustesse des dessertes, de réduire les temps de parcours, ou encore d’augmenter la capacité des trains de voyageurs et de fret…

"Ce n'est pas seulement un projet ferroviaire, c'est une opportunité cruciale pour renforcer notre connectivité, dynamiser notre économie, et améliorer notre attractivité"

La future Ligne nouvelle Paris Normandie (LNPN) se présente donc comme un enjeu structurant majeur pour la Normandie et doit permettre de raccourcir de manière significative les temps de trajets entre la capitale et les principaux pôles urbains de la région. La décision de la Région Île-de-France sonne donc comme une tentative de coup d’arrêt de cette ambition. "La décision de la Région Ile-de-France de s’opposer au projet de Ligne Nouvelle Paris-Normandie est une position qui ne prend pas en compte l’importance stratégique de cette infrastructure pour notre avenir économique. Ce n’est pas seulement un projet ferroviaire, c’est une opportunité cruciale pour renforcer notre connectivité, dynamiser notre économie, et améliorer notre attractivité. Disposer d’une infrastructure moderne et efficace est essentiel pour attirer les investissements et créer des emplois", assure Vincent Laudat, président de CCI Normandie.

Un sentiment d’incompréhension

Face à une décision unilatérale sur un projet déjà bien engagé, les acteurs économiques locaux sont désarçonnés et les politiques pointent du doigt les incohérences de la motion d’opposition. "Valerie Pécresse oublie d’abord que le projet a été annoncé par Nicolas Sarkozy en 2009, et qu’il a dès lors été porté avec détermination par un gouvernement dont elle était membre. Elle oublie ce faisant que les études sont en cours depuis une dizaine d’années, et que les partenaires du projet, dont sa région, leur ont consacré plus de 100 millions d’euros à ce jour. Elle oublie de même que les Yvelines sont dépendantes des trains normands, qui proposent aujourd’hui des liaisons directes, plus performantes que les services assurés par les Transiliens, entre Rosny, Bosnieres, Mantes et Paris Saint-Lazare. Cette desserte de l’Île-de-France par les trains normands n’a jamais été remise en cause, et ne peut constituer un motif d’opposition à la LNPN", déclare dans un courrier commun adressé à la présidente de la Région Île-de-France, les exécutifs de la Région Normandie, des métropoles du Havre, Rouen, Caen et Cherbourg.

"Je ne comprends pas le fonctionnement de nos décideurs politiques qui ont une vision si étroite de l'avenir"

Et c’est un sentiment d’incompréhension qui domine chez les acteurs économiques Normands face à la motion d’opposition francilienne qui pourrait mettre un coup d’arrêt à un projet jugé incontournable : "Je ne comprends pas le fonctionnement de nos décideurs politiques qui ont une vision si étroite de l’avenir et peuvent rejeter d’un revers de main le temps passé par tous les acteurs sur ce dossier. Où est le sens du collectif ? Une ligne ferroviaire rapide qui fonctionne bien est aussi intéressante et utile pour la Normandie que pour Paris !", assure Xavier Prevost, président de la CPME Normandie.

La concertation publique déjà engagée

SNCF Réseau, maître d’ouvrage, a ouvert en juin dernier la concertation publique sur les scénarios de tracés des sections de la LNPN ainsi que sur la configuration de la future gare de Rouen Saint-Sever. Cette gare d’agglomération sera capable de répondre à l’augmentation des besoins de mobilités, d’accueillir toutes les dessertes de la ligne nouvelle, des liaisons régionales et périurbaines, d’offrir la meilleure robustesse des circulations et d’assurer le développement du fret ferroviaire porté par le trafic portuaire d’Haropa, en disposant de voies dédiées. L’infrastructure sera dotée, à terme, de 14 voies.

Ce nouveau temps de concertation porté par SNCF Réseau, a permis au public de débattre sur les tracés de deux nouvelles sections LNPN reliant Nanterre à Mantes-la-Jolie et Rouen à Barentin, section incluant la future gare sur la rive gauche de Rouen.

Un chantier de 11 milliards d’euros

Un chantier indispensable à mener pour le Ceser Normandie qui rappelle que plusieurs sections à 2 voies entraînent des goulets d’étranglement entre Mantes-la-Jolie et Paris, mais aussi le bénéfice gagnant/gagnant pour les deux territoires. "Ainsi, cette section de la LNPN doit disposer de 2x2 voies continues, afin de dissocier les trains franciliens des trains rapides. Seule cette réalisation, favorable aux deux régions, est susceptible de développer la mobilité des voyageurs franciliens et normands, mais aussi le fret et ainsi de permettre un report modal, particulièrement nécessaire afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et les nuisances du transport routier", souligne l’organisme économique.

Et face aux inquiétudes budgétaires soulevées par les élus franciliens, autour d’un projet estimé à 11 milliards d’euros (dont 1 milliard pour la seule gare de Rouen), les membres du Ceser Normandie tiennent à remettre en perspective le coût exact du chantier : "Il convient de préciser que seul le tronçon Paris-Mantes concerne l’Ile-de-France et que son engagement financier ne devra se porter que sur cette seule section estimée à 3,1 milliards d’euros et non, comme le laissent à supposer certaines déclarations, sur la totalité du projet soit 11 milliards d’euros."

Main tendue

Mais, les politiques comme les acteurs économiques normands veulent croire au retour à la raison des élus franciliens et souhaitent parvenir à remettre tout le monde autour de la table des discussions. "Nous faisons confiance au sens de l’État de Valérie Pécresse : la LNPN est un projet d’intérêt général pour notre pays qui peut engendrer des inquiétudes pour les Franciliens. Nous les comprenons et elles seront prises en considération. En revanche, un projet d’intérêt national ne peut faire les frais d’une opposition locale, relayée par la Région d’Ile-de-France", rappellent les exécutifs de la Région Normandie, des métropoles du Havre, Rouen, Caen et Cherbourg.

Et s’il espère lui aussi un retour "du sens du bien commun" et que les politiques "auront le sens de l’histoire", Xavier Prevost estime qu’une mobilisation du monde économique est indispensable face à la menace d’arrêt du projet de LNPN. "Nous avons su montrer notre engagement sur le sujet du contournement Est de Rouen avec la mise en place de débats et de rencontres. Nous devons nous mobiliser également pour le succès du projet de LNPN", a-t-il ajouté.

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